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Marie-Hélène Lafon, Hors champ, Paris, Buchet/Chastel
« Gilles est le fils, celui qui devra tenir la ferme. Claire, la sœur qui n’est pas concernée par cette décision, prend la tangente au fil des années grâce aux études.
La ferme est isolée de tous. C’est le royaume du père qui donne libre cours à sa violence.
Hors champ traverse cinquante années. Dix tableaux, dix morceaux de temps, détachés, choisis ; le lecteur y pénètre tantôt avec elle, Claire, tantôt avec lui, Gilles. L’auteure fait alterner ces points de vue, toujours à la troisième personne, en flux de conscience.
Les parents, la sœur et le frère, et les autres — au bout du monde où ils se tiennent encordés, impuissants tous les deux.
Hors champ est le onzième roman de Marie-Hélène Lafon. »
Paru le 2 janvier
Pierre Lemaître, Les Belles promesses, Paris, Calmann-Lévy
« Tout commence par un incendie, un bébé… et un sanglier.
Paris est transformé par des travaux titanesques, le cœur d’un homme est écartelé, le monde rural menacé, des femmes sortent de l’oubli, et les membres de la famille Pelletier, toujours plus proches de nous, marchent inexorablement vers leur destin. Au terme d’un effroyable dilemme moral, ce sera l’effondrement ou l’apothéose.
Par bonheur, le chat Joseph veille encore. »
Paru le 6 janvier
Pascal Quignard, Il n’y a pas de place pour la mort, Bonnieux, Éditions Hardies
« Écris ce livre en sorte que ta vie pénètre en lui sans qu’elle mente.
Que quelque chose touche celle qui n’en a pas été touchée. »
Paru le 7 janvier
J. M. G. Le Clézio, Trois Mexique, Paris, Gallimard
« ‘Ce qui importe à Juana Inés de la Cruz, c’est le chemin du labyrinthe, la vérité que le dédale cachait à Thésée, et que seul le fil d’Ariane pouvait révéler, puisque l’amour était au bout.’
Dans ce récit lumineux, J. M. G. Le Clézio se penche sur trois figures mexicaines de son panthéon personnel : la poétesse sœur Juana Inés de la Cruz (1651-1695), génie méconnu et féministe avant l’heure ; l’écrivain Juan Rulfo (1917-1986), mythique auteur du roman Pedro Páramo et d’un seul recueil de nouvelles, véritable inventeur du réalisme magique ; et Luis González y González (1925-2003), historien de son village perché natal, qui est la première expression de ce qui deviendra plus tard la microhistoire. Par leur attachement à la terre, leur ‘mexicanité’ instinctive et leur recherche d’authenticité dans l’écriture, Cruz, Rulfo et González illustrent des thèmes chers au plus mexicain des auteurs français. »
Paru le 8 janvier
Constance Debré, Protocoles, Paris, Gallimard
« Il existe des images de gang bang, de sodomie, de fellation, de plan à trois, de plan à douze. Il existe des images de guerres, de famines, d’enfants en train de mourir. Il existe des images de la tuerie de Columbine, de l’assassinat de JFK, des avions rentrant dans les tours, des gens qui sautent des tours, des tours qui s’effondrent. Il existe des photos d’otages décapités en Syrie. Il n’existe aucune image d’un homme tué en application de la loi. »
Paru le 7 janvier
Alain Blottière, Le Ciel a disparu, Paris, Gallimard
« ‘J’aimerais qu’on sache, parce que j’en suis fier, que le jour où mon grand-père Ayann Ader décida de tuer Elon Musk, je me trouvais avec lui à Sifra, oasis égyptienne du désert libyque.’
