Le Caire. En 2019, le gouvernement égyptien a lancé une campagne  visant à limiter le nombre de naissances par famille 1. Le projet s’intitule “Itnan, kifaya”, c’est-à-dire “deux, ça suffit”. Les familles les plus pauvres sont ciblées, recevant à leur domicile des membres d’ONG mandatées par le ministère de la Solidarité sociale, et chargés de les convaincre de limiter leur nombre d’enfants. En parallèle, de nombreuses affiches et des spots télévisés mettent en évidence les difficultés rencontrées par les familles nombreuses, comme par exemple un père qui n’a pas les moyens d’acheter des vêtements à l’ensemble de sa progéniture. Le gouvernement d’Al-Sissi prévoit également de mettre en place des centres de planning familial sur l’ensemble du territoire 2.

Difficile de savoir si ces tentatives de sensibilisation auront un impact dans ce pays le plus peuplé de la zone Afrique du Nord – Moyen-Orient, et le troisième le plus peuplé d’Afrique. Aux yeux du raïs égyptien, cette démographie représente pour la nation une menace aussi significative que celle du terrorisme, comme il l’a exprimé lors d’un forum sur la jeunesse en 2017 3. Il suffit de se rendre dans la tentaculaire ville du Caire et de passer une heure dans ses habituels embouteillages pour mesurer l’étendue du problème. Et le projet de construction d’une immense nouvelle capitale 4, à 45 km à l’est de l’actuelle, ne constitue pas une solution suffisante face à cette bombe à retardement. Ne serait-ce qu’en termes d’accès à l’emploi, ou de partage des ressources, en particulier l’eau du Nil, alors que l’Éthiopie poursuit la construction de son “Barrage de la Renaissance”, qui pourrait affecter l’approvisionnement hydraulique du pays des pharaons.

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Alors que l’Égypte semblait être sur la voie de la transition démographique, avec une diminution du nombre d’enfants par femme (de 5,5 en moyenne en 1976, contre 3 en 2008 5), la tendance s’est inversée depuis une dizaine d’années (3,5 enfants par femme en 2014). Cette contre-révolution démographique s’explique par le conservatisme religieux, et notamment les positions très natalistes des Frères musulmans, au pouvoir de 2011 à 2013, mais pas seulement. L’inaccessibilité au marché de l’emploi pour les femmes, accentuée par la crise économique qui frappe le pays depuis plusieurs années, constitue un facteur bien plus déterminant 6.

Alors que les mentalités risquent d’être longues à faire évoluer en matière de contraception, d’autant que le programme ne prévoit pas de cours d’éducation sexuelle dans les écoles, le gouvernement a décidé d’employer la manière forte. Depuis le mois de janvier, il plafonne à deux enfants par famille les subventions accordées (sur le pain notamment) aux citoyens en situation de pauvreté. Une évolution, alors qu’auparavant ces subventions ne connaissaient pas de limite en termes de nombre d’enfants 7.

Perspectives :

  • Si la croissance démographique se poursuit à ce rythme, la population égyptienne atteindra les 125 millions en 2025.
  • Le gouvernement égyptien a pour objectif de réduire le taux de fécondité actuel de 3,5 à 2,4 d’ici 2030.