Oslo. Les élections communales qui se sont déroulées en Norvège le 9 septembre 2019 offrent un paysage politique émietté avec un net affaissement du parti travailliste. Basées sur le système parlementaire, ces élections regroupent à la fois le vote municipal et celui au niveau du comté. Recueillant 24,8 % des voix à l’échelle du pays, le parti travailliste enregistre un recul de 8,4 % par rapport aux précédentes élections, tenues en 2015. Le recul du principal parti d’opposition face au gouvernement de coalition des droites bénéficie principalement au parti de Centre (Senterpartiet) qui recueille 14,4 % des suffrages. Quant à la droite (Høyre), elle stagne avec 20,1 % des voix recueillies au niveau national1

Pour le leader et chef du parti travailliste norvégien Jonas Gahr Støre, ce résultat intervient à deux ans des élections législatives avec l’ambition de remporter la victoire pour former une nouvelle coalition, alternative au gouvernement actuel dirigé par Erna Solberg. Seulement, les mauvais résultats de ces élections locales l’amènent à prendre une décision radicale dans le fonctionnement du parti. Traditionnellement, la définition du programme politique était impulsé par le bras droit de la direction du parti. Or, Jonas Gahr Støre entend mener directement la définition du futur programme dont l’orientation devrait être fondée sur deux piliers : le climat et la politique économique2.

Si le parti travailliste voit son score sensiblement réduit, les petites formations de gauche ont su être le réceptacle de ce désaveu. Ainsi, le parti de l’environnement – Les Verts (Miljøpartiet De Grønne) et le parti socialiste de gauche (Sosialistisk Venstreparti) recueillent respectivement 6,8 % et 6,1 % des votes3. Les élections municipales à Oslo sont assez démonstratives de la percée des écologistes. Alors que le parti travailliste recule de 12 points pour atteindre 20 % des votes dans la capitale, les Verts percent avec un score de 15,3 % (+7,1 par rapport aux élections de 2015)4.

La défiance politique du nord de la Norvège

Mais le plus grand séisme de ces élections a eu lieu dans la partie septentrionale du pays. En effet, le parti travailliste essuie une défaite historique dans ces deux bastions. En 2015, le parti flirtait avec un score de 50 % dans les régions de Troms et Finnmark et de Nordland. Lors de ces élections, le parti a recueilli respectivement 25 et 26 % des votes. Cet affaiblissement profite au parti du centre (Sp) qui l’emporte dans ces deux régions (26 % pour la région Troms et Finnmark ; 27 % pour la région Nordland).

Cette victoire des centristes intervient dans un contexte politique tendu. La réforme administrative en cours qui doit aboutir à la fusion des comtés du Troms et du Finnmark en une seule entité est fortement contesté localement. Profitant de ce mécontentement, le parti centriste dirigé par Trygve Slagsvold Vedum affiche un discours anti-réforme, anti-centralisateur et affirme un positionnement politique anti-UE5. Ces résultats dans cette partie du pays suggèrent une défiance grandissante envers Oslo.

Perspectives :

  • Bien que le parti travailliste demeure en tête de ces élections communales, il enregistre un net affaiblissement, notamment dans ses bastions historiques septentrionaux. Dans le même temps, la droite conservatrice voit ses résultats stagnés au niveau national.
  • La percée significative du parti centriste (Senterpartiet) et la progression des Verts norvégiens amènent le parti travailliste à reconsidérer sa stratégie en vue des prochaines échéances électorales.
  • Les rapports entre le Nord et le Sud du pays pourraient constituer un sujet important lors des débats politiques à l’occasion des élections législatives organisées en 2021.
Sources
  1. Résultat des élections locales, Valgresultat 2019, VG, 10 septembre 2019.
  2. SPENCE Thomas et al., «Støre tar tøylene for å vinne valget i 2021», Aftenposten, 10 septembre 2019
  3. Résultat des élections locales, Valgresultat 2019, op. cit.
  4. Résultat  des élections à Oslo, Aftenposten, 10 septembre 2019.
  5. STAALESEN Atle, “Political earthquake shakes up Northern Norway”, The Barents Observer, 10 septembre 2019.