Quelle folie habite Ayann, écrivain français partageant sa vie entre l’Égypte et Paris, pour qu’il décide d’assassiner l’homme le plus riche du monde ? Tout commence une nuit de mai 2026, aux portes du désert, lorsque, observant le ciel, le vieil homme découvre à quel point celui-ci est défiguré par les satellites Starlink : ils effacent et remplacent les étoiles, sans lesquelles nous ne mesurons pas qui nous sommes. Et bientôt, Musk rendra la Terre invivable à force de pollutions. Dans un récit écrit à la veille de l’attentat, Ayann explique les raisons de son acte, et comment il l’a préparé. Vingt-quatre ans plus tard, alors que le monde a basculé, son petit-fils retrouve ce témoignage…
Hanté par l’idée de la fin de l’humanité, Le Ciel a disparu, roman au souffle poétique et politique puissant, est aussi un hymne à l’empathie, à l’amour et à la beauté du monde — tout ce que Musk, dans son entreprise démente, menace de balayer. »
Paru le 8 janvier
Daniyal Mueenuddin, This Is Where the Serpent Lives, New York, Knopf
« Passant des villes chaotiques et éblouissantes du Pakistan à ses campagnes féodales anarchiques, This Is Where the Serpent Lives évoque avec force le Pakistan féodal contemporain, en suivant le destin d’une douzaine de personnages inoubliables dont les vies sont liées par la violence et la tragédie, le triomphe et l’amour. Orphelin dès son plus jeune âge et livré à lui-même dans les rues de la ville, Yazid gravit les échelons jusqu’à occuper un poste à responsabilités et respecté dans la maison du colonel Atar, un puissant industriel et homme politique de Lahore, pour finalement voir sa position menacée par des loyautés conflictuelles et une confiance mal placée. Né dans la propriété de campagne du colonel Atar, fils d’un jardinier pauvre, Saqib se voit confier la gestion d’une entreprise pionnière, mais il va trop loin et se retrouve hors-la-loi, confronté à la violence de la police corrompue du Pendjab. Le fils du colonel rivalise avec son frère bien-aimé pour l’amour d’une femme et découvre que le choix de celle-ci colore sa vie d’une obscurité inattendue, mais aussi de lumière.
En matière de pouvoir, d’argent et de cœur, les personnages de Mueenuddin ont du mal à choisir entre des voies morales et justes et des choix plus terre-à-terre qui leur permettent de survivre dans les systèmes de caste, de capital et de pouvoir social qui enserrent si étroitement leur culture. Intime et épique, élégiaque et profondément émouvant, This Is Where the Serpent Lives est un tour de force destiné à devenir un classique de la littérature contemporaine. »
À paraître le 13 janvier
Paweł Sołtys, Monolok, Oświęcim, Wydawnictwo NieZwykłe
« ‘Car cela variait, parfois le monde, c’est-à-dire Grochów, semblait comme si quelqu’un avait coupé une oreille en taillant les favoris. Et parfois comme des cheveux non coiffés, disposés en étranges touffes sur le sol. À la fois beau et un peu effrayant.’
Le vieux coiffeur de Grochów se souvient des personnes qu’il a coiffées, de la femme qu’il a aimée et de la ville qui s’estompe sous les couches de plus en plus épaisses de la modernité. Il parle comme s’il rasait le temps : lentement, avec habileté, parfois à contre-sens. Il est né en 1940 à Varsovie, ‘ni une bonne année, ni un bon endroit’. Puis l’orphelinat, l’école de coiffure, l’amour, le travail, les gens, la ville. Chaque souvenir en entraîne un autre, et sa propre vie s’entremêle dans les récits de ceux qui s’asseyaient dans son fauteuil, démocratiquement : le Valaisan et le professeur, le serrurier et l’écrivain. Et les histoires s’enchaînent : celles des colombophiles, des chats, des sœurs tarologues, des cloches enfouies, des cygnes en feu, du facteur malvoyant et de la femme frappée par la foudre. Tout cela dans ce petit-grand coin de Varsovie. »
À paraître le 14 janvier
Bruno Arpaia, Il mondo senza inverno, Milan, Guanda
« L’aventure des personnages du célèbre Qualcosa, là fuori n’est pas terminée, même si elle se poursuit dans un décor complètement différent : après une migration épuisante à travers une Europe dévastée par la crise climatique, Marta, sa fille Sara et le jeune Miguel ont réussi à atteindre la Scandinavie, où les conditions climatiques permettent encore une vie civile organisée. Accueillis chez Ahmed, les trois personnages s’imaginent être en sécurité. Malheureusement pour eux, ce n’est pas le cas. L’intelligence artificielle exerce une surveillance discrète et totale sur la population, divisée en castes. Au sommet règnent les citoyens A, dotés de neurochips implantés dans le cerveau, avec des vies plus longues et des capacités physiques qui les rendent supérieurs à tous les autres. Lorsque les catastrophes climatiques et la sécheresse prolongée commencent à affecter les ressources alimentaires, les citoyens C, strictement confinés dans des villes satellites constituées de baraques de fortune et livrés à eux-mêmes, se rebellent. Alors que les conditions de vie deviennent de plus en plus difficiles, Marta, Sara et Miguel rejoignent la Résistance et se préparent à un dernier effort…
Dans ce roman haletant de fiction spéculative, Bruno Arpaia imagine l’un de nos futurs possibles, dont on aperçoit déjà les traces dans le présent. Des traces que nous ne voyons pas ou que nous préférons ne pas voir. »
À paraître le 20 janvier
Eleonora Marangoni, L’imperdibile, Milan, Feltrinelli
« À quoi ressemble une vie réussie ? Walter Hunt arrive à New York comme beaucoup d’autres : en quête de fortune. Originaire d’une province reculée, il emporte avec lui une petite valise et une machine à filer le lin, le premier brevet de sa longue carrière d’inventeur. C’est ainsi que commence l’aventure d’un homme génial et toujours ‘en avance sur son temps’, créateur d’objets qui révolutionneront la vie quotidienne de millions de personnes.
