Les liens privilégiés qui existent entre Rome et Maputo, comme l’a montré l’intervention italienne à la suite du passage du cyclone Idai plus tôt cette année, sont-ils toujours prometteurs de développement ou cette coopération ne s’intègre-t-elle que sur une perspective de court terme ?

Le Mozambique et l’Italie ont une relation ancienne et assez forte, notamment concernant le développement économique ainsi que le processus de paix qui a mis fin à la guerre civile avec les accords de Rome de 1992 et le rôle important qu’a joué l’ONG Sant’Egidio dans ce contexte. La France, l’Italie, de même que la communauté internationale ont eu un rôle de premier plan pour que les Mozambicains puissent à nouveau retrouver une vie normale, puisqu’ils n’avaient pas les capacités pour survivre décemment aux ravages du cyclone après son passage. En effet, nous avions besoin d’aide non seulement pendant que le cyclone frappait notre pays, mais aussi après son passage puisque les conséquences furent catastrophiques pour la population. Beaucoup d’infrastructures ont été endommagées ou détruites. Nous devions reconstruire des écoles, des hôpitaux, des routes détruites ainsi que le réseau électrique. L’Italie a particulièrement contribué à ces efforts, c’est donc toujours un partenaire crucial pour le Mozambique. 

Nous allons d’ailleurs recevoir le pape bientôt. Même s’il représente le Vatican et non pas  l’Italie, cela sous entend tout de même un bon état de notre relation avec l’Italie. En ces temps difficiles, la présence du pape est très symbolique et donnera du courage à la population pour panser ses blessures. Le pape pourra donc, dans le cadre de son rôle, apaiser les craintes et soulager les blessures des Mozambicains. 

Quelle relation entretient aujourd’hui le Mozambique avec l’Angola, notamment en ce qui concerne la coopération au développement et le marché du pétrole ?

L’Angola est un pays frère, nous avons une relation solide et très ancienne puisque nous avons combattu ensemble contre le colonialisme, contre l’apartheid, nous sommes tous deux membres du Southern African Development Community (SADC), de même que du mouvement des non-alignés, et nous construisons ce que nous appelons « a front line state » avec nos partenaires zimbabwéen, zambien et tanzanien pour combattre l’apartheid. Donc notre relation est une relation fraternelle. Nous parlons également le même langage et nous avons beaucoup de choses en commun, comme l’objectif de combattre le problème de la pauvreté, des maladies. L’Angola a d’ailleurs beaucoup aidé après le cyclone Idai, en envoyant des équipes de médecins, des médicaments, etc. Notre partenariat est particulièrement fort.

Nous recevons beaucoup de l’Angola, notamment via l’institut du pétrole de l’Angola, leur industrie pétrolière nous aide beaucoup. Le pétrole est à la fois une chance et un malheur : c’est une bonne chose quand la gestion est bonne et efficace, et c’est au contraire une très mauvaise chose lorsque la gestion est mauvaise. Nous apprenons beaucoup de l’Angola concernant la gestion des ressources. L’Angola fait également partie de notre réseau d’échange scolaires ; le partenariat entre nos pays est très intégré. 

En tant que contributeur de la mission MINUSCO, comment votre pays perçoit l’élection de Félix Tshisekedi à la présidence de la République démocratique du Congo ?

Le Mozambique et le Congo sont membres de la SADC, nous partageons donc la même vision du développement, et le Congo est le plus grand pays de la SADC et de la région des Grands Lacs. Pour nous, le principal enjeu est de rendre la région stable, ce qui passe par la stabilité au Congo. Le fait que le Congo fasse désormais partie de la SADC permet de mettre nos ressources en commun pour assurer la stabilité du pays et l’aider à affronter les défis qui se posent à lui. Cela dit, l’élection de Tshisekedi ne concerne que les Congolais. C’est leur décision. S’ils trouvent qu’il est le plus à même de répondre à leurs attentes, c’est leur choix. Et nous devons respecter cette décision, non seulement le Mozambique mais la communauté internationale également, c’est le jeu de la démocratie. Le plus important est d’avoir des institutions fortes ; les institutions sont cruciales puisque tandis que les gens meurent, les institutions restent. 

Le système démocratique, inspiré par l’Occident et avec son soutien, doit aussi être respecté par l’Occident dans le sens où, une fois mis en place, même si le résultat du vote, donc de l’exercice de la démocratie, déplaît, les pays occidentaux se doivent de respecter le résultat. 

