Grand Tour, notre historique série d’été est de retour pour une nouvelle saison.
Comme chaque année, nous vous invitons à explorer le rapport d’affinité entre des personnalités et des espaces géographiques où elles ne sont pas nés ou qu’elles n’ont pas vraiment habités — et qui ont pourtant joué un rôle crucial dans leur propre trajectoire intellectuelle ou artistique.
Après Nikos Aliagas sur Missolonghi, Françoise Nyssen sur Arles, Gérard Araud sur Hydra, Édouard Louis sur Athènes, Anne-Claire Coudray sur Rio, Edoardo Nesi sur Forte dei Marmi, Helen Thompson sur Naples, Pierre Assouline sur la Corse, Denis Crouzet et Élisabeth Crouzet-Pavan sur Venise ou Carla Sozzani sur Milan et Edwy Plenel sur la Martinique, Mazarine Mitterrand Pingeot nous emmène au bord de la Loire.
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Comment avez-vous découvert La Charité-sur-Loire ?
C’est un endroit que nous avons découvert grâce à des amis qui travaillent dans la diplomatie culturelle et qui y ont une maison. Ce sont des musiciens — ce qui n’est pas anodin, car c’est un lieu qui attire de nombreux artistes. En été, La Charité-sur-Loire est un lieu assez animé qui accueille de nombreux festivals et concerts. La présence de nombreux intermittents du spectacle en fait un lieu de mixité sociale original, au cœur de la ruralité.
Indépendamment de ces amis, nous nous étions également déjà rendus au Festival des idées de La Charité — qu’on appelle aussi parfois le festival des gauches, et où j’étais intervenue. Plusieurs fils nous liaient donc à ce lieu. Enfin, il y a un avantage très concret : sa proximité avec Paris.
Pour toutes ces raisons — pratiques, affectives, politiques — nous avons fini par tomber amoureux du lieu.
Nous ?
Je dis « nous » parce que c’est un projet à deux, avec mon mari — notre premier achat commun. Mais pour moi, il y avait aussi un lien mystérieux. Depuis toujours, je suis en quête d’un goût de l’enfance, que je cherche à travers les lieux.
Ma grand-mère vivait en Auvergne, dans une campagne verte et humide, propice à un rapport direct avec la terre. C’était au cœur du pays, près de Clermont-Ferrand et des volcans, au milieu de la campagne. J’ai grandi avec ce goût pour la terre et les promenades. Dans la Nièvre, j’ai immédiatement retrouvé quelque chose de cette sensation d’enfance. C’est un territoire un peu déshérité, à l’écart des grands axes, pas spectaculaire mais doté d’un charme discret que l’on découvre peu à peu et qui finit par s’imposer.
Voilà ce qui pousse à aimer un lieu : il renvoie à quelque chose d’enfoui, à une image qu’on s’est formée de l’enfance, un paysage idéal que l’on croyait perdu.
Ce coup de cœur se greffe sur une perpétuelle envie de fuir Paris. Aujourd’hui, je partage ma vie entre Bordeaux, Paris et La Charité-sur-Loire. Je passe ma vie dans les trains — ce qui ne me déplaît pas.

Il y a aussi un élément fondamental : la Nièvre.
Ironie du sort, évidemment, car je n’ai jamais vraiment connu la région. Quand mon père y était député, je n’étais même pas encore née. Je n’en garde donc aucun souvenir direct — je crois n’y être allée qu’à l’âge adulte, pour quelques visites rapides.
Voilà ce qui pousse à aimer un lieu : il renvoie à quelque chose d’enfoui, à une image qu’on s’est formée de l’enfance, un paysage idéal que l’on croyait perdu.
Mazarine Mitterrand Pingeot
En somme, les récits de la Nièvre, qui ont irrigué mon enfance et mon adolescence bien que je ne la connaisse pas, donnent une forme d’évidence à mon installation tardive dans la région.
Le souvenir retrouvé de l’enfance, d’un côté, et la mémoire familiale indirecte, de l’autre.
La Charité-sur-Loire est profondément marquée par un héritage catholique, comme en témoignent son nom et le fait qu’elle s’est construite autour d’un prieuré, celui de Notre-Dame, son monument le plus visible et le plus emblématique. Cet héritage influence-t-il votre rapport au lieu ?