Le stylo à plume, le klaxon, la broche à nourrice : ce ne sont là que quelques-uns des brevets que Walter Hunt signe les uns après les autres, évoluant dans une société en plein essor qui fonde son mythe sur l’ambition. Mais il ne se rend presque pas compte de la valeur de ses inventions, occupé qu’il est par les tâches de la vie, les nouveaux projets, une famille nombreuse à entretenir.
En 1833, avec quinze ans d’avance sur le reste du monde, il met au point la première machine à coudre : sa vie pourrait enfin changer, mais le destin prend une fois de plus une trajectoire imprévue, prouvant que ‘la vie est le curieux écart entre ce qui nous est réellement arrivé et ce que nous avons seulement imaginé’.
Avec son écriture polyvalente et lumineuse, Eleonora Marangoni nous offre l’histoire d’un génie oublié du XIXe siècle, tout en nous racontant son voyage sur les routes d’Amérique sur les traces de Walter Hunt. L’imperdibile est un roman qui s’interroge sur la notion de réussite et de succès personnel, et nous livre le portrait mémorable d’un anti-héros américain, irrésistible aussi en raison de ses échecs. À condition qu’on puisse les considérer comme tels, car au fond, comme le pense Walter Hunt, ‘le succès d’une fleur ne se mesure pas au nombre de personnes qui la regardent, le succès d’une fleur est de devenir elle-même, et rien d’autre.’ »
À paraître le 20 janvier
George Saunders, Vigil : A Novel, New York, Random House
« Ce n’est pas la première fois que Jill ‘Doll’ Blaine se retrouve en chute libre vers la terre, se reconstituant au fur et à mesure de sa descente, jusqu’à ses escarpins noirs préférés. Elle plonge vers sa nouvelle tâche, une autre âme qu’elle doit accompagner dans l’au-delà, et atterrit tête la première dans l’allée circulaire de son manoir somptueux.
Elle a accompli cette tâche sacrée trois cent quarante-trois fois depuis sa propre mort. En règle générale, ses protégés ont été grandement réconfortés dans leurs derniers instants. Mais elle découvre rapidement que celui-ci n’est pas comme les autres. Le puissant K.J. Boone ne se laissera pas consoler, car il n’a rien à regretter. Il a mené une vie riche et audacieuse, et le monde s’en porte mieux. N’est-ce pas ?
Vigil nous transporte, à toute vitesse, à travers la dernière soirée tumultueuse d’une vie épique et compliquée. Des foules de personnes et d’animaux — terrestres et surnaturels, vivants et morts — arrivent, réclamant justice. Des oiseaux envahissent la chambre du mourant, un veau noir broute sur le canapé, un homme d’un village lointain ravagé par la sécheresse apparaît, deux copains du secteur pétrolier d’il y a plusieurs décennies se présentent avec des plans effrayants pour l’avenir post-mortem de Boone.
