Entre l’Iran et les États-Unis un accord est « à portée de main », entretien avec le ministre omanais Badr al-Busaidi
Alors que les forces aéronavales états-uniennes les plus importantes depuis l'invasion de l'Irak sont déployées au Moyen-Orient, le ministre omanais Badr al-Busaidi a accordé un entretien en direct à la chaîne CBS.
Nous traduisons cette prise de parole importante.
- Auteur
- Le Grand Continent
Le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr al-Busaidi, vient d’accorder un entretien à Face the Nation de CBS News. Il s’agit de la prise de parole la plus complète à ce jour sur l’état des discussions entre les États-Unis et l’Iran, et d’une perspective extrêmement optimiste bien qu’évidemment située : un accord entre Washington et Téhéran serait « à portée de main » et pourrait être signé « dès demain ».
Badr al-Busaidi est le médiateur clef entre Washington et Téhéran — ayant joué un rôle important, avant même de devenir ministre, dans la diplomatie discrète d’Oman pour faciliter les négociations diplomatiques visant à parvenir à un accord sur le nucléaire iranien en 2015.
Cet entretien a lieu alors que le plus important déploiement aéronaval américain au Moyen-Orient depuis l’invasion de l’Irak est en cours. Si la guerre n’a jamais semblé aussi proche, le ministre al-Busaidi souligne à plusieurs reprises que les négociations ont fait des progrès significatifs, que les grandes lignes de l’accord sont déjà définies — l’Iran ayant accepté le principe d’un stock d’uranium enrichi au-delà d’un certain seuil, limitation ou mise sous contrôle des centrifugeuses avancées— et qu’il ne reste plus que des détails techniques à finaliser.
Il insiste particulièrement sur un point clef : aucune solution militaire ne pourra régler durablement la question nucléaire iranienne ; seule la diplomatie est capable d’aboutir à un résultat stable.
Les éléments de langage employés par al-Busaidi semblent calibrés pour parler directement à Donald Trump. Ainsi le ministre omanais parle d’un accord « historique », insiste sur l’efficacité plutôt que sur l’idéologie, et présenter la diplomatie comme la solution la plus pragmatique — et non comme une concession — correspond à une rhétorique du « deal » gagnant. L’objectif implicite est de distinguer ce futur accord du JCPOA, critiqué comme faible ou déséquilibré, et de le présenter comme une réussite stratégique potentielle plutôt qu’un compromis technique : « La réalisation la plus importante, à mon avis, est l’accord selon lequel l’Iran ne possédera jamais, au grand jamais, de matières nucléaires permettant de fabriquer une bombe. Je pense que c’est une grande réussite. C’est quelque chose qui ne figurait pas dans l’ancien accord négocié sous la présidence d’Obama. »
Là où le JCPOA était un accord multilatéral très structuré, juridiquement dense et négocié avec plusieurs grandes puissances, le cadre actuel semble plus direct, plus flexible et potentiellement moins ambitieux dans sa portée formelle. Il s’agirait moins d’un grand traité global que d’un arrangement progressif, fondé sur des étapes concrètes et réversibles, visant à stabiliser rapidement la situation.
La différence est aussi narrative. Le JCPOA était présenté comme un mécanisme technique de contrôle nucléaire assorti de levées graduelles de sanctions. Le discours actuel met en avant l’idée d’un « peace deal », plus large politiquement, suggérant une désescalade régionale en vue d’une éventuelle stabilisation stratégique.
Je suis maintenant rejointe par le ministre des Affaires étrangères d’Oman, Badr al-Busaidi, qui est le médiateur chargé de négocier un accord nucléaire entre les États-Unis et l’Iran. Bienvenue dans Face the Nation.
Badr al-Busaidi Merci.
Margaret BrennanLe président Trump a déclaré vendredi qu’il n’était pas satisfait de la façon dont les négociations se déroulaient et qu’il n’était pas satisfait qu’ils « ne soient pas disposés à nous donner ce dont nous avons besoin ». De votre point de vue, la diplomatie est-elle en train d’échouer ?
