Sarajevo. Alors que la “menace russe” ne cesse d’inquiéter l’OTAN, le Pacte atlantique a fait des Balkans sa dernière cible en matière d’élargissement. En 2004, lors de la deuxième phase d’expansion vers l’Est, la Slovénie était entrée aux côtés des pays baltes, de la Bulgarie, de la Roumanie, et de la Slovaquie. En 2009, l’Albanie et la Croatie ont rejoint le destin de l’Alliance atlantique. Vladimir Poutine a eu beau hausser le ton en février 2017, déclarant lors de la conférence sur la politique de sécurité de Munich, que “l’élargissement de l’OTAN est un facteur représentant une provocation sérieuse” (5), quatre mois plus tard, c’est le Monténégro qui tombe dans l’escarcelle.

Avec cette adhésion du Monténégro, l’OTAN contrôle désormais la quasi-totalité de la côte adriatique, à l’exception du corridor de Bosnie-Herzégovine de Neum. Mis à part le Kosovo qui n’est pas reconnu en tant qu’État par l’Organisation des Nations-Unies, il ne reste plus que trois pays balkaniques non-membres de l’organisation : la Serbie, la Bosnie-Herzégovine et la Macédoine, mais pour combien de temps encore ? Car l’accord récent entre la Macédoine et la Grèce sur le nom du pays ouvre la voie à son adhésion à l’OTAN, même s’il a peu de chances d’aboutir. En effet l’accord doit encore être approuvé par le Parlement macédonien, approuvé par référendum et acté par une révision constitutionnelle ; ce n’est qu’une fois ces étapes franchies, il pourra être ratifié par le Parlement grec. Le mois dernier, lors du sommet de l’Alliance à Bruxelles, son secrétaire général, Jens Stoltenberg, invitait formellement le pays à devenir son 30e membre (1). En Bosnie, l’OTAN a établi un quartier général militaire, avec la mission “d’aider les autorités bosniennes à mettre en œuvre les réformes et les engagements liés au Partenariat pour la paix” et de “fournir un soutien logistique et d’autres types de soutien à la Force de l’Union européenne déployée en Bosnie-Herzégovine” (4). Une adhésion à court terme ne semble cependant qu’une simple hypothèse alors que la République serbe de Bosnie s’y oppose.

La Serbie quant à elle, est déjà fortement arrimée à la Fédération de Russie, et des manœuvres militaires russes y ont même été organisées à l’automne 2017, donnant une raison de plus au Pacte atlantique pour renforcer sa présence dans la région. Ainsi, le gouvernement albanais vient d’annoncer que la première base aérienne de l’OTAN dans les Balkans serait installée à Kuçovë, au sud de Tirana (3), alors que la création d’une base navale américaine est aussi évoquée. Dans le ciel monténégrin, des avions italiens et grecs s’occuperont de sécuriser l’espace aérien, et le port de Bar pourrait accueillir les navires de l’organisation. Au Kosovo, le commandant de la Force interalliée à Naples, l’amiral James Foggo, a déclaré que l’OTAN était prête à réagir si des incidents violents éclataient dans la région à majorité serbe au nord (7).

L’élargissement de l’OTAN est perçu par Moscou comme une menace pour la stabilité de l’Europe et pour la sécurité de la Russie. En 2014, dans un discours visant à justifier l’annexion de la Crimée, Vladimir Poutine soulignait les humiliations qu’avaient fait subir les Occidentaux à la Russie, en pointant notamment les promesses non tenues par l’Ouest dans les années 1989-1991. Une promesse en particulier : celle de James Baker de ne pas élargir l’OTAN au-delà des frontières de l’Allemagne réunifiée (6). Et on sait aujourd’hui que l’adhésion possible de la Géorgie et de l’Ukraine a été un casus belli qui explique en partie les interventions militaires russes de 2008 et 2014 (2). A l’inverse, ces mêmes interventions militaires russes ont fait accélérer le déploiement de l’organisation interalliée dans les Balkans.

Perspectives :

  • Le président américain Donald Trump n’a jamais caché son aversion pour l’OTAN, une organisation “obsolète” coûtant trop cher. Si une décision venait à être prise d’ici la fin de son mandat, elle pourrait sonner le glas de l’Alliance atlantique telle que nous la connaissons, alors qu’une Europe de la défense revient en force notamment dans les discours français et allemand.
  • La surenchère entre Russie et OTAN pour le contrôle de la région se poursuit en Bosnie-Herzégovine. Des exercices conjoints OTAN – armée bosnienne sont prévus au début de l’année 2019, mais le président de la République serbe de Bosnie et une partie de l’État-major s’y opposent. L’organisation de l’armée bosnienne est le véritable nœud gordien du problème, puisque les forces bosniennes sont commandées par une structure de pouvoir collective qui remplace le Président, composée de trois personnes qui représentent les trois peuples du pays, les Serbes, les Croates et les Bosniaques.

Sources :

  1. FANTINO Anne-Lise, La Macédoine invitée à rejoindre l’OTAN, Euronews, 11 juillet 2018.
  2. FEERTCHAK Alexis, Budget, élargissement, opérations… Les nombreux défis de l’Otan, LeFigaro.fr, 11 juillet 2018.
  3. Jadis appelée Staline, elle accueillera la 1ère base aérienne de l’Otan dans les Balkans, Sputniknews.com, 4 juillet 2018.
  4. LAGNEAU Laurent, L’adhésion de la Bosnie à l’Otan se complique, www.opex360.com, 23 octobre 2017.
  5. RENARD Camille, Pourquoi l’OTAN continue à s’élargir vers l’est, France Culture, 6 juin 2017.
  6. THIBOUT Charles, L’élargissement de l’OTAN et la Russie : promesse tenue ?, IRIS, 21 décembre 2017.
  7. ZIVANOVIC Maja, NATO Vows to Prevent Violence in North Kosovo, Balkans Insight, 1er août 2018.