Je ne suis pas croyante, mais j’aime ces lieux sacrés. L’église est magnifique, mais je n’assiste jamais à la messe.
Je suis davantage frappée par la signification du nom même de « charité » – l’idée d’un lieu d’accueil, de soin, d’attention portée aux déshérités et aux malades.
Avant d’être une terre de gauche, la Nièvre était une terre ardemment révolutionnaire, et certaines de ces églises romanes ont gravé sur la façade « Liberté, Égalité, Fraternité ».
Mazarine Mitterrand Pingeot
Un grand hôpital psychiatrique se trouve dans la ville. Il est, encore aujourd’hui, l’un des principaux employeurs de La Charité. Il existe une continuité entre la vocation hospitalière de la ville chrétienne et son rôle d’accueil des plus vulnérables.
Cette fonction irrigue encore très concrètement la ville, y compris sur le plan économique. La Charité reste, en quelque sorte, fidèle à son nom. On y accueille encore un grand nombre de patients psychiatriques, avec un hôpital fermé et un hôpital ouvert, des personnes qui circulent dans l’espace public. Cette réalité urbaine, sociale et symbolique est très forte.
Elle s’enracine dans un héritage chrétien mais dépasse largement le cadre religieux.
Cet héritage est également architectural…
Bien sûr. C’est un lieu où, dès qu’on creuse un peu, on découvre quelque chose, ce qui attire beaucoup de médiévistes. Il y a une épaisseur, une richesse.
Et l’histoire de La Charité va bien au-delà du prieuré.
Récemment, en me promenant dans les bois, j’ai découvert l’existence d’un extraordinaire site gallo-romain, au lieu-dit de Compierre, où nous étions complètement seuls. À l’époque, 5 000 personnes y habitaient, soit presque autant qu’à La Charité aujourd’hui. C’était un centre extrêmement actif, avec des commerces, un amphithéâtre, un temple romain octogonal, qui a progressivement été abandonné.

Il y a aussi beaucoup d’églises romanes dans chaque village, qui sont magnifiques. Elles gardent la marque de l’histoire. La Nièvre était une terre ardemment révolutionnaire, et certaines de ces églises romanes ont gravé sur la façade « Liberté, Égalité, Fraternité ». Aux côtés de l’art roman coexistent les traces d’une culture révolutionnaire et anticléricale très forte.
Par ailleurs, à Guérigny — à une vingtaine de kilomètres de La Charité — se trouvaient les forges royales où étaient produites les ancres pour la Marine royale. Elles étaient ensuite acheminées vers Nantes ou Rochefort par la Loire et des canaux, depuis le centre de la France. Une partie de la marine résidait donc autour de ces forges.
Enfin — pour l’anecdote —, il y avait près des fonderies, la maison de vacances de l’oncle de Sartre, qu’il évoque dans Les Mots.
Il y a également des vignobles…
En effet. Nous sommes à deux pas de Pouilly et de Sancerre. Nous habitons dans l’ancienne rue des vignerons. Toutes les maisons ont de grandes caves.
Il y a beaucoup de vignes, et un tissu agricole assez dense lié à cette culture. Le vin de La Charité n’est pas le plus réputé, mais de Pouilly à Sancerre, le vin est excellent, et fait vivre de nombreuses familles.
La Loire est le seul fleuve sauvage de France.
Mazarine Mitterrand Pingeot
En novembre de cette année, j’ai été invitée à devenir bailli et à participer aux fêtes de la confrérie des baillis de Pouilly, qui rassemble une importante communauté de vignerons. Historiquement, ce n’étaient pas de grands vins, mais ils sont aujourd’hui très bien travaillés et excellents.
Le Pouilly est délicieux. Et juste à côté, le Sancerre, le Menetou-Salon… C’est une très belle terre viticole, encore très vivante.

On est souvent marqué, en passant par la Charité, par la présence du fleuve, et par le pont — qui est magnifique. Y développe-t-on un rapport particulier au fleuve ?
Oui, c’est évidemment central, d’autant que la Loire est le seul fleuve sauvage de France.