Avec la perspicacité et l’imagination explosive auxquelles il nous a habitués, George Saunders aborde les problèmes les plus graves de notre époque — la menace de la cupidité des entreprises, le coût du capitalisme, les dangers environnementaux du progrès — et, ce faisant, tisse une histoire qui englobe la vie et la mort, le bien et le mal, et la question épineuse de l’absolution. »
À paraître le 27 janvier
Veronica Raimo, Non scrivere di me, Turin, Einaudi
« Dennis May est mort. Pour le monde, c’est une nouvelle parmi tant d’autres, pour S., c’est la fin malheureuse de sa propre histoire. Dennis a été l’objet de sa dévotion et l’artisan de son humiliation, la possibilité d’imaginer une autre vie et l’auto-tromperie infinie. Si aujourd’hui S. est serveuse et méprise presque tout, c’est à lui qu’elle le doit. Ou peut-être n’est-ce qu’un alibi.
D’une voix magnétique, tendre et déconcertante, Veronica Raimo raconte le scandale du désir qui se cache dans le traumatisme, le ridicule qui accompagne la tragédie, le doute que ce qui définit notre histoire — plus encore que ce qui s’est passé — est ce que, dans l’émoussement de la colère ou de l’amour, nous continuons à attendre. « C’est le sentiment constant de réversibilité qui cause la douleur, l’idée que nous pouvons encore changer les choses ».
La dernière fois qu’il a vu Dennis May en personne – Dennis May vivant – S. portait un jean foncé et un pull couleur émeraude. Aujourd’hui, ces vêtements sont enfouis dans la cave, pièce maîtresse d’une collection d’horreurs avec un Nokia contenant les messages de Dennis et une affiche dédicacée de Lark, le film qui l’avait transformé en acteur et réalisateur culte. Au sein de cet engouement collectif, S. a dissimulé sa dévotion, la protégeant avec la ténacité d’un chien de garde afin que rien ne puisse l’ébranler : ni les critiques négatives des films de Dennis, ni ses silences et ses fuites, ni ses déclarations embarrassantes à la presse. Elle l’a protégée même lorsque, dans une chambre d’hôtel à Rome, Dennis l’a violée avant de disparaître de sa vie. Et elle l’a protégée lorsqu’elle a craint que d’autres femmes, dans d’autres chambres, aient subi le même sort.
Aujourd’hui, S. a trente-cinq ans, elle est serveuse dans un bar et n’a jamais cessé d’attendre que Dennis revienne pour lui offrir une autre version possible de leur histoire. Elle a abandonné son rêve d’écrire, mais elle lit le monde avec une intelligence corrosive et une ironie brutale qui révèlent peut-être l’emplacement exact de la blessure. Son parcours est fait de faux pas, d’autosabotages, de liens rompus. Comme l’amour incertain avec Gionata, qu’elle regrette encore, ou la relation tumultueuse avec Lorenzo, qui est tombé amoureux d’elle pour ce qu’elle pouvait devenir, mais seulement à condition qu’elle ne le réalise pas vraiment, ou l’amitié avec Agnese, qui dit oui à tout mais ne pose jamais de questions, même celles qui, si elles étaient dites à haute voix, changeraient beaucoup de choses.
Mais maintenant que Dennis May est mort, maintenant qu’il n’y a plus rien à attendre, il est peut-être temps d’arrêter de monter la garde et de retourner avec quelqu’un dans cette pièce pour trouver les mots.
