Santiago du Chili. Pour la cinquième fois, une Conférence des Parties (COP) aura lieu en région latino-américaine. L’Argentine, le Mexique et le Pérou ont déjà abrité un sommet du climat réunissant une fois par an les États signataires de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques de 1992. À l’origine, la COP25 devait être présidée par le Brésil. Or, après l’élection du président Jair Bolsonaro – qui s’est revendiqué publiquement climatosceptique—, le pays a retiré sa candidature en raison des « restrictions budgétaires ».  Alors que le Chili accueillera en novembre le sommet de la Coopération Économique Asie-Pacifique (APEC), portant sur l’économie numérique, la connectivité régionale et le rôle des femmes dans la croissance économique, il devra aussi faire preuve à la fois de son leadership et des progrès réalisés dans l’utilisation des énergies renouvelables lors de la COP25 qui se déroulera du 2 au 13 décembre 2019.

En mars 2019, la ministre de l’Environnement Carolina Schmidt s’est vue impliquée dans une controverse après que les médias eurent révélé qu’elle avait envoyé une lettre à l’ONU pour souligner les problèmes rencontrés dans l’organisation de la conférence et pour essayer de la déplacer. Dans la lettre, il était indiqué que le Chili n’aurait pas le même temps que d’autres pays-hôtes pour planifier le sommet, notamment pour définir le site et pour trouver l’hébergement nécessaire pour accueillir les délégations des 196 pays qui y participeront. Malgré cette lettre, l’ONU a finalement rejeté la demande du Chili de retarder la conférence.

Pour Matías Asun, directeur national de Greenpeace au Chili, « l’organisation du sommet est le moindre des problèmes que le Chili devra surmonter »1. Le pays continue à utiliser des explosifs pour extraire du charbon en Patagonie, compte neuf des dix villes où la qualité de l’air est la plus médiocre sur le continent et a notamment évité de signer l’accord d’Escazú régissant l’accès à l’information, la participation publique et l’accès à la justice à propos des questions environnementales en Amérique latine et dans les Caraïbes. Le refus de signer cet accord a été objet de débat pour des nombreuses ONG qui ont interpellé la ministre Schmidt, pour qui l’accord régional ne permettrait pas au pays d’améliorer les conditions déjà institutionnalisées puisque « le Chili respecte dans sa législation interne toutes les mesures de participation citoyenne prévues dans l’accord d’Escazú »2.

Bien que l’Amérique latine et les Caraïbes représentent moins de 10% des émissions mondiales de carbone, la région est extrêmement vulnérable aux effets du réchauffement climatique en raison de sa situation géographique et de ses conditions socio-économiques, démographiques et institutionnelles3. Pour sa part, le Chili, qui est responsable du 0.25% des émissions mondiales de CO2, remplit 7 des 9 conditions de vulnérabilité, ce qui le place parmi les 10 nations les plus touchées par le réchauffement climatique selon le rapport du Global Climate Risk Index 20174, présenté par la Germanwatch à la COP22. C’est dans ce contexte que le pays a décidé de passer d’une production de 10% de son énergie de façon renouvelable en 2014 à 20% en 2018. L’objectif est d’atteindre les 70% d’ici 2050.

Le gouvernement du président Sebastián Piñera a annoncé mardi 4 juin la fermeture de huit centrales à charbon avant 2024 et l’objectif d’en finir complètement avec l’utilisation de charbon d’ici 2040. Les centrales, entrées en activité il y a plus de 40 ans, seront fermées progressivement dans les cinq prochaines années selon l’accord passé entre le gouvernement chilien et les entreprises propriétaires de celles-ci. Néanmoins, une fois les centrales fermées, elles resteront dans un « état de réserve opérationnelle » stratégique pendant cinq ans, au cas où elles seraient nécessaires en raison d’une urgence ou d’un manque d’approvisionnement.

Le rapport Emerging Market Outlook 20185 de l’organisation BloombergNEF couronne le Chili leader mondial des énergies renouvelables et salue ses efforts pour abandonner le charbon et produire des énergies propres. Toutefois, le pays dispose de 28 centrales thermoélectriques au charbon, responsables de 91% des émissions totales de dioxyde de carbone du pays. Ces industries appartiennent à cinq sociétés (AES-Gener Engie, Enel, Colbún et Industrial Generation Company) et sont concentrées dans seulement six communes, qui comptent parmi les plus pauvres du pays. Le Chili a été le théâtre d’épisodes graves d’intoxication massive de personnes en raison des émissions de gaz, comme par exemple dans la baie de Quintero en 2018. En février 2019, l’État a été poursuivi devant la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) pour ce qui s’y était passé. Enfin, plusieurs organisations sociales ont dénoncé le fait que le pays hôte de la COP25 dispose d’un système d’approvisionnement en eau privatisé avec un marché de prix fixé par des particuliers et une capacité réglementaire limitée de l’État.

Perspectives :

  • Le Chili, l’un des leaders mondiaux des énergies renouvelables et du développement durable, est confronté au défi d’organiser la COP25 dans quelques mois. Cependant, le défi ne réside pas seulement dans l’organisation de la conférence, mais aussi dans la capacité de démontrer son leadership et son expérience dans le sujet. En outre, la COP25 est présentée comme la dernière instance pour les États soumettant de nouveaux engagements plus ambitieux avant 2020, tels que l’accord de Paris signé lors de la COP21.
  • Le pays doit résoudre la controverse entourant la signature de l’accord d’Escazú. à la lumière de l’organisation d’un sommet alternatif à la COP25 par différentes ONG, mouvements sociaux et activistes. Les organisations qui participeront à cet événement alternatif déclarent que le gouvernement doit signer le traité d’Escazú avant la tenue de ce sommet mondial.
Sources
  1. Greenpeace por COP25: “La organización es el menor de los problemas”, DiarioUchile, 20 mars 2019.
  2. Ministra Schmidt: “No hay ninguna inconsistencia entre no firmar Escazú y traer la COP25 a Chile”, EMOL, 24 décembre 2018.
  3. Commission Économique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes (CEPAL), La economía del cambio climático en América Latina y el Caribe, décembre 2018.
  4. KREFT Sönke, ECKSTEIN David, MELCHIOR Inga, Global Climate Risk Index 2017, Germanwatch, novembre 2016.
  5. Emerging Market Outlook 2018, BloombergNEF, Novembre 2018.