Internet est coupé dans la majeure partie de l’Iran depuis vendredi 17h, comme cela s’est déjà produit lors de précédents mouvements de mobilisation. 

  • Cette situation a des effets paradoxaux sur l’analyse de la situation sur place : elle favorise les interprétations des manifestations formulées par les commentateurs étrangers. 
  • En l’absence de porte-parole identifié, de journalistes sur place, et compte tenu du nombre limité de chercheurs ayant travaillé en Iran ces dernières années, les analyses de l’évolution du mouvement et de ses revendications doivent être prises avec prudence. 
  • Cette difficulté est redoublée par la multiplication des campagnes d’information et de désinformation menées par des nombreux acteurs. 

Au cours du week-end, les manifestations, qui durent désormais depuis quinze jours, ont pris davantage d’ampleur et se sont déroulées dans 96 villes et 27 des 31 régions d’Iran, soit dans la quasi-totalité du pays, notamment dans les grandes villes de Téhéran, Chiraz et Zahedan 1

  • Selon le groupe d’activistes Human Rights Activists News Agency, 538 personnes ont trouvé la mort au cours des derniers jours, dont 48 membres des forces de sécurité du régime 2
  • Des responsables israéliens et américains estiment que le nombre réel de victimes est probablement plus élevé — certains parlent de 1 000, d’autres de 2 000, d’autres encore de « beaucoup », sans qu’aucun de ces chiffres ne puisse être confirmé précisément 3
  • Hier, 11 janvier, le président iranien, Masoud Pezeshkian, a déclaré à la télévision nationale que le régime écoutera les revendications des manifestants et reconnu la légitimité des préoccupations, notamment économiques, mais ajoutant : « Notre responsabilité première est d’empêcher un groupe d’émeutiers de détruire toute la société. ». Ces derniers seraient d’après lui des terroristes entraînés à l’étranger : « [Les États-Unis et Israël] ont entraîné des gens à l’intérieur et à l’extérieur, et ont importé en Iran des terroristes pour enflammer les mosquées, les bazaars et les lieux publics » 4.
  • Ali Larijani, l’une des figures clef de la vie politique iranienne, membre du Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime et ancien président de l’Assemblée nationale entre 2008 et 2020, a déclaré à la télévision nationale que les manifestants commettent des « crimes semblables à ceux de Daech » 5.
  • Trois jours de deuil national ont été décrétés en hommage aux « martyrs de la résistance », la répression des manifestations étant qualifiée de « bataille de résistance nationale iranienne contre l’Amérique et le régime sioniste ». Le régime a également appelé la population à participer aujourd’hui à une marche de « résistance nationale ».

Les États-Unis pourraient décider d’intervenir dans les prochains jours. Donald Trump a déclaré hier que le régime « commençait à franchir le seuil » nécessitant une intervention.

  • Selon Axios, plusieurs options ont été présentées au président américain pour mener des frappes contre le régime iranien. 
  • Ces options seraient toutefois, dans leur majorité, « non cinétiques », c’est-à-dire qu’elles n’incluraient pas de frappes militaires, mais plutôt des sanctions ou des cyberattaques 6
  • Les États-Unis n’ont plus de porte-avions dans la région, alors qu’ils en déployaient deux en juin, lors des frappes contre les infrastructures nucléaires du pays. 
  • La question clef est celle de l’utilité et des effets d’une telle attaque : pourrait-elle limiter la capacité répressive du régime ou, au contraire, renforcer la répression si elle menaçait sans l’affaiblir véritablement ? 
  • Donald Trump devrait rencontrer demain, mardi 13 janvier Marco Rubio, Pete Hegseth et le chef d’État-Major des armées, Dan Caine, pour envisager les scénarios possibles 7

L’administration américaine souhaiterait éviter tout embrasement régional — Pezeshkian a menacé de ripostes militaires en cas d’attaque américain de tout ordre 8

  • Samedi, le chef de la diplomatie omanaise s’est entretenu avec les dirigeants iraniens pour servir d’intermédiaire entre Washington et Téhéran 9. Donald Trump a confirmé qu’une réunion était en cours de préparation avec l’Iran tout en ajoutant que les États-Unis pourraient « devoir agir » avant. 
  • Marco Rubio et Benjamin Netanyahou se sont également entretenu par téléphone samedi, 10 janvier 10