Badr al-BusaidiJe suis confiant, et d’après mon évaluation de la façon dont les négociations se déroulent, je pense que l’accord de paix est à notre portée.
Margaret Brennan Un accord de paix ?
Badr al-BusaidiOui, il est à notre portée, si nous laissons à la diplomatie l’espace dont elle a besoin pour y parvenir. Car je ne pense pas qu’une alternative à la diplomatie puisse résoudre ce problème.
Margaret BrennanQuand vous parlez d’espace, cela signifie-t-il que vous demandez plus de temps pour poursuivre les négociations ?
Badr al-BusaidiJe demande à poursuivre ce processus, car nous avons déjà réalisé des progrès considérables vers la conclusion d’un accord. Et le cœur de cet accord est très important, et je pense que nous avons saisi l’essence même de cet accord.
Margaret BrennanQuand vous parlez du cœur de l’accord, l’Iran a déclaré qu’il devait porter uniquement sur le nucléaire. Sur quoi vous êtes-vous réellement mis d’accord ? Pouvez-vous nous donner une idée des raisons pour lesquelles il faudrait plus de temps ?
Badr al-BusaidiParce que si l’objectif ultime est de garantir à jamais que l’Iran ne puisse pas se doter de la bombe nucléaire, je pense que nous avons résolu ce problème grâce à ces négociations en convenant d’une avancée très importante qui n’avait jamais été réalisée auparavant. Et je pense que si nous pouvons saisir cette opportunité et la mettre à profit, un accord est à notre portée.
Margaret Brennan Qu’est-ce que l’Iran a accepté de faire, selon vous, qu’il n’avait jamais fait auparavant ? Pouvez-vous nous donner une idée ?
Badr al-BusaidiLa réalisation la plus importante, à mon avis, est l’accord selon lequel l’Iran ne possédera jamais, au grand jamais, de matières nucléaires permettant de fabriquer une bombe. Je pense que c’est une grande réussite. C’est quelque chose qui ne figurait pas dans l’ancien accord négocié sous la présidence d’Obama. C’est quelque chose de complètement nouveau. Cela rend vraiment l’argument de l’enrichissement moins pertinent, car nous parlons désormais d’un stock nul. Et c’est très, très important, car si vous ne pouvez pas stocker de matières enrichies, vous ne pouvez en aucun cas fabriquer une bombe, que vous enrichissiez ou non. Je pense que c’est quelque chose qui a été largement ignoré par les médias, et je tiens à le préciser en tant que médiateur.
Margaret BrennanExpliquez-nous cela. Vous dites donc que l’Iran ne conserverait pas sur son sol les matières enrichies, qui pourraient être utilisées comme combustible nucléaire pour une bombe ?
Badr al-BusaidiIls y renonceraient.
Margaret Brennan Ils y renonceraient ?
Badr al-BusaidiIls ne pourront pas accumuler les matières qui leur permettraient de fabriquer une bombe…
Margaret Brennan Où cela…
Badr al-BusaidiIl n’y aura pas d’accumulation, donc zéro accumulation, zéro stockage et une vérification complète. Je pense que c’est également une avancée tout aussi importante. Une vérification complète et exhaustive par l’AIEA, l’agence chargée de ce dossier.
Margaret Brennan L’agence de surveillance nucléaire de l’ONU. Vous dites donc que tous les matériaux enrichis seraient expédiés ailleurs, pas en Russie, mais…
Badr al-BusaidiNon, non, les stocks actuels qui existent encore…
Margaret Brennan Ceux qui se trouvent encore en Iran…
Badr al-BusaidiJe pense qu’il y a maintenant un accord pour que ces matières soient diluées au niveau le plus bas possible, à un niveau neutre, un niveau naturel, ce qui signifie… et converties en combustible, et que ce combustible sera irréversible.
Margaret Brennan Ce serait important.
