Sydney. Je veux donner aux gens qui ne viennent pas d’Australie un aperçu des terribles incendies qui ravagent certaines régions du pays.
Les hectares australiens actuellement en feu représentent une superficie supérieure à celle de la Belgique. La fumée cause des problèmes respiratoires en Nouvelle-Zélande, à 2 000 km de distance de l’Australie1. Un demi-milliard d’animaux ont été tués. Huit personnes sont mortes. Un septième de l’État de Victoria est en feu. Le front du feu dans l’État de la Nouvelle-Galles du Sud est si long que, mis bout à bout, il s’étendrait de Sydney à l’Afghanistan. Les incendies sont combattus par des volontaires. 

Bodie Ashton Australia is burning : une perspective australienne

Le gouvernement australien refuse de discuter du fait que les feux de la Nouvelle-Galles du Sud brûlent depuis maintenant trois mois et qu’ils brûleront encore dans trois mois. Le changement climatique est une « question politique » qui ne devrait apparemment pas être discutée en ce moment.

Beaucoup de pompiers volontaires sont au chômage. Leurs prestations ont été suspendues parce que, bien qu’ils sauvent des gens, des écosystèmes et des maisons, ils ne peuvent pas postuler pour le nombre de tâches hebdomadaires requis par le gouvernement pour continuer à recevoir des prestations.2

Au plus fort de la crise, le Premier ministre australien est parti en vacances à Hawaï – ce que son bureau a d’abord nié – puis a insisté sur le fait qu’il essayait de rentrer chez lui, alors qu’il est impossible de prendre des vols d’Honolulu à Sydney. Le ministre des services d’urgence de la Nouvelle-Galles du Sud est également parti en vacances. Et au milieu de tout cela, le Premier ministre a déclaré que le pays devrait se réjouir de ses braves et courageux… joueurs de cricket, qui jouent contre la Nouvelle-Zélande.

De plus, alors que le pays tout entier était confronté à des risques d’incendie catastrophiques, les villes ont organisé des feux d’artifice. L’un d’entre eux, à Adélaïde, a provoqué sans surprise un incendie (heureusement limité). Des millions de dollars ont été dépensés pour ces feux d’artifice. Mais pas pour payer les pompiers. S’il est vrai que l’Australie connaît des feux de brousse chaque année, l’ampleur de l’évènement actuel est sans précédent. De même, la saison des feux est maintenant si longue que les initiatives préventives typiques, comme le brûlis, sont désormais beaucoup trop dangereuses.

La dévastation en Australie dépasse actuellement de très loin les incendies de l’Amazonie ou de la Californie, et on ne s’attend pas à ce qu’elle s’atténue avant au moins plusieurs mois encore. Dans certaines parties de Sydney, respirer l’air est équivalent à fumer un paquet de cigarettes.  Des bâtiments publics ont dû fermer à Sydney et dans la capitale, Canberra, parce que la fumée se concentre dans les systèmes de ventilation et déclenche les systèmes d’alarme incendie des bâtiments.

La température moyenne dans l’ensemble du pays a été supérieure à 40° C. L’Australie s’étend à peu près sur la superficie des États-Unis. Imaginez qu’il fasse cette température en moyenne partout dans le pays, de Denver à Boston, de Seattle à New York. Et le front du feu ? Imaginez une ligne de feu ininterrompue, s’étendant de New York à Los Angeles, puis de nouveau à New York, puis retournant à Los Angeles et allant au moins jusqu’à l’Indiana. C’est le front du feu dans un seul État.3

C’est pourquoi le Premier ministre Scott Morrison doit, je crois, démissionner. Ce n’est pas lui qui a allumé les feux. Mais c’est le Premier ministre qui, en ce moment d’Armageddon, continue d’insister sur le fait que les changements climatiques ne valent pas la peine d’être abordés. Et c’est l’un des membres de son Parti national d’Australie, le député Barnaby Joyce, qui, apprenant que deux personnes avaient été tuées, a dit en plaisantant que c’était acceptable, parce qu’ils « ont probablement voté [pour les] Verts ».4

Le Premier ministre Morrison se prélasse dans les stations balnéaires d’Hawaï pendant que l’Australie brûle, et il revient chanter les louanges du charbon.

Perspectives :

  • Le 9 janvier le bureau météo d’Australie sortira son communiqué sur le climat.
Sources
  1. ASHTON Bodie, Tweet du 2 janvier 2020
  2. McGOWAN Michael, DAVIDSON Helen, Volunteer firefighters in Australia warned not to crowdfund for equipment, The Guardian, 12 décembre 2019
  3. Australia fires: A visual guide to the bushfire crisis, BBC, 3 janvier 2020
  4. MCCULLOCH Daniel, Fire dead probably voted Greens: Barnaby, The Canberra Times, 12 novembre 2019
Crédits
Cette analyse reprendr un thread publié par l’auteur.