Jarkent. Dans la petite ville frontalière de Jarkent, les relations sino-kazakhs sont mises à l’épreuve. Un procès a été intenté contre Sayragul Sauytbay, une citoyenne de la République populaire de Chine d’ethnie kazakh accusée d’être entrée illégalement au Kazakhstan. L’accusée a spontanément avoué sa culpabilité ; sa seule requête est de ne pas être renvoyée en Chine où, selon elle, seule une condamnation à mort ou la détention dans un camp de « rééducation politique » l’attendent. Cette affaire illustre l’opposition entre une opinion publique particulièrement sinophobe au et le statut de premier partenaire économique du pays dont jouit la Chine (3).

En Asie centrale et en Chine occidentale, la répartition ethnique ne suit pas les frontières artificielles qui furent décidées à des milliers de kilomètres de là, à Moscou ou à Pékin. C’est particulièrement le cas dans le Xinjiang où, aux côtés de la population ouïghour, on trouve d’importantes minorités kazakhes, kirghizes et tadjikes. Tout comme les Ouïghours, ils sont souvent victimes de discriminations de la part des autorités chinoises hans. Durant son procès, Sayragul Sauytbay a affirmé avoir été envoyée dans un camp exclusivement réservé aux Kazakhs dans lequel au moins 2 5000 personnes se trouvaient détenues (2).

De telles affirmations ont bouleversé l’opinion publique au Kazakhstan où les Kazakhs chinois sont vus comme des frères ethniques et où le scepticisme face à l’influence chinoise est de rigueur. Il y a déjà eu des manifestations sinophobes par le passé. Le mari de Sayragul Sauytbay a émigré de Chine par le biais d’un programme du gouvernement kazakh cherchant à encourager les Kazakhs à retourner dans leur contrée d’origine. La dénonciation des abus du gouvernement chinois contre ses citoyens kazakhs pourrait engendrer un soutien populaire envers ce type de programme et nourrir le sentiment sinophobe (1). Cependant, le Kazakhstan ne peut pas se permettre de renoncer aux échanges économiques et financiers avec la Chine. Dans la petite salle d’audience de Jarkent, l’orgueil de la nation kazakh rivalise avec les réalités économiques et l’écrasante puissance du partenaire chinois.

Perspectives

  • 23 juillet 2018 : début de la prochaine audience du procès.

Sources :

  1. IMANBAI Inga, GRISHIN Andrey, What’s behind China’s anti-Kazakh campaign ?, Open Democracy, 23 mai 2018.
  2. KUMENOV Almaz, Ethnic Kazakh’s life in balance as deportation to China looms, EurasiaNet, 17 juillet 2018.
  3. PANNIER Bruce, Kazakhstan Confronts China Over Disappearances, RFE/RL, 1er juin 2018.