Barcelone. A l’ombre des élections européennes qui se sont déroulées dimanche 26 mai, la Catalogne vivait des élections locales importantes dans la poursuite de la recomposition de son paysage politique. Ainsi, Barcelone a été témoin du renforcement structurel de l’indépendantisme sur l’ensemble du territoire. La victoire du candidat de la gauche républicaine indépendantiste (ERC), Ernest Maragall, est sans doute un acte politique fort dans l’optique d’une sortie de crise de la gouvernance catalane depuis le référendum sur l’indépendance qui s’est déroulé le 1er octobre 2017.

Dimanche soir, la soirée électorale a été électrique du côté de Barcelone. Tout d’abord, le résultat du scrutin a été particulièrement serré. Ainsi, le candidat de la gauche indépendantiste termine avec moins de 5 000 voix d’avances sur sa concurrente de la gauche radicale et maire sortante, Ada Colau1. Pour ce parti historique de Catalogne, cette victoire est une première depuis 1931. Pour autant, cette victoire hautement symbolique dans un contexte politique conflictuel avec Madrid ne masque pas les difficultés à venir pour le nouveau maire.

En effet, Ernest Maragall devra composer avec un futur conseil municipal morcelé obligeant son groupe politique à former une coalition municipale. Les résultats de l’élection ont mis en tête Ernest Maragall en obtenant 10 sièges, à égalité avec Ada Colau (Barcelona En Comú), suivi de Jaume Collboni (PSC) avec 10 sièges, Manuel Valls (Ciudadanos) – 6 sièges ; Elsa Artadi (Junts Per Catalunya) – 8  sièges ; et enfin Josep Bou (Partido Popular) – 2 sièges2. Mis en perspective, ce morcellement annonce une gouvernance municipale aux équilibres fragiles.

Le futur maire républicain, âgé de 76 ans, est confronté à un dilemme politique profond. Il doit opérer un choix politique majeur entre une alliance indépendantiste, alors que la gauche radicale indépendantiste (CUP) n’a obtenu aucun siège, et une large coalition de gauche. Pour la première option, Ernest Maragall, se rendra à la prison de Soto del Real « pour offrir un pacte de gouvernement à Quim Forn, autre vétéran de la politique municipale »3. Ce dernier, membre de Junts per Catalunya, attend son jugement concernant le procès sur les événements du 1er octobre 2017. L’alliance avec l’autre parti indépendantiste est l’option prioritaire. Cette alliance entend mettre en avant leur bataille commune qui est la libération des prisonniers et le retour des exilés en Catalogne. Quant à la seconde hypothèse, une alliance de gauche avec la maire sortante est une option envisageable. Mais la question de l’indépendance constitue un point de discorde majeur entre ces deux partis. La gauche radicale En Comu Podem s’est toujours tenue à équidistance entre le mouvement indépendantiste et la position de fermeté du gouvernement espagnol.

Pris dans un contexte général, la future gouvernance de Barcelone est dépendante de la résilience du front indépendantiste liant Esquerra Republicana de Catalunya et Junts per Catalunya. Si le premier triomphe à Barcelone, le second remporte un succès probant au niveau européen avec l’élection de Carles Puigdemont, ancien président de la Generalitat, actuellement exilé en Belgique. Indéniablement, le mouvement indépendantiste a été consolidé par les différents scrutins tout en démontrant sa pluralité4.

Enfin, cette élection marque l’échec du projet municipal de l’ancien Premier ministre français Manuel Valls. Bien que sa liste centriste ait recueilli 13,2 % des voix, il assume son échec main n’entend pas renoncer à son rôle d’opposant aux mouvements indépendantistes. Il siégera dans l’opposition et entend avoir un rôle actif au sein de l’opposition municipale. Toutefois, il a annoncé vouloir rompre avec Ciudadanos, si ces derniers devaient négocier un accord d’alliance avec le parti d’extrême-droite Vox dans certaines municipalités5.

Perspectives :

  • Cette élection marque la solidité du mouvement indépendantiste en Catalogne. La prise de Barcelone par la gauche indépendantiste est un symbole fort dans le conflit l’opposant à l’État espagnol.
  • Le futur maire doit désormais des négociations difficiles pour construire une coalition solide pour cette mandature de quatre ans.
  • Les futurs projets municipaux (la mobilité douce, la digitalisation ou la réduction des inégalités socio-économiques) de la ville pourraient être parasités par la lutte politique entre les indépendantistes et les constitutionnalistes.