Quel rôle doit jouer selon vous le Mozambique au sein des pays de la « côte swahilie » : médiateur de puissances entre la Tanzanie et le Kenya, stabilisateur des institutions en Somalie… ? 

Le Mozambique et la Tanzanie ont de bonnes relations ; la Tanzanie a d’ailleurs aidé le Mozambique à obtenir son indépendance ; nous ne pouvons rendre la pareille tant le rôle de la Tanzanie fut important. Toutefois, nous essayons de mettre en avant nos bonnes relations. Nous avons beaucoup d’accords avec la Tanzanie, dans le domaine de la santé, de la défense, du commerce, de la sécurité, de l’éducation, nous avons beaucoup d’étudiants mozambicains en Tanzanie et quelques étudiants tanzaniens dans nos écoles. Nous avons particulièrement renforcé notre relation avec le Kenya au cours des cinq dernières années. Nos deux présidents ont effectué de plus en plus de voyages diplomatiques, nous coopérons aussi dans le cadre de l’extraction du gaz et du charbon pour produire de l’électricité dans des centrales à charbon. Nous sommes aussi intéressés par le secteur de la production de fleurs au Kenya pour développer ce marché au Mozambique. Le Kenya joue un rôle crucial concernant la stabilité en Somalie. La situation est très complexe dans ce pays, il y a beaucoup d’émigration de Somalie ainsi qu’une souffrance de long terme, à tel point que les gens deviennent presque immunisés contre la violence dont ils continuent à souffrir. La Somalie a besoin d’aide, non seulement de la part des pays de la région, mais aussi de la communauté internationale pour surmonter les problèmes auxquels elle fait face. 

Le Mozambique fait tout ce qu’il peut pour aider la Somalie. Mon prédécesseur est maintenant représentant auprès de l’Union Africaine en Somalie pour étudier les moyens d’aider ce pays. L’ambassadeur Madeira était d’ailleurs un des membres de l’équipe qui a négocié l’accord de paix de 1992. Il a donc de l’expérience concernant les processus de paix et la recherche de solution pacifique aux conflits. 

Il serait difficile pour l’un des pays de la côte de devenir une « puissance » régionale, car le plus important dans la région est de garantir une certaine stabilité en traitant le problème somalien. Une tentative de prendre le dessus mettrait à mal ces efforts, qui sont absolument nécessaires, car la stabilité de la région ne viendra qu’avec la stabilité en Somalie. Il y a donc coopération mais sans compétition ; tous les pays sont engagés à rendre la Somalie pacifique. En effet, dans le nord du Mozambique nous avons des problèmes de conflits armés et certains sont nourris par l’arrivée de Somaliens qui ont traversé toute la côte swahilie. Traiter le problème de la Somalie passe par moins de migrations, moins d’armes et plus de paix et de stabilité. Nous soutenons également toutes les initiatives européennes et onusiennes pour mettre en place une paix durable. 

Où en est la relation avec l’Afrique du Sud, en particulier à la lumière de la récente affaire d’extradition de l’ancien ministre des Finances du Mozambique ? Quel avenir pour la coopération avec l’Afrique du Sud ? 

L’Afrique du Sud est un pays stratégique pour le Mozambique en termes de coopération, il s’agit du principal investisseur au Mozambique, nous échangeons de tout avec l’Afrique du Sud, nous importons des tomates aux œufs en passant par la volaille, nous sommes par conséquent très proches, car nous avons besoin de l’Afrique du Sud pour notre sécurité alimentaire. En outre, la principale communauté mozambicaine vivant à l’étranger est en Afrique du sud. Nous avons plus de 400 000 Mozambicains vivant en Afrique du Sud. Nous avons d’ailleurs l’habitude de dire que, lorsque nous sommes en Afrique du Sud, nous sommes un peu aussi chez nous : en effet, les gens parlent Changan ou même portugais et là où beaucoup de pays d’Afrique ont des communautés importantes chez leurs anciens colons, qu’il s’agisse du Royaume-Uni, du Portugal ou de la France, ce n’est pas le cas du Mozambique, puisque c’est l’Afrique du Sud qui tient ce rôle, avec une forte communauté mozambicaine. Avec l’Afrique du Sud nous avons environ 70 accords de coopération, et ce dans presque tous les secteurs. 

