Le traité New START, signé en 2010 par Obama et Medvedev, fixait des plafonds précis pour le développement des armes nucléaires : 1 550 ogives nucléaires stratégiques déployées par pays, 700 vecteurs stratégiques (missiles balistiques intercontinentaux, missiles sous-marins et bombardiers), et 800 lanceurs (déployés ou non).
Il prévoyait également des échanges de données, des notifications et des inspections sur site pour vérifier le respect de ces limites.
Le traité avait été prolongé une seule fois, en 2021. Aucune autre extension formelle n’est possible dans le cadre du texte existant.
- Ainsi, faute d’accord conclu, les contraintes juridiques bilatérales sur les armes nucléaires américaines et russes seront levées dès demain, vendredi 6 février.
- Les inspections mutuelles prévues par le traité ont quant à elles été suspendues en 2023, la Russie ayant alors cessé sa participation officielle.
- Depuis, Washington et Moscou se basent sur des estimations issues du renseignement plutôt que sur des inspections sur site.
Sans nouvelles contraintes, le risque d’une course aux armements nucléaires augmente, notamment dans un contexte où la Chine développe rapidement son propre arsenal nucléaire.
- Hier, mercredi 4 février, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a déclaré que tout accord sur le nucléaire avec la Russie devait également inclure la Chine.
- Le Kremlin avait déjà exprimé par le passé sa volonté d’inclure également la France et le Royaume-Uni dans le cadre d’un nouveau traité de non-prolifération.
- Donald Trump a confirmé hier qu’il se rendra en Chine au cours du mois d’avril. Le nucléaire ne figure toutefois pas explicitement parmi les sujets listés dans une publication sur Truth Social, bien que le président américain ait mentionné des discussions portant sur « les questions militaires » 1.
- Le même jour, Vladimir Poutine a accepté une invitation adressée par Xi Jinping pour effectuer une visite en Chine au cours du premier semestre. Une deuxième rencontre pourrait avoir lieu le 16 juillet, à l’occasion du 25e anniversaire du traité d’amitié sino-russe de 2001 2.
Si le dirigeant russe pourrait potentiellement être réceptif à l’idée d’un nouveau traité incluant la Chine, Xi Jinping a jusqu’à présent signalé ne pas vouloir y prendre part. La Chine, qui dispose de 600 ogives nucléaires — contre environ 4 000 pour les États-Unis et la Russie — souhaite parvenir à la parité avec les deux superpuissances atomiques, et semble peu disposée à accepter des limites sur son arsenal 3.
- Le département de la Défense américain considère que Pékin pourrait posséder plus de 1 000 ogives nucléaires opérationnelles d’ici 2030, dont la plupart seront déployées « à des niveaux de préparation plus élevés », et 1 500 en 2035 4.
Si Washington prévoit de dépenser 1 700 milliards de dollars sur 30 ans pour moderniser ses missiles nucléaires, ses sous-marins, ses bombardiers et ses ogives, la Russie aurait les capacités de développer plus rapidement son arsenal.
- En 2023, la commission du Congrès sur la posture stratégique américaine estimait dans son rapport annuel que les chaînes de production actives de têtes nucléaires et de missiles russes conféreraient la capacité à Moscou « d’étendre ses forces nucléaires stratégiques » 5.
- Le complexe militaro-industriel américain peine quant à lui à construire de nouveaux sous-marins nucléaires lanceurs d’engins et à moderniser son arsenal de missiles balistiques intercontinentaux.
Sources
- Publication de Donald Trump sur Truth Social, 4 février 2026.
- Комментарий помощника Президента России Юрия Ушакова по итогам видеоконференции Владимира Путина с Председателем КНР Си Цзиньпином, Kremlin, 4 février 2026.
- Andreas Kluth, « Goodbye Arms Control, Hello Nuclear Anarchy », Bloomberg, 30 janvier 2026.
- Military And Security Developments Involving The People’s Republic Of China 2024, U.S. Department of Defense, 18 décembre 2024.
- America’s Strategic Posture. The Final Report of the Congressional Commission on the Strategic Posture of the United States, 2023.