Ce livre est un roman sur l’obsession amoureuse et les récits toxiques qui conditionnent nos vies, un roman sur l’échec et son pouvoir de séduction, sur l’écriture et la honte, sur l’ambiguïté avec laquelle la victime habite son rôle, sur notre idée de la justice, sur une certaine façon d’être des hommes, fragile et rageuse, sur la sororité. On dira tout cela et ce sera vrai, mais pas encore tout à fait clair : il existe de nombreuses façons d’aborder les grandes questions de notre présent ; celle de Veronica Raimo est la littérature. »
À paraître le 3 février
Luis Landero, Coloquio de invierno, Barcelone, Tusquets
« Sept personnages se retrouvent coincés dans un hôtel rural pendant la tempête de neige Filomena. Sans réseau ni connexion, mais avec des provisions, ils décident d’égayer l’attente en se racontant des histoires. De ce dialogue, auquel se joignent les deux hôteliers, naîtront des anecdotes qui occuperont rituellement chaque après-dîner et qui leur permettront non seulement de faire connaissance, mais aussi de discuter et d’apprendre de la vie des autres. Grâce à la maîtrise magistrale du récit oral d’un auteur comme Landero, les histoires racontées par ces inconnus deviennent rapidement des confessions de leurs péripéties vitales faites dans le feu de l’action, des récits d’expériences qui les ont marqués à vie et qui se succèdent et s’entremêlent avec une véritable intrigue et émotion. Hommage aux romans dialogués classiques, petit Décaméron de notre époque et succession cervantine de récits exemplaires, Coloquio de invierno est un délice littéraire du début à la fin, un nouveau cadeau d’un écrivain qui, livre après livre, a consolidé son statut de classique contemporain. »
À paraître le 6 février
Karina Sainz Borgo, Nazarena, Madrid, Alfaguara
« Dans la maison familiale de La Araira, où huit sœurs vivent sous l’ombre d’une mère dévastée et d’une lignée rongée, chaque silence est une menace. La septième d’entre elles, Nazarena, balaye obsessionnellement la cour pour éloigner le malheur, mais c’est dans la poussière que s’ouvrent les fissures : les rivalités entre les sœurs, les morts qui reviennent, le désir comme échappatoire, les animaux qui présagent des catastrophes et un passé qui s’incarne dans des visions et la terreur. La prose de Karina Sainz Borgo, pleine d’images intenses et de résonances ancestrales, éclaire peu à peu ce que chacune de ces femmes tente de cacher.
Avec des échos de Rulfo, García Márquez, Lorca et l’univers de violence et de désespoir de La hija de la española, ce roman explore la fragilité humaine de manière profonde et troublante, pousse à l’extrême les tensions entre culpabilité, pouvoir et survie, et nous montre un territoire où le réel et l’halluciné s’entremêlent avec une précision inquiétante. Nazarena est l’histoire d’une fracture familiale qui bat comme un cœur malade et confirme la maîtrise de l’auteure à faire sienne la tradition. »
À paraître le 12 février
Norbert Gstrein, Im ersten Licht, Munich, Hanser
« Norbert Gstrein nous offre toute une vie humaine. Pourtant, chaque vie est fragile dans ce roman qui commence par un coup de hache : le père d’Adrian le rend inapte au service militaire pendant la Première Guerre mondiale, lui sauvant peut-être ainsi la vie. Cet homme têtu et tendre, qui boitille dès lors pendant plus de quatre-vingts ans, est le miracle de ce récit. Adrian voit son monde s’effondrer à deux reprises, côtoie deux fois des jeunes hommes qui ont eu moins de chance que lui et vit, dans sa vieillesse, l’histoire d’amour inespérée d’un homme qui a été élevé pour tout, sauf pour aimer. Comment vivre dans l’ombre des guerres et des tueries ? Avec un regard intrépide sur le passé, Im ersten Licht aborde cette grande question du présent. »
À paraître le 17 février
Navid Kermani, Sommer 24, Munich, Hanser
« Que se passe-t-il lorsque le monde familier s’effondre, lorsque ce qui était encore normal hier ne l’est plus aujourd’hui ? Navid Kermani capture ce moment en un seul été : un ami, qui s’était récemment égaré politiquement, s’est suicidé. Les guerres se rapprochent et les débats deviennent plus virulents. Sa petite amie considère le narrateur comme un macho, mais ce n’est de loin pas le pire reproche qui ébranle son image de soi. Navid Kermani réussit de manière inimitable à comprendre notre présent à partir de ses contradictions, à réconcilier ce qui semble irréconciliable et, plus important encore, à supporter ce qui demeure encore irréconciliable. Un roman existentiel et clairvoyant sur notre époque. »
À paraître le 17 février
Manuel Vilas, Islandia, Barcelone, Destino
« ‘Je ne suis plus amoureuse de toi.’ C’est par cette phrase qu’Ada met fin de manière inattendue à une relation de plus de onze ans. C’est le début de l’histoire d’un amour qui touche à sa fin et qui change le cours des événements dans la vie du protagoniste d’Islandia. Le roman aborde, d’un point de vue unique et inédit à ce jour dans notre littérature, l’un des grands thèmes : la fin de l’amour.