C’est un fleuve magnifique, mais réputé dangereux. Il est vivant et changeant. Son cours change selon les saisons, les crues et les sécheresses. Il est très impressionnant de voir à quel point son lit évolue.
La végétation et l’environnement de la Loire sont très particuliers. Y apparaissent des plages, des bancs de sable quand le fleuve se retire.
Tout cela confère une identité singulière à La Charité et à toute la région. Pour une ville, il est crucial d’avoir un point de vue, une ouverture, un lien physique avec un paysage. La Loire joue ce rôle pour La Charité. Il paraît même qu’elle crée un microclimat au-dessus de la ville. Il s’agit peut-être d’une légende mais il fait presque toujours beau à un moment de la journée — et la persistance de cette légende témoigne du lien presque mystique qui unit les habitants à la Loire.
Dans la ville même, il y a un petit accès à la baignade en centre-ville, sur une île. Les familles s’y rendent pour se baigner, c’est un lieu accessible, à la fois sublime et très peu connu. Malgré un peu de tourisme à vélo avec « La Loire à vélo » et un peu d’œnotourisme, la région reste préservée du tourisme de masse.
Votre retour dans la Nièvre s’inscrit-il dans un processus de réappropriation de l’histoire et de votre famille ?
Je ne crois pas que ce soit le résultat d’une démarche pleinement consciente. Quelque chose s’y est joué, une forme de réappropriation peut-être, bien que je ne l’aurais pas formulé de cette façon quand nous nous y sommes installés.
Avec du recul, j’y vois une certaine forme de continuité.
J’ai retrouvé — en écoutant des archives sonores de mon père — un goût commun pour ces lieux, une similarité dans le rapport à la terre — qui m’a beaucoup marquée. La question du lieu, de la terre et des arts revient souvent dans son discours. Ce n’est pas un discours rétrograde, mais au contraire très concret, presque paysan : on plante, on connaît les noms des rivières, des arbres, des collines.
À la Charité, je retrouve les sensations qu’évoque mon père en parlant de son jardin. Je comprends comment un lieu peut devenir une occasion d’enracinement et façonner un rapport durable au monde, bien plus qu’un simple attachement à un espace. Je m’y retrouve et partage beaucoup de ses réflexions sur la capacité d’un lieu à façonner une sensibilité, une pensée, un goût pour une certaine littérature.
Bien que les paysages soient très différents, il y a quelque chose, avec La Charité, qui entre en résonance avec ses récits de Jarnac en Charente Maritime. Un parallèle inattendu et qui pourtant me parle.
Il y avait près des fonderies la maison de vacances de l’oncle de Sartre, qu’il évoque dans Les Mots.
Mazarine Mitterrand Pingeot
Les récits hérités de la Nièvre correspondaient-ils à la réalité ?
Dans une moindre mesure : ce n’est pas la même Nièvre. Le Morvan, où se trouve Château-Chinon, est une région beaucoup plus sauvage. La Charité, située à la frontière du Berry, est dans une région très différente, encore rurale, mais moins isolée et plus accessible.
Mais la Nièvre, y compris à l’ouest, où passe la Loire, est en difficulté. De nombreux petits commerces ferment et de nombreux villages sont abandonnés. C’est un territoire souvent qualifié de désert médical, on attend parfois qu’une plaie s’infecte pour appeler les urgences plutôt que de demander à quelqu’un de vous emmener dans une grande ville — Dijon ou Clermont-Ferrand pour consulter un médecin. Les listes d’attente sont interminables.

Certes, on y trouve l’un des plus grands hôpitaux psychiatriques. Ce n’est pas sans importance, c’est un pôle fondamental. Cela peut parfois rendre l’ambiance de la ville un peu étrange — cela effrayait mes enfants quand ils étaient petits.
C’est encore une région un peu abandonnée par les pouvoirs publics, mais avec un ancrage très fort. Les gens sont très attachés à leur territoire.
On observe aussi — comme pratiquement partout d’ailleurs —, un basculement politique. Une majorité de communes ont aujourd’hui glissé vers le Rassemblement national.