Concernant l’ancien ministre des Finances, je ne vois aucune fenêtre qui pourrait déstabiliser notre coopération, je suis sûr que peu importe le résultat de cette affaire, qu’il soit renvoyé au Mozambique, aux États-Unis ou qu’il reste en Afrique du Sud, cela n’affectera pas notre relation. Nous devons respecter le droit international et nous devons respecter la décision sud africaine, ce n’est pas une décision politique, mais juridique. Nous devons respecter la loi en vigueur dans les autres pays, je ne le vois pas d’une autre manière et je ne pense pas que cela aura la moindre conséquence sur notre relation. Nous comprenons très bien l’opposition de l’Afrique du Sud à l’extradition ; l’Afrique du Sud a de très bonnes institutions, plus solides qu’au Mozambique, donc nous savons que le jugement sera juste. Notre relation va au-delà du politique, nous sommes de réels partenaires et nous avons besoin l’un de l’autre.

Le nouvel accord de paix signé jeudi 1er août entre le président et le leader de la ReNaMo est-il voué à échouer comme les deux précédentes tentatives, ou s’agit-il, selon vous, d’un accord de long terme qui permettra de mettre un point final au conflit armé ?

Je pense que cet accord sera une réussite et sera pérennisé sur le long terme, puisqu’avant les événements de 2013-2014, nous n’avions pas eu de conflit pendant 12 années. Pourtant les violences ont fini par éclater, comme souvent au Mozambique, à la suite d’élections. Lorsque le perdant d’une élection a un fort soutien populaire, la défaite n’est pas acceptée et ainsi s’enclenche une spirale de la violence qui prend sa source dans l’accès facilité aux armes – puisque ces individus se basent sur les armes pour défendre leurs intérêts. Dans l’Accord de Nolosa, mais nous devons comprendre les deux côtés du conflit, les deux sensibilités. Nous ne devrions pas seulement signer un accord, nous devons continuer le dialogue au-delà, un accord n’est pas seulement un morceau de papier signé, un accord, ce sont des actions ! Il s’agit de la manière dont on continue de décider en discutant et en prenant tous les aspects du problème pour satisfaire le plus de monde possible. De même, la communauté internationale souhaite nous aider, nous devons faire en sorte d’intégrer certains éléments de la ReNaMo (Résistance Nationale du Mozambique) pour éviter toute recrudescence ou renaissance de conflits.

Généralement, les gens prennent les armes car ils ont faim. Donc, si l’on veut la paix, il est nécessaire d’avoir une sécurité alimentaire solide, ce en quoi nous aident les pays étrangers, notamment la France, ainsi que la communauté internationale. D’importants efforts de réintégration des membres des guérillas de la ReNaMo doivent également être mis en place.

Nous devons procurer à ces citoyens de meilleures conditions de vie. C’est uniquement de cette manière que l’on réussira à avoir une paix durable au Mozambique. En effet si une personne vit aujourd’hui moins bien qu’auparavant, elle souhaitera revenir à l’état antérieur des choses, et c’est bien compréhensible. Je pense que l’Union européenne a la volonté d’aider, l’ONU également, et les pays voisins de même, afin que cet accord soit un succès de long terme pour garantir la paix et la stabilité dans la région. Un enjeu important de cet accord est également la réconciliation qu’il va falloir mettre en place, il ne faut plus se pointer du doigt comme partisan ou adversaire de la ReNaMo, nous sommes in fine tous mozambicains, et nous devrions tous nous battre pour le Mozambique en tant qu’entité.

Bien sûr, c’est un défi : les prochaines élections sont en octobre 2019. Je ne pense pas que nous aurons des problèmes pour ces élections, la ReNaMo est particulièrement faible en ce moment, le Mozambique s’en sortirait renforcé avec une opposition puissante. Avoir un parti hégémonique qui détient la majorité absolue au Parlement n’est pas bon pour le pays ; un parti a toujours besoin d’être maintenu à sa place grâce au système de checks and balances. Avoir une opposition puissante serait bon pour le parti. Bien sûr, je ne suis pas de l’opposition, je suis affilié au parti au pouvoir, mais sans opposition, le risque d’un parti omnipotent est important. 

Craignez-vous une expansion des groupes djihadistes qui opèrent dans le Nord du pays ? Bien que leur organisation et leur fonctionnement demeurent très flous, les considérez-vous comme une excroissance du l’État islamique ?

