L’annonce à 00h30 par Donald Trump aujourd’hui, mercredi 8 avril, d’un cessez-le-feu de deux semaines « sous réserve » de la réouverture par Téhéran du trafic maritime dans Ormuz, n’a pas conduit à une hausse du nombre de navires traversant le détroit.

Selon une analyse de la revue sur la base des données de navigation de Marine Traffic, depuis l’annonce de Trump, seulement 3 navires ont traversé le détroit à 17h (Paris).

  • Le Daytona Beach, un vraquier sous pavillon du Libéria, a été le premier à traverser le détroit aux alentours de 7h du matin, après avoir quitté le port iranien de Bandar Abbas vers 5h30.
  • Le NJ Earth, un vraquier appartenant à un armateur grec battant pavillon de Saint-Kitts-et-Nevis, a par la suite traversé Ormuz à 8h44. 
  • Il a été suivi par le Hai Long, un autre vraquier naviguant sous le pavillon du Botswana, qui a réalisé la traversée vers 13h, après avoir quitté le port iranien de Shahid Rajaï.
  • Les trois navires ont emprunté un chenal entre les îles de Qeshm et de Larak, soit la route proche des côtes iraniennes que les autorités de Téhéran auraient indiquée aux navires en provenance de pays non occidentaux depuis le 28 février. 

Le nombre de traversées est ainsi significativement plus faible qu’au cours des jours précédents à cette heure de la journée. Hier, mardi 7 avril, 9 navires commerciaux avaient emprunté le détroit d’Ormuz avant 17h. En moyenne, entre le 30 mars et le 6 avril, plus de 10 navires sont entrés ou sortis chaque jour du Golfe persique. 

  • Environ 2 000 navires, dont plus de 400 pétroliers, sont actuellement bloqués à l’ouest du détroit d’Ormuz depuis le début de la guerre, le 28 février.
  • Or, sans information claire donnée par le régime iranien aux armateurs, il semble peu probable que ces derniers autorisent la traversée.

L’accord de cessez-le-feu en 10 points accepté par Trump comme « base » de négociation, qui devrait être discuté dès vendredi 10 avril à Islamabad entre J.D. Vance et le président du Parlement iranien, Mohammad Baqer Ghalibaf, mentionne la mise en place d’un « protocole de passage sécurisé » dans le cadre duquel le passage quotidien des navires serait « limité ».

  • Cette formulation suggère que le détroit d’Ormuz ne serait donc pas ouvert, mais contrôlé par l’armée iranienne.
  • Selon l’agence iranienne Tasnim, les passages pourraient aussi être conditionnés au paiement d’une taxe à l’Iran et à Oman.

Les décisions relatives aux conditions de passage du détroit sont prises par le Conseil suprême de sécurité nationale iranien. Le porte-parole de l’Union des exportateurs de pétrole, de gaz et de produits pétrochimiques d’Iran, Hamid Hosseini, a déclaré aujourd’hui, mercredi 8, que Téhéran devait « surveiller ce qui entre et sort du détroit pour s’assurer que ces deux semaines ne soient pas utilisées pour transférer des armes » 1.

  • Il ajoutait : « La procédure prendra du temps pour chaque navire, et l’Iran n’est pas pressé ».
  • Selon Hosseini, chaque pétrolier doit envoyer un e-mail aux autorités pour les informer de sa cargaison, puis l’Iran lui communiquera le montant des taxes à payer en cryptomonnaies, ce qui, selon Hosseini, garantit qu’ils ne peuvent être ni tracés ni confisqués.
  • Il a précisé que le tarif s’élevait à 1 dollar par baril de pétrole (soit environ 0,9 % du prix du baril de Brent, au cours actuel), ajoutant que les pétroliers vides pouvaient passer librement. Une fois l’e-mail reçu et l’évaluation terminée, les armateurs disposeront de quelques secondes pour payer. 

La capacité moyenne d’un pétrolier transitant par le détroit d’Ormuz est d’environ 1 à 2 millions de barils. Le montant que devrait donc payer un pétrolier pour pouvoir transiter s’élèverait ainsi à environ 1,5/2 millions de dollars, soit le montant que certains navires auraient déjà été contraints de payer avant le cessez-le-feu.

  • Environ 17 à 20 millions de barils par jour transitaient par le détroit d’Ormuz avant le début de la guerre.
  • En ne comptant pas le pétrole iranien, il s’agirait d’une source de revenu de 15 à 19 millions de dollars par jour.

Pour suivre la situation dans le détroit d’Ormuz, notre observatoire est actualisé quotidiennement ici.

Sources
  1. Najmeh Bozorgmehr, Alice Hancock, Verity Ratcliffe et Rachel Millard, « Iran demands crypto fees for ships passing Hormuz during ceasefire », Financial Times, 8 avril 2026.