La social-démocratie, déjà affectée par un mauvais score historique (5,5 %) en Bade-Würtemberg il y a deux semaines, perd un bastion dans l’Allemagne du Sud.

  • La carte politique allemande dessine de plus en plus une nouvelle division nord-sud : la social-démocratie est désormais à la tête des Länder du Nord de l’Allemagne (Basse-Saxe, Brandebourg, Brême, Hambourg, Mecklembourg-Poméranie Occidentale), à l’exception du Schleswig-Holstein, tandis que l’Union CDU/CSU domine dans le Sud et le centre à l’exception de la Sarre et du Bade-Württemberg où le parti reste le partenaire junior d’une coalition avec les Verts (Bündnis 90/Die Grünen, Verts/ALE).

Un retournement historique et la fin de l’Ampelkoalition

La Rhénanie Palatinat, peuplée de 4 millions d’habitants, est une région économique marquée à la fois par l’agriculture et la viticulture d’une part et l’industrie d’autre part avec la présence par exemple du grand groupe chimique BASF à Ludwigshafen. C’est également à Mayence que la start up médicale BioNTech a développé son vaccin à ARN messager contre le Covid-19.

  • Jusqu’en 1991, le Land de Rhénanie Palatinat a été fermement entre les mains de la CDU. 
  • C’est à Mayence, où il fut ministre-président de 1969 à 1976, que le futur chancelier Helmut Kohl lança sa carrière politique. 
  • En 1991 cependant le SPD put ravir le gouvernement du Land à la CDU, et l’avait conservé jusqu’à aujourd’hui. 

En 2016, c’est encore à Mayence qu’avait été inventée la coalition « en feu tricolore » (Ampelkoalition) entre le SPD, les Verts et le parti libéral-démocrate (FDP, Renew), sous la direction de la populaire ministre-présidente Marie-Luise « Malu » Dreyer, déjà en poste depuis 2013. En 2021, certains membres de son gouvernement, comme le libéral Volker Wissing ou l’écologiste Anne Spiegel, ont rejoint le gouvernement d’Olaf Scholz, qui a alors transposé l’Ampelkoalition au niveau fédéral.

  • En juillet 2024 le social-démocrate Alexander Schweitzer avait pris la suite de Malu Dreyer, démissionnaire pour raisons de santé.
  • Selon les sondages, Schweitzer, âgé de 52 ans, précédemment ministre du Travail et des Affaires sociales du Land, était jugé comme un chef de gouvernement compétent par les citoyens du Land.
  • Il devra cependant laisser la tête du gouvernement à Mayence à son adversaire chrétien-démocrate, Gordon Schnieder, 50 ans, largement inconnu du grand public mais jeune frère de l’actuel ministre fédéral des Transports Patrick Schnieder. 
  • Cependant, la seule configuration possible reste la grande coalition, avec le SPD comme partenaire minoritaire.

L’AfD réalise une percée spectaculaire dans le Land. 

  • Avec 19,5 %, un gain de 11,2 points par rapport à 2021, elle devient la troisième force. Comme ailleurs, le parti réalise sa meilleure performance chez les électeurs ouvriers qui plébiscitent la droite radicale à 39 %.
  • Le FDP et les Freie Wähler passent sous la barre des 5 % et quittent tous deux le Landtag, qui se trouve ainsi réduit à quatre partis. 
  • Les Verts, jusqu’ici partenaires de la coalition reculent d’environ 1,4 points pour s’établir à 7,9 % tandis que Die Linke échoue avec 4,4 % à faire son entrée au parlement régional. 

Quel effet pour la coalition au niveau fédéral ? 

Après l’échec dans le Bade-Wurtemberg face aux écologistes, la CDU de Friedrich Merz remporte enfin une victoire.

  • C’est la première victoire pour l’Union lors d’un rendez-vous intermédiaire depuis l’élection du Bundestag en février 2025.
  • Cependant le chancelier continue à faire face à des niveaux inédits d’impopularité. Selon Yougov, seuls 23 % des Allemands jugeaient positivement son travail comme chancelier en février 1.

En outre, la crise profonde que traverse la social-démocratie est particulièrement douloureuse pour la direction fédérale du parti, le ministre des Finances Lars Klingbeil et la ministre du Travail Bärbel Bas, qui ont annoncé engager une remise en question, lançant des spéculations sur une éventuelle démission.

  • La discussion autour de la nomination du ministre de la Défense Boris Pistorius, une des personnalités comme figure providentielle à la tête de la social-démocratie, pourrait revenir en force.
  • Les deux revers électoraux en deux semaines renforcent à Berlin l’amertume des sociaux-démocrates et l’impression d’être dupes d’une coalition qui impose surtout des thèmes de droite.
  • La transformation du revenu citoyen (Bürgergeld) mis en place par Olaf Scholz en un système d’assurance minimum (Grundsicherung) a été mal vécue par l’aile sociale du SPD.
  • Pour se profiler plus nettement comme un parti de gauche, le SPD pourrait chercher à imposer son projet de réforme de la taxation de l’héritage (Erbschaftssteuer), qui augmenterait les taux visant les plus hauts patrimoines, contre la politique libérale privilégiée par Friedrich Merz.
Sources
  1. Yougov, How popular are national leaders in Europe ?, 26 février 2026.