Ce basculement est d’autant plus frappant que la Nièvre était historiquement une terre marquée à gauche. Il y avait une véritable culture politique, une présence, entre Bérégovoy et Nevers.
Cela me révolte, car on y observe ce qui est souvent décrit abstraitement comme « les territoires abandonnés par la gauche ». C’est devenu presque un lieu commun mais on en voit la traduction concrète, électorale, sociale. Ce sont des gens qui ont été abandonnés et ne rentrent plus dans les cases du discours de la gauche aujourd’hui. C’est désolant.
Vous en faites donc un lieu d’observation politique ?
Oui certainement, le besoin de se ressourcer n’est pas qu’intellectuel mais aussi politique.
Il faut mettre fin à l’emprise quasi exclusive des centres urbains sur la pensée politique.
C’est à mes yeux l’un des biais les plus graves de l’évolution de la gauche depuis les années 2000. Tant que l’on ne se réapproprie pas la ruralité — les petites villes, les bourgades, les campagnes — et que l’on continue à les mépriser et à les ignorer dans le discours public, je ne vois pas comment on peut espérer reconstruire un programme politique digne de ce nom.
C’est là, dans ce clivage très concret entre Paris et une certaine ruralité, qu’il se passe quelque chose.
Mazarine Mitterrand Pingeot
Notre imaginaire politique — mais aussi urbanistique et littéraire — est très biaisé. On a tendance à le considérer comme naturel alors qu’il est historiquement construit. Il est le produit d’un moment, d’une dynamique liée à la révolution industrielle, à la concentration, à l’artificialisation du territoire.
Je suis persuadée que des idées nouvelles émergeront des « provinces ». La centralisation historique du débat intellectuel et politique me semble préjudiciable à la manière de s’adresser aux électeurs. Le Rassemblement national l’a très bien compris. Il s’est installé là où les autres ne vont plus.
C’est là, dans ce clivage très concret entre Paris et une certaine ruralité, qu’il se passe quelque chose. Ce clivage est devenu un problème majeur. On peut le formuler autrement, mais il se ressent. Il s’éprouve physiquement. Il structure nos réflexions.

Le modèle urbain, qui s’est imposé comme une évidence, n’est pas l’avenir. Il faudra un jour déconcentrer, repenser l’organisation du territoire. Il ne s’agit pas de réinvestir toutes les campagnes — ce serait absurde — mais de changer de regard, de sortir d’un réflexe de surplomb. Même la pensée écologique dominante reste très souvent structurée par des catégories urbaines.
Je ressens régulièrement — physiquement — la nécessité de partir de Paris, d’aller à La Charité et de me confronter à cet écart.
En quoi la pensée écologique développée à la campagne se distingue-t-elle de celle développée en ville ?
La différence est radicale et trouve son origine dans la différence fondamentale du rapport au temps.
La conception du temps fait partie du problème écologique, dans la mesure où il est complexe de développer une pensée écologique ancrée dans la réalité lorsque l’on agit dans un cadre urbain. L’on pense aussi avec son corps et l’on ne peut pas penser à la nature quand le corps agit selon des rythmes qui n’ont rien de naturel.
Je suis persuadée que des idées nouvelles émergeront des « provinces ».
Mazarine Mitterrand Pingeot
En ville — lorsqu’on est actif — on est perpétuellement requis, quelque chose vous attend toujours. C’est agréable car cela évite de devoir remplir soi-même ses journées. Quand on ne travaille pas, il y a toujours un bien culturel à consommer. Seuls certains cycles, comme ceux liés à la parentalité, peuvent rapprocher de la temporalité organique, mais c’est rare.
À la campagne — sans vouloir faire de dichotomies trop caricaturales — la vie s’inscrit dans un cycle beaucoup plus large. La vie quotidienne est dictée par les cycles de la nature, qu’il s’agisse de la journée ou des saisons. La possibilité d’observer la cyclicité des saisons inscrit le rapport au monde dans une temporalité plus proche de celle de la nature. C’est un présent incarné, qui est aussi facteur d’égalité et de réunion.
Le rapport au temps dans la nature s’oppose au projet d’avenir transhumain, qui est purement urbain, techniciste. La seule immortalité qui l’intéresse est matérielle.
