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La version d’hier est disponible ici. L’archive des analyses quotidiennes de Michel Goya est disponible à ce lien.

Situation générale

En dehors du siège de Marioupol, les opérations offensives terrestres russes sont limitées à quelques avancées dans le secteur Nord (Chernihiv, Kiev Est) et Sud-Ouest près de Kherson. Les forces russes sont en revanche sur la défensive sur l’axe Soumy-Kiev qu’elles sont obligées de renforcer contre le harcèlement ukrainien. Les Russes cherchent à relancer une troisième phase d’opérations offensives, sans doute plus séquentielle – un grand objectif après l’autre – par l’arrivée de renforts extérieurs et la récupération de forces après la prise de Marioupol et/ou la réduction de certaines poches de résistance. 

Situations par zone 

Zone Ouest

La mise en place de cinq GTIA biélorusses sur la frontière Ouest avec l’Ukraine pour lutter contre les « infiltrations ukrainiennes » rencontre de fortes réticences internes. 

Zone de Kiev

Au Nord, les Russes se préparent pour faire tomber les poches de résistance ukrainiennes. Le combat est très imbriqué et difficile entre deux armées russes (41e et 2e) et une dizaine de brigades ukrainiennes régulières ou territoriales (entre 2 000 et 3 000 hommes) pour la plupart dans la poche Chernihiv-Nizhyn. 

À l’Ouest de la capitale, les 35e et les 36e Armées russes sont en pause opérationnelle, avant de relancer des attaques dans les jours à venir, probablement toujours dans la zone d’Irpin (Ouest) et Vassylkiv (Sud-Ouest). Des contre-attaques ukrainiennes locales sont à noter.

À l’Est, la relance russe est limitée, elle est peut-être menée par le 6e Régiment de chars, dans la zone Skybin et de la route M01. Il faut noter l’emploi pour la première fois de drones armés russes dans la région de Kiev – un appareil a été abattu. 

La route Soumy-Kiev est à elle seule une véritable bataille spécifique.

Zone Est

le combat est imbriqué autour de Soumy et de plusieurs poches de résistance. Des combats indécis dans la région de Kharkiv. Combats importants dans la région d’Izium au Sud-Est de Kharkiv. 

Zone Sud

L’effort russe est important sur Marioupol, avec un assaut et une pression forte exercée sur la population. Dans la région de Kherson, les combats sont pour l’instant plus limités.

Perspectives

L’unité de compte de l’armée de terre ukrainienne est la brigade (entre 2 000 et 3 000 hommes). Avant-guerre, on comptait 36 brigades de combat – d’infanterie ou blindées – d’active ou de réserve en plus de 20 brigades – d’infanterie – territoriales, composées principalement de réservistes. Contrairement aux forces terrestres russes, organisées en armées, les brigades ukrainiennes sont commandées par zones opérationnelles. 

Les forces ukrainiennes ont fait un effort considérable ces dernières années sur la décentralisation du commandement et la capacité d’initiative aux plus petits échelons. C’est un des éléments clefs du bon niveau tactique de leurs bataillons. 

Théorie opérationnelle : cascade psychologique

On risque individuellement plus facilement sa vie au combat lorsqu’on estime que cela sert à quelque chose. La société accepte également plus les sacrifices lorsqu’ils sont des étapes vers la victoire. Les choses deviennent beaucoup plus délicates lorsqu’on anticipe que de tels efforts et de tels sacrifices seront vains. Pour modifier les perceptions, il faut des résultats visibles qui sont autant d’indicateurs de tendance. Lorsqu’on accumule les échecs et que l’on a le sentiment que la balance de l’histoire pèse plutôt de l’autre côté, le moral général, qui est une somme d’anticipations individuelles, peut s’effondrer.  

La situation opérationnelle est actuellement en équilibre. Les Russes ont avancé mais n’ont pas de victoires à afficher, hormis la prise de Kherson. Les pertes humaines sont très élevées – au moins 5 000 tués et blessés par semaine – pour une cause qui n’est pas claire et des succès limités. Un nombre indéterminé mais assez élevé de prisonniers et déserteurs russes sont les indices d’un moral assez incertain. Les pertes ukrainiennes sont probablement du même ordre, mais avec un moral qui semble bien meilleur, ne serait-ce que parce qu’ils résistent bien, ce qui est une victoire lorsqu’on combat plus fort que soi.

Dans la situation d’équilibre actuelle, le camp qui dans les deux semaines qui viennent pourra présenter plusieurs victoires offensives d’affilée, même limitées, prendra un avantage psychologique décisif.