Avec son style à forte charge émotionnelle, où se mêlent expérience personnelle, ton autobiographique, nostalgie, déchirement, lucidité et humour, Vilas nous montre son talent dans un livre qui ne laissera personne indifférent. »
À paraître le 18 février
Robert Menasse, Die Lebensentscheidung, Berlin, Surkamp
« Frustré par les rouages de la bureaucratie, Franz Fiala prend une ‘décision cruciale’ et démissionne de son poste à la Commission européenne. Lorsqu’il rend visite à sa mère à Vienne pour son quatre-vingts-neuvième anniversaire, il lui cache toutefois sa retraite anticipée. Et la discussion avec Nathalie sur leur avenir commun — alors qu’il entretient depuis quatre ans une relation avec elle, à Bruxelles — échoue également. Puis des douleurs récurrentes réapparaissent, qu’il ne peut plus ignorer. Le diagnostic : cancer ; il est irréaliste de penser qu’il vivra encore un an. Soudain, il s’agit uniquement de tromper sa mère, de lui épargner la douleur de voir son fils mourir : ‘Pour lui, survivre ne pouvait signifier que survivre à sa mère. Lui cacher sa maladie jusqu’à sa mort. Il s’agissait désormais d’une lutte pour la survie. C’était désormais le choix de sa vie.’
Peut-on décider de sa vie ? Pas de sa fin, mais de continuer à vivre, plus longtemps que prévu, grâce à sa volonté ? Avec une force existentielle et pourtant avec légèreté, Robert Menasse raconte dans Die Lebensentscheidung une course contre la mort. La vie et la mort, l’amour et la famille, voilà les thèmes abordés dans cette nouvelle raffinée et habile. »
À paraître le 18 février
Jacek Dehnel, Historie łajdackie, Cracovie, Znak
« Jacek Dehnel, l’un des écrivains contemporains les plus remarquables, guide le lecteur à travers des lieux qui cachent plus qu’il n’y paraît à première vue :
Paris, Cracovie, Cadix, Stralsund, Varsovie – des villes pleines de secrets et de tragédies silencieuses. Des maisons où, sous des apparences normales, règne une tension palpable.
Chaque histoire s’entremêle ici avec le temps et l’espace, montrant que les choix humains sont toujours le résultat des circonstances, du caractère et des désirs.
C’est une littérature qui captive par son atmosphère, enchante par ses détails et laisse le lecteur avec des questions sur les limites du bien, de la liberté, de l’amour et de la culpabilité.
Le nouveau livre de Jacek Dehnel est une réponse littéraire à la popularité croissante du true crime, mais dans une version profonde, érudite et psychologique.
Des histoires sur des gens qui ont dépassé les limites et sur les villes qui les ont façonnés.
C’est Dehnel au sommet de sa forme : ironique, élégant, précis. »
À paraître le 25 février
Judith Hermann, Ich möchte zurückgehen in die Zeit, Francfort, S. Fischer Verlag
« Dans Ich möchte zurückgehen in die Zeit, Judith Hermann suit les traces de son grand-père, qui était stationné à Radom, en Pologne, pour le compte des SS pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle relie son écriture à son histoire longtemps niée, quitte la Pologne pour rejoindre sa sœur à Naples et explore la mémoire et l’oubli des générations suivantes.
À travers des nuances et des sous-entendus, Judith Hermann met en lumière ce qui est refoulé, les vides de notre société. Avec autant de magie que de magnétisme, elle raconte à quel point nous nous installons de manière fragile dans nos vies — et montre également la beauté qui peut s’y cacher. »
À paraître le 25 février
Dario Ferrari, L’idiota di famiglia, Palermo, Sellerio
« Traducteur de profession et observateur désabusé du monde qui l’entoure, Igor mène à Rome une vie faite de routine et de petites frustrations. Il travaille sur les mots des autres, souvent sur des textes médiocres, tandis que sa compagne Marta, qui s’est réinventée en tant qu’essayiste féministe après une déception académique, surfe sur la vague du succès. Un jour, la vie ordinaire d’Igor est bouleversée par une urgence venue du passé. Un message de sa sœur Ester le rappelle à Viareggio : leur père, l’austère Franco Nieri, autrefois intellectuel marxiste connu sous le nom de ‘Herr Professor’ en raison de sa ressemblance avec Adorno, est en train de sombrer dans les abîmes de la démence sénile. L’homme qui avait construit son identité sur la force de la pensée et la rigueur théorique se réduit à un ensemble de balbutiements et de souvenirs fragmentaires.
