Dimanche 5 avril, Donald Trump a déclaré sur son réseau Truth Social que mardi 7 avril constituera « la Journée des centrales électriques et la Journée du pont en Iran ». Il a réitéré hier, lundi 6, sa menace, en déclarant que le« pays tout entier pourrait être anéanti en une nuit » si Téhéran ne mettait pas fin à son blocage du détroit d’Ormuz.
Il a ajouté : « Ils n’auront plus de ponts […] Ils n’auront plus de centrales électriques. Une fois le délai écoulé, l’Iran sera renvoyé à l’âge de pierre ».
- Le président américain avait déjà menacé le 30 mars d’attaquer les infrastructures civiles iraniennes, en « oblitérant toutes leurs centrales électriques, leurs puits de pétrole et l’île de Kharg, et peut-être même toutes leurs usines de dessalement ».
- Une telle action consisterait un crime de guerre, le ciblage d’infrastructures jugées indispensables à la survie d’une population étant interdit par les Conventions de Genève.
- Hier, lundi 6 avril, le porte-parole des Nations unies, Stéphane Dujarric, a déclaré que si les États-Unis poursuivaient un objectif militaire en attaquant des cibles non-militaires, « le risque de causer des dommages aux civils pourrait rendre ces frappes illégales ».
- Les États-Unis ont frappé dans la journée des cibles militaires sur l’île de Kharg.
Avec 92 millions d’habitants, l’Iran est le pays le plus peuplé du Moyen-Orient. Il exploite plusieurs centaines de centrales électriques, principalement alimentées en gaz naturel, qui sont concentrées dans l’ouest du pays, où vit la majeure partie de la population. Selon Téhéran, la centrale nucléaire de Bouchehr, située dans le sud-ouest du pays, aurait quant à elle été frappée à quatre reprises depuis le début de la guerre. La centrale en elle-même n’aurait toutefois pas été endommagée.
Le Corps des gardiens de la révolution islamique a déclaré aujourd’hui, mardi 7, que Téhéran était prêt à riposter dans la région et au-delà en cas de frappes américaines contre les infrastructures civiles iraniennes.
- Le vice-ministre iranien de la Jeunesse et des Sports a appelé les jeunes à former une « chaîne humaine » autour des centrales électriques du pays.
- Les autorités iraniennes ont également annoncé la suspension des liaisons ferroviaires jusqu’à nouvel ordre.
- Malgré plus d’un mois de bombardements israélo-américains, le régime iranien dispose encore de plusieurs centaines de missiles en réserve : au moins 1 000, selon Israël, ainsi que plusieurs milliers de drones.
- La semaine dernière, les services de renseignement américains estimaient qu’environ la moitié des lanceurs iraniens de missiles « seraient toujours intacts », et ce alors que le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a affirmé à plusieurs reprises que l’armée iranienne avait été « détruite » 1.
La riposte iranienne pourrait viser des centrales électriques dans les pays du Golfe, mais aussi des usines de dessalement d’eau, qui fournissent jusqu’à 90 % de l’eau potable du Koweït, 86 % de celle d’Oman, 70 % de celle de l’Arabie saoudite et 42 % de celle consommée aux Émirats arabes unis. Israël risquerait également de perdre 80 % de son eau potable si ses propres infrastructures étaient touchées 2.
Une campagne aérienne massive contre les infrastructures iraniennes pourrait entraîner une chaîne de réaction catastrophique.
- La destruction des infrastructures énergétiques iraniennes mettrait en péril le réseau électrique irakien.
- Le pays dépend en effet de Téhéran pour un tiers de ses besoins en gaz naturel et en électricité, qui est aussi utilisée pour le traitement de l’eau.
- Une frappe sur un réacteur nucléaire de la centrale de Bouchehr pourrait entraîner le rejet dans l’atmosphère de particules susceptibles de contaminer les denrées alimentaires, les sols et les sources d’eau potable 3.
La population iranienne serait la plus touchée. La destruction des centrales électriques du pays pourrait en effet contraindre plusieurs centaines de milliers d’Iraniens à fuir. Ces derniers pourraient, selon l’Agence de l’Union pour l’asile, partir en grand nombre vers les États voisins — Turquie, Afghanistan, mais aussi Tadjikistan et Ouzbékistan —, ce qui exercerait une pression considérable sur les capacités d’accueil de ces pays.
Sources
- Haley Britzky, Natasha Bertrand, Jim Sciutto et Tal Shalev, « US intelligence assesses Iran maintains significant missile launching capability, sources say », CNN, 3 avril 2026.
- Thomas Grove, « Why the Middle East’s Desalination Plants Are Critical », The Wall Street Journal, 8 mars 2026.
- « Why an attack on Bushehr nuclear plant would be catastrophic for the Gulf », Al Jazeera, 6 avril 2026.