S’inspirant ouvertement du modèle de Fairshake — un réseau de super-PAC (comité d’action politique) qui oeuvre pour les intérêts des acteurs du secteur de la cryptomonnaie —, des investisseurs de la Silicon Valley ont annoncé cette semaine le lancement de Leading the Future, un réseau de financement de campagnes électorales doté d’un budget de plus de 100 millions de dollars centré sur l’intelligence artificielle (IA) 1.

Fairshake avait mené une campagne agressive particulièrement efficace lors des élections de 2024.

  • Le groupe avait notamment financé une campagne de 10 millions de dollars dirigée contre Katie Porter, une candidate démocrate à l’élection sénatoriale en Californie qui avait exprimé son inquiétude quant à la consommation énergétique de l’industrie des cryptomonnaies.
  • Porter avait perdu la primaire contre Adam Schiff, candidat démocrate ayant qualifié les cryptomonnaies de « nouvelles technologies importantes ». Ce dernier a finalement remporté l’élection contre le candidat républicain Steve Garvey.
  • Les acteurs du monde de la crypto ont contribué à près de la moitié (43,5 %) du total des dons des entreprises aux plateformes de soutien aux candidats (PAC) pendant la campagne de 2024 : près de 120 millions de dollars 2.

Leading the Future est une organisation bipartisane dont l’objectif est de soutenir les candidats défavorables à la réglementation de l’IA, peu importe leur étiquette. Le réseau est financé par le fonds de capital risque Andreessen Horowitz, le donateur républicain et co-fondateur de Palantir Joe Lonsdale, mais également Ron Conway, un donateur proche du Parti démocrate qui avait mené une campagne l’an dernier contre un projet de loi californien visant à réglementer le secteur de l’IA : SB 1047 3.

Faute de partager les mêmes opinions politiques, les soutiens financiers de Leading the Future sont unis dans leur opposition à tout effort susceptible de ralentir la croissance de l’IA.

  • Les acteurs du secteur ont déjà obtenu plusieurs victoires majeures depuis le retour au pouvoir de Trump.
  • Fin juillet, le président républicain avait dévoilé son « Plan d’action sur l’IA » et signé trois décrets visant à réduire les formalités administratives et à alléger les contraintes réglementaires pesant sur les entreprises de l’IA.
  • Ce faisant, l’administration républicaine a octroyé aux grands acteurs du secteur — OpenAI, Google, Meta… — ce que ces derniers souhaitent : limiter la capacité des États à imposer des lois jugées « contraignantes » pour l’IA, encourager le développement de modèles ouverts et faciliter la construction de centres de données.
  • Les entreprises de l’IA avaient néanmoins essuyé un revers lors des débats sur le budget de Trump, le Sénat ayant voté 99-1 contre une disposition contenue dans le texte visant à empêcher les États de mettre en œuvre leurs propres réglementations de l’IA.

La coalition républicaine est divisée sur le sujet, plusieurs poids-lourds comme Steve Bannon, le sénateur du Missouri Josh Hawley et, en privé, certains membres du cabinet de J.D. Vance, ayant exprimé leur opposition à l’interdiction 4. Le « tsar de l’IA » de Trump, David Sacks, le secrétaire au Commerce Lutnick et le sénateur du Texas Ted Cruz, appuyés par des acteurs de la Silicon Valley comme Marc Andreessen, ont quant à eux poussé en sa faveur.

Sources
  1. Amrith Ramkumar et Brian Schwartz, « Silicon Valley Launches Pro-AI PACs to Defend Industry in Midterm Elections », The Wall Street Journal, 25 août 2025.
  2. Rick Claypool, Big Crypto, Big Spending : Crypto Corporations Spend an Unprecedented $119 Million Influencing Elections, Public Citizen, 21 août 2024.
  3. Josh Koehn, « The Silicon Valley Godfather Who Helped Push Out the President », The Information, 20 septembre 2024.
  4. Amrith Ramkumar, « How a Bold Plan to Ban State AI Laws Fell Apart—and Divided Trumpworld », The Wall Street Journal, 2 juillet 2025.