La crise économique qui a touché la Russie dans les années 1990, provoquée notamment par une baisse des recettes énergétiques, a été suivie par une baisse de la dette publique, mesurée en pourcentage du PIB. En 2006, quinze ans après la dislocation de l’Union soviétique, la dette russe représentait moins de 10 % du PIB du pays. Celle-ci s’est maintenue à un niveau inférieur à 20 % depuis.
Mais alors que la Russie s’apprête à entrer dans une cinquième année de guerre, la politique économique du Kremlin pourrait marquer un tournant.
- En raison des sanctions et de la baisse des prix du pétrole, les revenus générés par les exportations de combustibles fossiles ont chuté de 24 % l’an dernier 1.
- Dans le même temps, les dépenses de l’État — dont 40 % sont consacrées à l’armée et aux forces de sécurité — n’ont cessé d’augmenter.
- Afin de financer le déficit provoqué par cette nouvelle réalité économique, le Kremlin recourt à un endettement massif tout en misant sur une hausse des recettes fiscales 2.
La Russie est moins endettée que la plupart des économies développées, mais la pression exercée par la dette sur ses finances est plus importante. Si son volume a presque doublé entre 2021 et 2025, passant de 21 000 à 39 000 milliards de roubles par an, le coût du service de la dette a lui été multiplié par trois depuis le début de la guerre, notamment en raison des taux d’intérêt élevés de la Banque centrale et de l’impossibilité d’accéder aux marchés étrangers.
- Cette année, la Russie consacrera 8,8 % de son budget au paiement des intérêts sur sa dette, soit deux fois plus qu’en 2021 (4,4 %).
- Le montant total du service de la dette (3 900 milliards de roubles, soit 42 milliards d’euros) surpassera ainsi les dépenses en matière de santé et d’éducation, qui représenteront 3 600 milliards de roubles environ (38,5 milliards d’euros).
Une forte augmentation du coût du service de la dette fait peser le risque d’une spirale d’endettement — lorsque les emprunts servent principalement à rembourser la dette existante. Dans un scénario pessimiste, le gouvernement estime que le déficit pourrait dépasser les 8 % par an à l’horizon 2042 3.
- Ce déficit budgétaire serait financé par de la dette. Celle-ci serait susceptible d’atteindre 25 % du PIB en 2030 et 58 % en 2040 — contre 17,7 % l’an dernier.
En 2023, la vice-ministre des Finances, Irina Okladnikova, avait reconnu qu’une dette de 20 % du PIB correspondait à un « niveau acceptable », tout en déclarant que les dépenses liées à la guerre seraient financées quoi qu’il arrive 4.
Sources
- « Нефтегазовые доходы упали в прошлом году до минимума с 2020 года », Vedomosti, 15 janvier 2026.
- « Двадцать лет бюджетного дефицита : Как российские власти планируют сохранять высокие расходы, заместив нефтяные доходы долговым финансированием », Re:Russia, 14 janvier 2026.
- ПРАВИТЕЛЬСТВО РОССИЙСКОЙ ФЕДЕРАЦИИ Р А С П О Р Я Ж Е Н И Е от 11 декабря 2025 г. № 3702-р, 15 décembre 2025.
- Заседание Комитета СФ по бюджету и финансовым рынкам, VK, 18 juillet 2023.