Genève. Lors de la conférence “Une OMC pour le XXIe siècle” qui s’est tenue à Paris ce vendredi 16 novembre, portant sur la réforme de l’institution sise à Genève, la Chine a accepté de participer au processus et de formuler des  concessions et des propositions sur l’avenir de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Elle répond ainsi positivement à l’appel de treize ministres du commerce lancé à Ottawa fin octobre, qui considérait qu’il était inconcevable qu’un pays aussi important que la Chine – ils s’adressaient également alors aux États-Unis, qui boudent régulièrement ces négociations – critique l’institution sans participer à sa refondation (2).

Lors de cette réunion du vendredi 16 novembre, la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, a ainsi interpellé directement la Chine, estimant que sans concessions de sa part, les États-Unis pourraient quitter définitivement l’OMC et donc mettre en péril la régulation du commerce au niveau international. En particulier, les points sur lesquels achoppent les discussions avec la Chine sont au nombre de trois : les subventions attribuées aux entreprises nationales, la surcapacité dans de nombreux secteurs industriels comme l’acier, la pratique consistant à forcer les investisseurs à transmettre les technologies les plus rentables. Soit autant de critiques qui ciblent directement la Chine et qui inquiètent les États-Unis au tout premier chef (3).

Si la Chine, par la figure de son ambassadeur à l’OMC Zhang Xiangchen, a donc accepté de réfléchir à d’éventuels changements institutionnels et politiques pour mieux se conformer aux principes promus par l’OMC, en participant notamment au groupe de travail associant Pékin et l’Union, il ne s’agit pas non plus d’une révolution. Zhang a ainsi indiqué que l’OMC avait pour fonction de faciliter le commerce mondial et l’investissement et non de répondre aux requêtes d’un État en particulier, visant implicitement les États-Unis. Il a ajouté qu’ils souhaitait ne pas se précipiter, et surtout qu’il attendait de ces éventuelles réformes qu’elles n’entravent pas la place de la Chine dans le commerce mondial.

Il est encore difficile de dire si ces déclarations permettront une réforme consensuelle de l’OMC. La guerre commerciale sino-américaine s’est ainsi encore accentuée ce jeudi 22 novembre, lorsque Pékin a fortement critiqué un récent rapport publié par Washington, qui l’accusait d’avoir refusé de réformer ses institutions et par conséquent de ne pas avoir respecté les principes qui régissent le commerce mondial (4). Reste à savoir qui sera le meilleur artiste dans cette guerre commerciale face à l’urgence de la réforme de l’OMC (1).

Perspectives :

  • 30 novembre-1er décembre 2018 : la réforme de l’OMC sera au cœur du du sommet du G20 à Buenos Aires.
  • Janvier 2019 : en marge du forum de Davos, les treize ministres réunis récemment à Ottawa (donc la commissaire européenne au Commerce) se réuniront pour poursuivre leurs discussions.

Sources :

  1. BATUT Cyprien, L’art de la guerre commerciale : le rôle de l’O.M.C., La Lettre du lundi, 4 novembre 2018
  2. HIAULT Richard, Réformer l’O.M.C. ne se fera pas sans les États-Unis et la Chine, Les Échos, 26 octobre 2018
  3. MILES Tom, China will propose WTO reforms, but don’t try to trap us: Beijing’s WTO envoy, Reuters, 19 novembre 2018
  4. China says U.S. accusations of unfair trade practices ‘groundless’, Reuters, 22 novembre 2018

Olivier Lenoir