Hier, mardi 6 janvier, la sénatrice démocrate Jeanne Shaheen et le républicain Thom Tillis, co-présidents du Groupe d’observation du Sénat sur l’OTAN, ont publié un communiqué en soutien à la défense de l’intégrité territoriale du Danemark, face aux menaces de l’administration Trump quant à une prise de contrôle du Groenland.
Il s’agissait d’une prise de position rare venant d’un élu républicain contre la Maison-Blanche de Donald Trump et sa politique expansionniste.
- Le Sénat comme la Chambre des représentants, tous deux à majorité républicaine, ont largement abandonné leur rôle de contre-pouvoir face à l’exécutif depuis le retour au pouvoir de Trump.
- Selon le premier article de la Constitution, seul le Congrès a le pouvoir de « déclarer la guerre ». En décidant des allocations budgétaires, celui-ci peut également contribuer à façonner la politique de l’administration, notamment via les fonds alloués au Pentagone.
- Toutefois, en matière militaire comme dans le domaine du commerce, de la politique migratoire ou des dépenses fédérales, la branche législative a progressivement abandonné une grande partie de son pouvoir à la Maison-Blanche au cours des dernières décennies.
Cette évolution s’est considérablement accélérée depuis janvier 2025.
- En juin, quelques jours avant les bombardements américains en Iran, le représentant du Texas Chip Roy et le sénateur de l’Arkansas et faucon sur le dossier iranien, Tom Cotton, reconnaissaient que le Congrès avait « son mot à dire » en matière de politique étrangère et d’utilisation de la force armée, tout en précisant qu’il revenait au président de « donner le ton ».
Les lignes pourraient néanmoins être en train de bouger face aux menaces de l’administration à l’encontre du Groenland, pays constitutif du royaume du Danemark, État membre de l’Union européenne et également l’un des alliés les plus fidèles des États-Unis dans le cadre de l’OTAN.
Tillis n’est pas le seul sénateur républicain à s’opposer ou, du moins, à exprimer de sérieuses préoccupations quant aux menaces de Trump.
- Selon une recension réalisée par la revue, au mercredi 7 janvier, 5 sénateurs républicains sur 53 ont signalé leur opposition à une prise de contrôle par la force du Groenland.
- En plus de Tillis, Lisa Murkowski et Rand Paul, qui s’étaient opposés aux actes hostiles entrepris par Washington contre le Venezuela lors d’un vote qui s’était tenu début novembre, Joni Ernst et Jerry Moran, ont également signalé leur opposition.
Cinq sénateurs républicains soutiennent ouvertement le projet d’acquisition du Groenland par les États-Unis (Tommy Tuberville, Eric Schmitt, Bernie Moreno, Ted Cruz et Ron Johnson), sans toutefois se prononcer sur la perspective d’une action militaire, six ont fait des déclarations ambiguës, signalant notamment qu’il était « trop tôt » pour se prononcer sur ce sujet, et 37 n’ont pas encore fait connaître leur position.
- Le sénateur de Caroline du Sud et proche allié de Trump, Lindsey Graham, qui a apporté son soutien à une intervention militaire américaine à Cuba, a déclaré mardi 6 janvier : « Le Groenland, c’est une autre histoire […] Tout le monde souhaite que nous renforcions notre présence au Groenland afin de contrer l’influence russe et chinoise dans l’Arctique. Je suis tout à fait d’accord avec cela. Je pense que Trump se demande quelle sera la nature juridique de nos relations ».
- John Thune, leader de la majorité, a rejeté la perspective d’une prise de contrôle par la force en déclarant : « Je pense que c’est probablement mettre la charrue avant les bœufs. Je ne vois pas l’action militaire comme une option dans ce cas ».
- La porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a déclaré hier, mardi 6 janvier dans un communiqué que « le recours à l’armée américaine [pour saisir le Groenland] est toujours une option » 1.
Sources
- Claudia Ciobanu et Stefanie Dazio, « White House says military ‘always an option’ in Greenland as European leaders reject US takeover », Associated Press, 7 janvier 2026.