Varsovie. L’absence de tradition de manifestation en Pologne est associée à un mauvais souvenir de l’époque communiste, quand la milice combattait toute forme de manifestations, interdites par le régime de l’époque. Ainsi, par exemple, du 14 au 19 décembre 1970 en Poméranie, lors des manifestations des travailleurs, la milice a tué 41 personnes et en a arrêté 4 000. Le 16 décembre 1981, sous la loi martiale, à la mine « Wujek » à Katowice, une brigade de milice civile spéciale, Zomo, exécuta neuf mineurs et fit 23 blessés durant la grève des mineurs.

Après sa victoire électorale le 25 octobre 2015 (3), le parti Droit et Justice (PiS) a introduit d’une manière ferme et cohérente une série de changements concernant le fonctionnement de l’État. Les questions importantes sont souvent votées au Parlement la nuit, en violation des règles de l’Assemblée (1).

La manière dont les réformes sont mises en œuvre a suscité des inquiétudes dans la société polonaise. Malgré une opposition guère efficace, qui semble perdue et surprise par le rythme et l’importance des réformes, les Polonais ont commencé à s’organiser en mouvements et associations sociales divers (4). La première organisation de ce type est le Comité de défense de la démocratie (KOD), créé le 2 décembre 2015 en opposition à la politique du PiS concernant les changements au sein du Tribunal constitutionnel. Le KOD critique les réformes judiciaires menées par le PiS, notamment la réforme des tribunaux ordinaires, du Conseil national de la magistrature et de la Cour suprême, qu’il qualifie d’incompatibles avec la Constitution. De décembre 2017 à juin 2018, KOD a régulièrement organisé des manifestations qui ont réuni jusqu’à 240 000 personnes dans plus de 20 villes polonaises (2).

Les manifestations en Pologne peuvent être divisées en deux catégories : sociales, si elles sont inspirée plutôt de la société civile; et politiques, si elles sont organisée surtout par des forces politiques, d’opposition ou proches au gouvernement.

Les manifestations sociales s’expriment contre les changements dans le fonctionnement de l’État et de la société sous les slogans “Nous protégerons la démocratie”, ou “L’indépendance des tribunaux”. Les premières manifestations de ce type sont celles organisées par KOD. Les autres manifestations rassemblant beaucoup de participants sont des manifestations contre les changements prévus dans la loi sur l’avortement. La “manifestation noire”, organisée en 2016, 2017 et 2018, était une grève de femmes à l’échelle nationale : dans 60 villes de Pologne, des milliers de femmes sont sorties dans la rue avec des parapluies noirs contre le durcissement de la loi sur l’avortement. Un autre exemple est les manifestations portant sur le problème de la pédophilie dans l’Église, après la révélation de nombreux scandales en 2017.

Depuis 2018, des manifestations sont régulièrement organisées sous le siège de la télévision public polonaise (soumise au parti au pouvoir) contre la manipulation de l’information et la propagande.

Cette forme de manifestations sociales comprend également les manifestations «Stop Hate» organisées après l’assassinat du maire de Gdańsk, Paweł Adamowicz, le 13 janvier 2019. Des collectes de financement participatif constituent également des formes de protestation contre les autorités. La première collecte de ce type fut organisée dans le cadre du Grand orchestre de charité de Noël sur Facebook (une fondation de charité collectant des fonds à des fins médicales, son chef, Jurek Owsiak, défenseur d’une vision libérale, est devenu un ennemi de PiS depuis quelques années). La deuxième fut organisée pour le Centre européen de solidarité à Gdańsk, en réponse à la décision du ministère de la Culture, en janvier 2019, de retirer la subvention du musée de 7 millions à 4 millions. À la suite de la collecte, trois millions de zlotys furent collectés en un jour et demi.

Le second type de manifestations a un caractère politique : elles concernent principalement des changements de nature économique. Ce sont les protestations, de plus en plus fréquentes, des enseignants demandant des augmentations, des agriculteurs, des policiers.

Les deux types de manifestation se distinguent par les acteurs qui organisent les manifestations : celles-ci sont organisées par des partisans ou des opposants du parti au pouvoir. La parti gouvernementale a organisé et organise encore chaque mois des célébrations liées à la commémoration de la catastrophe de Smoleńsk le 10 avril 2010. Ce sont aussi des marches annuelles à l’occasion de la fête de l’indépendance, le 11 novembre, des marches des communautés de droite « Liberté et Solidarité » exprimant leur soutien au pouvoir (sous les slogans « Jarosław Kaczyński, le roi », « Le président nous sommes avec vous »).

L’activité sociale et politique des Polonais a augmenté ces dernières années depuis que le parti PiS a pris le pouvoir. L’intensification du conflit politique engage une partie plus active de la société à participer directement à des manifestations. Cette activité se traduira-t-elle dans les résultats des élections au Parlement européen (26-28 mai 2019) et des prochaines élections législatives en Pologne (automne 2019) ?

Perspectives

  • En 2019, la Pologne célèbre le 30e anniversaire de la révolution du 1989. À cette occasion, le Centre européen de solidarité organise des manifestations pour commémorer ces événements importants pour la Pologne et toute l’Europe. Ce sont principalement des célébrations de l’anniversaire des premières élections libres du 4 juin 1989, auxquelles s’opposent le parti au pouvoir qui n’a jamais accepté les accords conclus entre les communistes et l’opposition lors de la table ronde en Pologne.
  • Les élections au Parlement européen et les prochaines élections législatives en Pologne seront sans aucun doute une forme de manifestation des Polonais qui seront obligés de choisir l’avenir de leur patrie.

Sources :

  1. BURNETKO Krysztof, Nocne posłów zabawy, Polityka, 30 janvier 2016.
  2. KOD, Site web.
  3. Parlement Polonais, Résultats des élections législatives de 2015, 25 octobre 2015.
  4. TILLES Daniel, JUNES Tom, Poland’s Opposition Has Nobody to Blame but Itself, Foreign Policy, 26 octobre 2018.

Kinga Torbicka