Badr al-BusaidiC’est très important. Et je pense que nous sommes d’accord là-dessus, à mon avis.
Margaret Brennan À votre avis.
Badr al-BusaidiOui.
Margaret Brennan Parce qu’aujourd’hui, CBS a confirmé un rapport confidentiel de l’AIEA selon lequel les inspecteurs auraient vu l’Iran mener des activités nucléaires ou régulières sur des sites d’enrichissement d’uranium bombardés. Mais l’Iran a refusé de nous dire ce qu’il est advenu de ses stocks, il a refusé de laisser les inspecteurs de l’ONU les examiner. Êtes-vous en train de me dire que les inspecteurs auraient accès à ces sites, comme celui d’Ispahan ?
Badr al-BusaidiS’il y a un accord, un accord convenu, ils auront un accès total.
Margaret Brennan L’Iran a proposé cela ?
Badr al-BusaidiOui.
Margaret Brennan Qui seraient ces inspecteurs ? L’ONU ? L’AIEA ?
Badr al-BusaidiL’AIEA. Mais je pense que vous savez, s’il y a un accord, je suis assez confiant, de mon point de vue, que même les inspecteurs américains auront accès à un moment donné dans le processus. Si nous avons un accord qui est respecté, équitable et durable, je ne vois aucune raison pour laquelle l’accès ne serait pas accordé, même aux États-Unis eux-mêmes.
Margaret BrennanL’Iran n’a jamais autorisé les inspecteurs américains à entrer sur son territoire. Ils n’ont pas laissé le président Obama le faire. Pensez-vous que l’Iran laissera le président Trump envoyer des inspecteurs américains en Iran ?
Badr al-BusaidiC’est pourquoi je pense que cet accord est bien meilleur, car je pense que l’Iran est ouvert à cette idée d’une manière qui n’avait jamais été le cas auparavant.
Margaret BrennanVous avez rencontré le vice-président JD Vance, comprend-il les détails que vous avez exposés ici ? Qu’a-t-il dit ?
Badr al-BusaidiJ’ai expliqué la situation au vice-président, et je tiens vraiment à lui exprimer ma gratitude et ma reconnaissance pour le temps qu’il m’a consacré, son engagement et son attention. Je lui ai expliqué autant que possible et au mieux de mes capacités comment je voyais l’évolution de la situation, quelle était l’évaluation, quelle était notre opinion en tant que médiateur, observateur et facilitateur indépendant pour ces pourparlers.
Margaret BrennanAvez-vous le sentiment que ces pourparlers ont permis d’accomplir suffisamment pour convaincre les États-Unis de suspendre leurs frappes ?
Badr al-BusaidiJe l’espère. Je pense que nous avons vraiment fait des progrès substantiels. Il reste évidemment divers détails à régler, et c’est pourquoi nous avons besoin d’un peu plus de temps pour vraiment essayer d’atteindre l’objectif ultime, qui est de parvenir à un accord global comprenant différents éléments. Je ne suis pas vraiment en mesure d’entrer dans les détails, mais globalement, nous avons un accord entre les mains, si les négociateurs nous le permettent, et je pense que les deux parties ont fait preuve d’un sérieux absolu, d’une grande créativité et d’une grande imagination pour en arriver là où nous en sommes aujourd’hui.
Margaret BrennanAvez-vous le sentiment que le vice-président souhaite que cet accord aboutisse ?
Badr al-BusaidiOui, je pense que même le président souhaite que cet accord aboutisse.
Margaret BrennanMais le président a déclaré que les efforts déployés n’étaient pas suffisants.
Badr al-BusaidiEh bien, je ne sais pas ce qu’il entendait par là. Je veux dire, j’aimerais bien sûr répondre à toute question spécifique concernant les domaines qui ne lui conviennent pas. Je pense sincèrement que le président est vraiment passionné et qu’il préfère sincèrement la diplomatie et un accord diplomatique, un accord négocié, à toute autre solution.
