Observatoire de la bataille d’Ormuz
Dernière mise à jour : 14 mars 2026
Treizième jour de la fermeture du détroit
Depuis le début de la guerre contre l’Iran le 28 février, au moins 16 navires civils — pétroliers, porte-conteneurs et autres cargos — ont été attaqués dans le détroit d’Ormuz.
Outre la fermeture du détroit par l’utilisation de missiles antinavires basés à terre, de drones ou d’engins télécommandés chargés d’explosifs, l’Iran peut aussi recourir aux mines pour assurer un blocage de longue durée — une opération qui, selon CNN, aurait déjà débuté. Selon nos analyses, Téhéran n’aurait besoin de déployer que 5 % de son arsenal disponible pour miner efficacement le détroit d’Ormuz.
La guerre s’accompagne d’une mise en scène visuelle revendiquée par la Maison-Blanche, une dimension spectaculaire et ludifiée que nous avons analysée ici. Le régime iranien applique une stratégie similaire : des images de destruction, souvent produites par intelligence artificielle, lui permettent de mettre en scène sur les réseaux sociaux la perturbation de la circulation maritime et les attaques dans les pays du Golfe. Conformément à notre protocole éditorial, nous avons analysé les principales images circulant en source ouverte concernant le détroit d’Ormuz, en les soumettant à une analyse systématique de géolocalisation et d’authentification avant leur publication.
Selon Olivier Blanchard, le scénario central qui s’impose est celui de prix du pétrole durablement élevés vers 150–200 dollars le baril, nettement supérieurs aux prix actuels du marché, en raison de trois contraintes structurelles : la perte de contrôle du détroit d’Ormuz, l’insuffisance des capacités de substitution de l’offre et la faible élasticité-prix de la demande à court terme.
Les craintes d’une perturbation longue des approvisionnements ont fait bondir le prix du Brent, qui a frôlé les 120 dollars par baril à l’ouverture des marchés le lundi 9 mars.
Plusieurs rapports font déjà état d’une sous-estimation par Washington de la capacité et de la volonté de Téhéran de fermer le détroit d’Ormuz avant le lancement de l’opération Epic Fury.
Deux actions ont été mises en place pour le moment :
Le prix du baril de brut russe a augmenté de plus de 70 % depuis le début de la guerre le 28 février. La valeur des cargaisons de brut russe exportées depuis le port de Primorsk, sur la mer Baltique, a bondi à 54 millions de dollars début mars, contre environ 35 millions de dollars en février.
Le président français, Emmanuel Macron, avait proposé une mission « purement défensive » pour « rouvrir » le détroit d’Ormuz et escorter les navires « après la fin de la phase la plus chaude du conflit ». Le secrétaire au Trésor américain a pour sa part déclaré le 12 mars que la marine américaine pourrait escorter des navires dans le détroit d’Ormuz dans le cadre d’une coalition internationale.
Les principaux pays producteurs du Golfe — l’Arabie saoudite, l’Irak, l’Iran, le Koweït, Bahreïn, le Qatar et les Émirats arabes unis — utilisent le détroit pour exporter leur brut.
Les pays d’Asie sont les plus exposés à la fermeture du détroit. Mais les prix du pétrole étant déterminés sur les marchés mondiaux, le blocage d’Ormuz a une influence considérable sur les coûts énergétiques mondiaux.
Situé entre l’Iran au nord et les Émirats arabes unis et Oman au sud, le détroit d’Ormuz constitue l’un des passages maritimes les plus stratégiques au monde. Il relie le golfe Persique à l’océan Indien et s’étend sur près de 212 kilomètres de long. À son point le plus étroit, il ne mesure qu’environ 55 kilomètres, avec une profondeur moyenne de 80 mètres.
Le détroit d’Ormuz est l’un des principaux goulets d’étranglement du commerce maritime mondial. Selon une analyse portant sur 49 porte-conteneurs opérant sur les routes reliant l’Asie, le Moyen-Orient, l’Europe et l’Afrique, 57 % des navires continuent leur route vers le Golfe persique, indiquant que la plupart des opérateurs maintiennent leurs itinéraires habituels. 33 % des navires sont redirigés à l’intérieur de l’océan Indien et 10 % sont totalement détournés hors de la région. Les stratégies varient selon les compagnies : le géant chinois Cosco maintient par exemple l’intégralité de ses trajets.