Se confronter à la nature permet de synchroniser les temporalités urbaines et rurales. La désynchronisation des géographies s’aggrave : il suffit de penser aux différences dans le rapport à l’espace entre ceux qui prennent l’avion pour un rien et ceux qui restent. Mais elle s’accompagne aussi d’une désynchronisation des temporalités. Si l’on considère également la fragmentation des médias et l’imperméabilité croissante des sphères cognitives à travers les réseaux sociaux, l’existence d’une certaine forme de commun est fortement remise en cause.

Or est-il seulement possible de penser l’action politique sans l’existence d’un socle commun ? Le rapport à la nature permet une resynchronisation avec la seule temporalité vraiment commune : celle de la nature.
La Charité-sur-Loire a-t-elle été une source d’inspiration pour votre dernier essai, Vivre sans ? Est-ce qu’il y a un lien entre la vie que vous y menez et vos réflexions sur le fait de se détacher de l’abondance ?
C’est un lieu d’écriture exceptionnel. J’y ai beaucoup travaillé, notamment à Vivre sans et Le Salon de massage. Il y a une forme de calme, de densité dans les journées : je travaille, je marche, je me baigne dans la Loire.
Le rapport à la nature permet une resynchronisation avec la seule temporalité vraiment commune : celle de la nature.
Mazarine Mitterrand Pingeot
C’est une vie qui me convient parfaitement. Il peut y avoir de la sociabilité, bien sûr, mais ce n’est pas ce que je recherche. J’y trouve un espace propice à l’écriture, à la lecture, à la concentration — parce qu’on n’est pas sans cesse interrompu, happé par l’urgence, les sollicitations.
Votre récente acquisition d’une résidence secondaire à La Charité-sur-Loire et votre nouvelle habitude d’y aller régulièrement pour travailler ont-elles changé vos habitudes de travail ?
C’est sûrement un changement, mais nous avions déjà l’habitude de fuir Paris le plus souvent possible.
Cette nouvelle — partielle — installation à la Charité-sur-Loire a été pour moi un tournant majeur, dans la mesure où j’entretiens un lien très fort et particulier avec les lieux. L’installation dans un nouveau lieu est toujours une inscription, à la fois dans un paysage, dans un écosystème, dans une autre socialité mais aussi dans une nouvelle temporalité.
Les conditions physiques et temporelles sont déterminantes lorsqu’on écrit. Je peux travailler en ville, mais j’ai souvent quitté Paris à la recherche du calme. À La Charité toutefois, la situation est différente : ces sorties de Paris s’inscrivent aussi dans une dynamique plus large de création d’un chez-soi.

La réflexion sur le chez-soi — que j’ai approfondi dans 11 quai Branly — est une question fondamentale. J’ai récemment eu la possibilité d’en discuter — dans le cadre du festival marseillais « Oh les beaux jours » — avec Marie Cock, dont le dernier essai Après le virage, c’est chez moi décrit un cheminement personnel entre le journalisme et la sociologie. Elle parlait notamment de l’importance pour son chez-soi de ressusciter une impression d’enfance, une sensation familiale
Que lisez-vous à La Charité-sur-Loire ?
J’y vais en général pour travailler, ce qui influence grandement les lectures que j’y fais. J’y lis beaucoup, notamment la rentrée littéraire, en fonction des critiques que je dois faire. J’y lis en général plus de romans qu’à Paris, où je suis continuellement accaparée par le travail philosophique.
Les conditions physiques et temporelles sont déterminantes lorsqu’on écrit.
Mazarine Mitterrand Pingeot
Par ailleurs, La Charité-sur-Loire est la « Ville du Livre » et compte donc de nombreuses librairies, même si certaines ont fermé. La ville est spécialisée dans les livres anciens — dont il y a une foire une fois par mois — mais je ne les collectionne pas particulièrement. Il y a une librairie sans doute tenue par un anarchiste en colère — si j’en crois ses vitrines, mais peut-être que je me trompe — qui a un excellent choix de livres d’occasion, notamment de philosophie.
J’y construis grâce à eux une belle bibliothèque philosophique, puisque j’y laisse aussi tout ce que je ne peux plus garder à Paris.