Pour Igor, retourner dans la maison de son enfance à Viareggio signifie rassembler les morceaux d’un héritage encombrant, fait de rêves politiques jamais réalisés et d’ambitions frustrées. La confrontation avec la maladie de son père devient l’occasion d’analyser la relation complexe entre les générations et les incompréhensions jamais résolues.
Avec une écriture brillante, capable d’alterner comédie et émotion, le roman entremêle le récit privé à une satire lucide du monde de l’édition et à une réflexion politique plus large. L’idiota di famiglia explore la vulnérabilité humaine, utilisant la légèreté comme défense contre la douleur et la satire comme outil pour déchiffrer notre présent compliqué. »
À paraître le 28 février
Maria Attanasio, La rosa inversa, Palermo, Sellerio
« Giacomo Flerez, gardien des souvenirs de la ville de Calacte, a hérité du palais Henares ; nous sommes au début du XXe siècle et l’homme découvre par hasard dans ce vieux bâtiment une pièce secrète où sont conservés des classiques des Lumières tels que Voltaire et d’Alembert, des symboles maçonniques, des portraits.
Ce qui attire son attention, c’est pourtant le manuscrit La rosa inversa, récit autobiographique de Ruggero Henares, l’ancien propriétaire, né en 1743… Et commence alors la lecture d’une histoire incroyable restée longtemps cachée.
Éduqué au collège des Jésuites, Ruggero Henares se lie d’amitié avec Giuseppe Balsamo, celui qui deviendra le comte de Cagliostro ; mais tous deux sont expulsés du collège sur ordre du rigide père Crisafulli. Henares s’installe à Naples, et lorsque, en 1773, l’expulsion des jésuites de Sicile est ordonnée, c’est lui qui exécute l’ordre à Calacte en exilant le père Crisafulli, qu’il déteste ; entre-temps, il fonde la loge ‘La rosa inversa’ où l’on discute d’égalité et de liberté, d’une nouvelle société plus juste et plus équitable : la Révolution française est aux portes.
Les événements s’enchaînent, Henares, opposé à l’Église en tant que franc-maçon, est contraint de se cacher et son destin se lie à celui d’Amalia, la claveciniste avec laquelle il partage ses lectures et sa passion.
Sur fond d’événements historiques, Maria Attanasio, avec son écriture imaginative à la matrice poétique, brosse le portrait d’une époque, nous restituant l’esprit du temps, les révolutions culturelles et sociales, les contrastes et les résistances, en mêlant des personnages réels comme Cagliostro — dont on suit le destin jusqu’à sa capture par le Tribunal de l’Inquisition — et des personnages fictifs, des femmes et des hommes avec leurs passions et leur intelligence, des figures qui nous émeuvent alors qu’ils se rebellent contre leur époque et leur destin. »
À paraître le 28 février
Colm Tóibín, The News from Dublin, New York, Scribner
« Colm Tóibín, ‘l’un des meilleurs écrivains vivants au monde’ (The Boston Globe), nous offre un brillant recueil de neuf nouvelles, dont beaucoup sont inédites, qui se déroulent en Irlande, en Espagne et en Amérique, et traitent de la complexité de la famille, du désir, de la perte et de l’amour.
Célébré comme ‘l’écrivain le plus doué de sa génération pour décrire le pouvoir complexe et contradictoire de l’amour’ (Los Angeles Times), Colm Tóibín est un maître de la nouvelle comme du roman, capable de susciter une intensité émotionnelle extraordinaire dans un récit bref. Les onze nouvelles transportent les lecteurs à travers les continents et les époques.
Dans ‘The Journey to Galway’, une mère qui a appris la mort de son fils, pilote de chasse pendant la Première Guerre mondiale, se rend à Galway pour informer sa belle-fille et ses trois enfants désormais orphelins de père. ‘Sleep’, initialement publié dans The New Yorker, explore la rupture entre deux amants, l’un d’eux étant incapable de surmonter son chagrin et sa peur après la mort de son frère. La mort est à nouveau un personnage central dans la nouvelle qui donne son titre au recueil, ‘The News from Dublin’, dans laquelle Maurice Webster se rend à Dublin pour tenter de sauver son jeune frère qui se meurt de tuberculose. Maurice doit demander au ministre de la Santé l’accès à un nouveau médicament expérimental, seul espoir de guérison.