Margaret BrennanDes discussions techniques sont prévues à Vienne la semaine prochaine avec le directeur de l’AIEA.
Badr al-BusaidiOui.
Margaret BrennanDe combien de temps parlez-vous ? De combien de temps avez-vous besoin ?
Badr al-BusaidiJe pense que lundi, ils ont convenu de discuter des aspects techniques à Vienne, puis quelques jours après, dans la semaine, à partir de maintenant, nous travaillons sur un autre cycle de discussions au niveau des négociateurs.
Margaret BrennanSteve Witkoff et Jared Kushner vont donc s’asseoir avec vous ?
Badr al-BusaidiC’est l’idée.
Margaret BrennanEh bien, permettez-moi de vous poser cette question, car nous entendons dire que le temps presse. Pourquoi y a-t-il une urgence en ce moment ? Comprenez-vous pourquoi le président Trump estime que cela doit se faire maintenant, sinon il pourrait y avoir des frappes ?
Badr al-BusaidiJe ne sais pas. Je pense simplement qu’il y a vraiment, vraiment une chance, une occasion historique de résoudre cette question par la voie diplomatique.
Margaret BrennanSi… Craignez-vous qu’Israël envisage de lancer une première frappe, même si les États-Unis et l’Iran acceptent de discuter ?
Badr al-BusaidiJ’espère que ce ne sera pas le cas.
Margaret BrennanSi Israël frappe en premier, cela mettra-t-il fin à la diplomatie que vous essayez de mener ici sur le programme nucléaire ?
Badr al-BusaidiEh bien, nous avons vu ce qui s’est passé l’année dernière. Nous ne voulons pas que cela se reproduise.
Margaret BrennanPour être claire, vous avez contribué à la diplomatie l’été dernier, et c’est au milieu de cette diplomatie que les États-Unis et Israël ont bombardé les sites nucléaires. Les États-Unis ont frappé ces trois sites nucléaires. Craignez-vous que cela se reproduise aujourd’hui ?
Badr al-BusaidiJe suis très inquiet, comme vous et comme tout le monde, le monde entier est inquiet à ce sujet, et je pense que le monde entier souhaite vraiment qu’un accord négocié soit trouvé, et ne pas suivre la voie que nous avons vue l’année dernière.
Margaret BrennanLe président Trump a donc mené ces frappes contre le programme nucléaire iranien, et il a déclaré qu’il avait été détruit. De quoi dispose l’Iran à l’heure actuelle ? Pensez-vous avoir une bonne idée de ce qu’implique encore leur programme nucléaire ? Considérez-vous qu’il s’agit d’une situation d’urgence ?
Badr al-BusaidiJe ne connais pas exactement la bonne réponse à cette question, mais ce que je sais, c’est que si nous parvenons à nous mettre d’accord demain sur cet accord, et qu’il peut être conclu très rapidement, alors tous les experts auront accès au site pour évaluer ce que nous avons là-bas. Nous aurons accès au site par la voie diplomatique, sans avoir à entrer en guerre.
Margaret BrennanÀ quelle vitesse pensez-vous pouvoir envoyer des inspecteurs de l’ONU sur le terrain en Iran ?
Badr al-BusaidiCela doit être convenu. Mais d’après les négociations auxquelles j’ai assisté et que j’ai facilitées, je pense que bon nombre de ces questions peuvent être réglées à l’amiable et de manière exhaustive dans un délai de trois mois environ.
Margaret BrennanTrois mois ?
Badr al-BusaidiD’après ce que j’ai entendu des deux côtés, je pense que c’est tout à fait faisable.
Et d’après ce que j’ai entendu des experts impliqués dans ces discussions, en 90 jours, nous pouvons vraiment régler complètement la question des stocks qui existent actuellement, et nous pouvons aborder et nous mettre d’accord sur la vérification et les contrôles qui doivent être mis en place, l’accès à ces sites, l’évaluation exacte de la situation à l’intérieur de ce programme, et pas seulement cela, mais aussi déterminer réellement quels sont les besoins exacts et réels. Et cela doit être fait pour garantir que ce programme reste pacifique et acceptable pour les États-Unis et les Iraniens.