Au Cabo Delgado, nous cherchons à savoir qui ils sont et ce qu’ils veulent, car ce groupe est très mystérieux. Ils utilisent la jeunesse et lui promettent un accès aux études ou de l’argent, mais ce sont des promesses rarement tenues ; ce procédé consiste juste à embrigader les jeunes. De plus, il y a beaucoup de gens en provenance de Somalie, du Kenya, d’Ouganda, de Tanzanie, du Mozambique et du Congo dans ce groupe terroriste. La plupart d’entre eux viennent du Congo, et certains font partie de ces groupes car ils souhaitent exploiter le rubis en utilisant des armes, puisque l’exploitation est illégale. 

Toutefois cela va au-delà de l’exploitation illégale des minéraux, ils attaquent sporadiquement des villages et il n’y a pas de visage à mettre sur ces gens ou à défaut sur un chef. Qui sont-ils ? Nous n’en avons aucune idée. Certaines personnes sont en instance de jugement mais elles ne disent rien sur l’identité des membres de ces groupes, et toutes expliquent avoir été approchées par quelqu’un avec des promesses d’argent s’ils rejoignaient le groupe terroriste en question. Nous ignorons cependant toujours qui est ce quelqu’un.

Nous demandons donc à plusieurs pays de nous aider en termes de renseignement pour savoir ce qu’est ce groupe. Ils ne disent jamais être venus au Cabo Delgado par leurs propres moyens ou avoir été aidés, ils ne parlent pas, ils ne font qu’attaquer. Il est donc très difficile de comprendre quelle est leur véritable motivation. Nous cherchons du soutien de tous les côtés pour en savoir plus sur ce groupe. De plus, le Cabo Delgado est la zone où nous produisons la majeure partie de notre gaz, donc nous avons besoin de purger cette zone de tout risque. Mais bien sûr nous ne souhaitons pas le faire par la violence, c’est pourquoi nous demandons de l’aide en renseignement aux autres pays afin de nous soutenir dans notre objectif : débarrasser cette zone du terrorisme. 

Nous coopérons particulièrement avec la Tanzanie, pays frontalier, afin de comprendre, au moins, les mouvements des populations dans la région. Il en va de même pour les pays ayant des satellites qui surveillent la zone, qui possèdent des informations précieuses sur ce qui s’y passe. De plus, nous avons beaucoup de multinationales de gaz dans la région de Cabo Delgado, et nous ne voulons pas ralentir le développement de la région. La logistique est compliquée pour sécuriser la zone de production de gaz, puisqu’il faudrait déplacer les habitants, mais jusqu’à présent nous n’avons encore jamais eu d’attaques envers les entreprises installées dans la région de Cabo Delgado. 

Nous souhaitons à tout prix éviter que le conflit ne s’étende, c’est pourquoi nous entraînons 2 000 soldats spécifiquement pour ce problème précis du terrorisme au Nord du pays. Le gouvernement souhaite résoudre ce problème le plus rapidement possible. 

Nous avons également le problème du djihad, car une part importante des jeunes mozambicains qui partent étudier à l’étranger va dans des pays islamiques et reviennent de ces pays avec certaines idées en tête. Cependant, pour moi, la principale source du problème reste la pauvreté. En effet, sans pauvreté, il est plus difficile de convaincre les jeunes qu’ils auront de meilleures conditions de vie en intégrant un groupe terroriste, et la plupart du temps, leurs conditions se dégradent d’ailleurs en intégrant ce type de groupe. Il est donc nécessaire, pour le gouverner, de gérer le problème de la pauvreté le plus urgemment possible, avec des infrastructures et des institutions de qualité, des écoles, des voies de communication efficace, un bon système de santé, etc… 

La Chine investit de manière croissante en Afrique, surtout à l’Est dans le cadre du projet des nouvelles routes de la soie. Le Mozambique entend-il négocier de façon bilatérale ou bien à travers la communauté de développement d’Afrique australe (SADC) ?

Je pense que la Chine est un bon investisseur, surtout en ce qui concerne les infrastructures, les routes, les voies ferrées, l’énergie… Si vous aviez été à Maputo il y a dix ans de cela, tout était différent. Le Mozambique voit donc la Chine d’un bon œil car c’est bien grâce aux investissements chinois que nous avons pu développer notre économie dans quatre grands domaines : les infrastructures, l’énergie, l’agriculture et le tourisme. Pour avoir du tourisme nous avons besoin de routes en bon état, d’accès à l’eau et d’énergie. Pour avoir une agriculture de qualité, nous avons besoin de ces mêmes choses. Donc les infrastructures doivent être une priorité de notre développement économique. Dans ce cadre, l’argent du gaz que nous produisons doit être utilisé pour l’agriculture, pour la construction de routes, etc. Par conséquent, une fois les infrastructures adéquate construites, le secteur privé pourra investir dans le tourisme et ainsi contribuer au développement de l’économie du pays. Nous avons besoin de créer ces infrastructures avant toute chose donc, et la Chine nous aide à construire ces infrastructures. 