Les récits de Tóibín sont riches de la complexité des dynamiques familiales, de l’attraction obsédante du passé et des révélations discrètes qui définissent nos vies. Ses personnages, qu’ils soient confrontés aux conséquences de la guerre, à un amour interdit, aux désirs d’une jeune fille catalane ou aux luttes silencieuses de la vie quotidienne, sont rendus avec une empathie et une perspicacité éclairantes et inoubliables. »
À paraître le 31 mars
Fernando Aramburu, Maite, Barcelone, Tusquets
« Saint-Sébastien, juillet 1997. Pendant que son mari est en déplacement professionnel, Maite accueille sa sœur Elene qui, après avoir passé de nombreuses années aux États-Unis, revient dans sa ville natale pour voir comment leur mère se remet d’un accident vasculaire cérébral. Au cours des jours qu’elles passeront ensemble, les sœurs et leur mère évitent de se dire toute la vérité et refusent de regarder en face les tensions sociales qui règnent autour d’elles : l’ETA a kidnappé un conseiller municipal d’Ermua, Miguel Ángel Blanco, et menace de l’exécuter si ses demandes ne sont pas satisfaites. Les événements historiques se déroulent en parallèle à la vie intime de Maite, une femme sensible, attentive, mais prisonnière de conventions qui l’empêchent d’ouvrir les yeux et d’affronter la réalité. Fernando Aramburu a encore frappé : il nous livre un roman passionnant et inoubliable, un nouveau jalon dans son œuvre, qui le confirme comme l’un des meilleurs narrateurs européens du moment ; une histoire qui revient sur la mémoire récente du Pays basque et dont les personnages, dépeints avec une grande profondeur psychologique et une profonde humanité, nous émeuvent, en particulier son immense et mémorable protagoniste. »
À paraître le 4 mars
Josef Winkler, Der Tod ist ein Engel mit ernstem Gesicht, Berlin, Suhrkamp
« ‘Je t’écris – / dans le monde, jusqu’à ce que tu sois revenue / par la force spectrale du mot’, écrit Nelly Sachs dans l’un des poèmes que Josef Winkler cite dans son nouveau roman, dans lequel il fait revenir sa sœur décédée, Maria, dans le monde. De sept ans son aînée, Maria avait passé la majeure partie de son enfance à la ferme à s’occuper de son petit frère rebelle, Josef. Elle quitte le village pour suivre une formation de pâtissière, travaille pendant des années dans divers hôtels, avant de revenir dans la maison de son enfance après une dépression et une première tentative de suicide. À son arrivée, elle y trouve son frère Josef, qui cherche refuge après le scandale déclenché par son premier livre.
Dans son roman Der Tod ist ein Engel mit ernstem Gesicht, Josef Winkler utilise des images surréalistes et la force de son langage unique pour faire allusion aux événements monstrueux qui ont assombri la vie et la mort de sa sœur, entremêlant le retour de la fille prodigue avec celui du fils prodigue. La manière dont Josef Winkler parvient à transformer la violence émotionnelle et physique de la vie villageoise en un langage saisissant est sans équivalent dans la littérature germanophone. »
À paraître le 11 mars
Sophie Passmann, Wie kann sie nur ?, Cologne, Kiepenheuer & Witsch
« Botox ou ’vieillir avec dignité’, poster trop de selfies sur Instagram ou suivre toutes les tendances beauté sur TikTok ? Les femmes sur Internet sont constamment sous le feu des projecteurs. Chaque like peut devenir une accusation, chaque commentaire un sujet politique : ‘Comment peut-elle faire ça ?’
Sophie Passmann fait elle-même partie du monde contradictoire de l’auto-représentation féminine sur les réseaux sociaux. Avec une autocritique radicale, elle dissèque les phénomènes qui marquent toute une génération : de la discipline ascétique d’une Hailey Bieber à la perfidie calculée de Charli XCX en passant par la perfection névrotique de Taylor Swift. Pourquoi sommes-nous tous si fascinés par les femmes qui nous trompent, tout en les détestant précisément pour cela ?
Sophie Passmann observe l’air du temps comme personne d’autre : avec intelligence, introspection et beaucoup d’humour. »
À paraître le 12 mars