Bruxelles. Plus grand accord commercial bilatéral au monde à ce jour, le JEFTA rassemble quelques 630 millions de consommateurs. Ce dossier bilatéral a servi de socle aux deux parties ce jeudi afin de se positionner en défenseurs du libre-échange1. En effet, face au protectionnisme et aux tensions ambiants, la présidence japonaise du G20 et ce rapprochement UE-Japon permettent aux acteurs de faire entendre leur voix sur des valeurs commerciales, mais aussi démocratiques, de droits de l’Homme, de propriété intellectuelle.

Sur le plan commercial toujours, l’Union européenne comme le Japon redoutent les sanctions que pourrait imposer Donald Trump sur leurs exportations vers les États-Unis, notamment dans le secteur automobile2. Cette rencontre entre Shinzô Abe, Jean-Claude Juncker et Donald Tusk a permis d’échanger autour de la visite du Premier Ministre nippon à Washington vendredi 26 avril, et les discussions qui y auront lieu – cf. Perspectives ci-dessous.

Si les violons nippo-européens s’accordent facilement sur la partition des valeurs humanistes et progressistes, qui entrent dans les intérêts des deux parties tant sur le plan politique que commercial, des positionnements communs plus concrets demeurent délicats sur certains dossiers. Sur l’épineux débat d’une réforme de la gouvernance de l’OMC par exemple, Tôkyô n’a pas soutenu la proposition de Bruxelles de faire passer de sept à neuf le nombre de juges de l’organe d’appel de l’organisation3. En effet, Washington souhaite exactement l’inverse, à savoir réduire le pouvoir de cet organe.

Au vu de leurs intérêts communs, de leurs atouts communs – en matière d’innovation par exemple – Japon et UE ont tout intérêt à coopérer et poursuivront en ce sens. Deuxième puissance d’Asie orientale, le Japon représente un partenaire précieux dans une région de plus en plus centrale, possédant des valeurs et un fonctionnement plus facilement conciliables avec l’Europe que la Chine par exemple, constat qui s’est ressenti de manière récente. Néanmoins, Tôkyô ménage Washington et demeure prudent sur ses positions, ayant notamment besoin de cet allié pour donner du poids au concept d’Indo-Pacifique relancé depuis deux ans.

Perspectives

  • En dehors des dossiers internationaux, les États-Unis souhaitent clairement obtenir un plus grand accès au marché agricole japonais4, les producteurs de viande américains perdant des parts de marché au sein des pays membres du TPP (Transpacific Partnership), depuis que Washington a décidé de s’en retirer. Mais ce que Donald Trump est prêt à concéder en échange, voilà qui est pour l’instant inconnu et a dû faire l’objet de spéculations lors des discussions à Bruxelles. D’autant plus que les produits agricoles ne suffiront pas à régler ce qui est devenu un marqueur de la politique commerciale de Trump : le déficit extérieur américain, au plus haut depuis dix ans avec 621 milliards de dollars en 20185.
Sources
  1. Libre-échange : le Japon et l’UE à l’unisson, Euronews, 25 avril 2019.
  2. Abe to meet EU leaders in Brussels, Bloomberg Politics, 25 avril 2019.
  3. BUTAUD-STUBBS Emmanuelle (rapporteur), Conseil économique et social européen,Réformer l’OMC pour s’adapter aux évolutions du commerce mondial (avis d’initiative), 24 janvier 2019.
  4. HOWELL Tom (Jr.), Donald Trump to talk trade, security with Japan’s Shinzo Abe at White House, The Washington Times, 25 avril 2019.
  5. LEPARMENTIER Arnaud, Aux États-Unis, le déficit commercial atteint un niveau inédit depuis dix ans, Le Monde, 6 mars 2019.