La dépendance de l’économie mondiale au pétrole a considérablement diminué au cours des 50 dernières années. L’intensité pétrolière, qui mesure le volume de pétrole consommé par unité de produit intérieur brut (PIB), a chuté de près de 60 % entre 1972 — l’année précédant le premier choc pétrolier — et 2022.
La Banque mondiale estime qu’il faut désormais 0,049 tonne d’équivalent pétrole pour produire 1 000 dollars de PIB, contre 0,119 il y a un demi-siècle.
- Aux États-Unis, le déclin a été encore plus significatif : tandis que la taille du PIB a triplé depuis les années 1970, la consommation de pétrole n’a pratiquement pas augmenté (+0,8 % entre 1978 et 2024).
- Comme l’explique l’économiste américain Paul Krugman : « La réduction de l’intensité pétrolière du PIB américain signifie que même si la guerre actuelle entraîne une hausse importante et durable des prix du pétrole, les dommages économiques seront moins importants qu’ils ne l’auraient été il y a quelques décennies » 1.
Plusieurs raisons permettent d’expliquer cette décorrélation entre la consommation de pétrole et la production de richesse.
- Tout d’abord, l’efficacité énergétique dans le domaine des transports (routier, maritime, aérien…) s’est considérablement améliorée, notamment grâce aux normes relatives au rendement énergétique des véhicules.
- Malgré une hausse considérable de la production mondiale d’électricité, qui a triplé entre 1985 et 2024, le pétrole n’a contribué qu’à la production de moins de 900 TWh dans le monde en 2024, contre 2 000 TWh en 1990.
- Le développement d’autres sources de production d’énergie, notamment renouvelables, comme le solaire et l’éolien, implique quant à elle une diminution de la dépendance aux combustibles fossiles — ce qui se traduit par un ralentissement de la croissance de la demande de pétrole 2.
Une hausse prolongée du prix du baril aurait toutefois un impact important sur l’économie mondiale, en raison notamment de la pression inflationniste qui conduirait à un resserrement monétaire.
- À long terme, une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz pourrait durablement affecter la production mondiale de l’ordre de -0,1 à -0,2 % pour chaque hausse de 10 % du prix du pétrole, selon le FMI.
Sources
- Paul Krugman, « War, Oil and the World Economy », 2 mars 2026.
- John Baffes, Shane Streifelet, Kaltrina Temaj, How do current oil market conditions differ from those during the price shocks of the 1970s ?, Banque mondiale, 24 janvier 2024.