Bien sûr, il s’agit d’une relation win-win : la Chine a ses objectifs et nous avons les nôtres, mais nous sommes généralement satisfaits de notre coopération avec la Chine. La principale différence entre l’Occident et la Chine réside dans le fait que l’Occident souhaite toujours lier le développement économique à la mise en place d’institutions démocratiques selon leur modèle, alors que la Chine demande aux pays dans lesquels elle investit leurs priorités et investit dans les secteurs souhaités par lesdits pays. Elle demande aux locaux ce qu’ils pensent être le mieux pour leur pays. Les infrastructures construites par les chinois sont d’ailleurs de bonne qualité, d’où un degré de satisfaction élevé à propos des investissements chinois.

Il y a trois ans, nous avions pour habitude de devoir rouler entre six et sept heures pour nous rendre de Maputo à Durban, en Afrique du Sud, et nous devions traverser pas moins de 3 frontières (en raison de la présence de l’Eswatini [ex-Royaume du Swaziland, ndlr] sur le trajet), aujourd’hui le trajet ne prend plus que deux heures grâce à la construction d’une nouvelle route par la Chine. De plus ce que les Chinois ont construit au Mozambique a aussi bénéficié à l’Afrique du Sud puisqu’ils exportent bien plus facilement vers notre pays grâce à cette route. Les chinois aiment donc laisser une preuve de leur passage avec ces grands ouvrages, mais jusqu’ici, nous en bénéficions largement. Toutefois notre relation avec la Chine remonte à bien avant les années 2 000 puisque dès les années 60/70, Pékin entraînait les soldats mozambicains : elle envoyait ses conseillers en Tanzanie où ils formaient les exilés mozambicains dans l’objectif de lutter pour l’indépendance. De nombreuses critiques s’étaient alors élevées à l’encontre du Mozambique selon lesquelles le pays souhaitait devenir un État communiste, mais il n’en était rien : il s’agissait avant tout de se libérer du joug du Portugal. 

La Chine a donc aidé le Mozambique à devenir libre politiquement et aujourd’hui elle l’aide à devenir libre économiquement. Bien entendu, le Mozambique est ouvert à tout type de coopération et de partenariat, mais la relation avec la Chine est, il est vrai, particulièrement intense.

D’autre part, il ne s’agit pas seulement de nous aider puisqu’il s’agit d’une relation win-win, ainsi la Chine importe beaucoup de nourriture du Mozambique, du gaz également ainsi que des minéraux. La Chine étant le plus grand marché « national » du monde, accéder au marché chinois est gage de rentabilité économique et de développement, d’autant plus que ce marché est bien moins régulé que le marché européen par exemple. Nous avons bien sûr des accords avec l’Union, notamment en ce qui concerne la pêche, mais l’accès au marché européen est compliqué par le poids de la législation et des règles.

Quelles sont les sources de doctrines et les espaces de débat stratégique (revues, think tanks…) au Mozambique ?

Nous avons quelques think-tanks au Mozambique, notamment le Centre international pour les études stratégiques, qui fait partie de l’Institut des relations internationales formant les diplomates. Mais nous avons également de nombreux petits groupes de réflexion, qui jouent un rôle, dont le principal est Sociedade Civil, et dans une moindre mesure le MARP, Mecanism for Evaluation qui est une sorte d’antenne de l’Union Africaine qui récolte des informations sur le développement du pays pour ensuite soumettre les données à l’Union Africaine. Il s’agit de volontaires mozambicains qui cherchent à voir quelles sont les performances du Mozambique et dans quels secteurs… mais de manière générale, le Mozambique, au contraire la France, n’a pas beaucoup de think tanks. Nous nous basons beaucoup sur les chaînes de télévision qui organisent des débats entre experts. 

Cependant cet espace de débat qu’est la télévision s’intéresse plus aux problèmes internes du pays qu’aux enjeux internationaux. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, une fois retraité, je songe à créer un think tank, d’ici trois ans probablement. C’est tôt, mais voilà déjà plusieurs années que je pense à créer une telle institution pour combler ce manque.