Margaret BrennanNous parlons donc ici d’un accord uniquement sur le nucléaire. Mais le secrétaire d’État Rubio a déclaré il y a quelques jours que si l’Iran refusait de discuter des missiles balistiques avec les États-Unis ou avec quiconque, cela poserait un gros problème. L’Iran négociera-t-il au sujet de ses missiles balistiques ?
Badr al-BusaidiJe pense que l’Iran est ouvert à toute discussion.
Margaret BrennanY compris sur ses missiles balistiques, car ils ont déclaré que cet accord devait porter uniquement sur le nucléaire.
Badr al-BusaidiTout, mais cela doit se faire dans un contexte approprié, selon une procédure appropriée et dans un cadre approprié. À l’heure actuelle, la priorité numéro un est de résoudre cette question nucléaire par un accord approprié, clair, qui précise exactement les obligations de chaque partie. Je pense que nous avons discuté et potentiellement convenu d’une approche selon laquelle toutes ces autres questions non nucléaires préoccupantes peuvent être discutées dans le cadre d’un dialogue régional entre l’Iran et ses voisins.
Margaret BrennanDonc, pour être claire, l’Iran vous a dit qu’il discuterait de son programme de missiles balistiques avec certains de ses voisins arabes ?
Badr al-BusaidiNous ne sommes pas entrés dans les détails, mais nous avons convenu, de manière générale, de discuter de la coopération économique et sécuritaire entre l’Iran et ses voisins, et de mettre en place un processus de dialogue qui permettra véritablement de commencer à instaurer la confiance, à établir des relations et à mettre en place un processus qui nous permettra réellement de parvenir à un accord sur tous ces différents domaines préoccupants, tant du côté iranien que du côté du CCG.
Margaret BrennanEt les pays du Golfe. Le secrétaire Rubio a également déclaré que l’Iran n’enrichissait pas de matières nucléaires à l’heure actuelle.
Badr al-BusaidiC’est exact.
Margaret BrennanSelon vous, selon votre pays, ce n’est pas le cas.
Badr al-BusaidiCe n’est pas le cas.
Margaret BrennanParce que l’envoyé Witkoff a déclaré à Fox News la semaine dernière que l’Iran était probablement à une semaine d’obtenir des matières premières de qualité industrielle pour fabriquer des bombes.
Badr al-BusaidiJe ne suis pas un expert pour juger cela, mais j’ai interrogé des experts qui connaissent le sujet, et je pense que cela a pu être mal interprété, car ils n’enrichissent pas, et la seule installation réellement opérationnelle, dans une certaine mesure, est ce qu’on appelle le réacteur de recherche de Téhéran, qui est destiné à la recherche. Il s’agit d’un réacteur qui produit des isotopes, par exemple pour les hôpitaux et les besoins médicaux. Mais à part cela, l’AIEA m’a assuré qu’il n’y avait actuellement aucune activité d’enrichissement.
Margaret BrennanLa dernière fois que nous avons vu un accord diplomatique, il y a eu des années de négociations. Des scientifiques nucléaires, des responsables des services de renseignement et des diplomates étaient présents à la table des négociations. Il y avait une pression internationale coordonnée, de la Russie à la Chine, en passant par les États-Unis et l’Europe. Les discussions que vous avez eues jeudi n’ont duré que six heures avec Steve Witkoff et Jared Kushner. Pouvez-vous conclure rapidement un accord aussi complexe ? Vous avez dit qu’il vous fallait trois mois. De quoi avez-vous besoin pour y parvenir en trois mois ?
Badr al-BusaidiNon, j’ai dit qu’un accord pouvait en fait être conclu demain.
Margaret BrennanLes grandes lignes d’un accord.
Badr al-BusaidiLes grandes lignes. Il s’agit de la politique, des grandes questions, des éléments qui sont vraiment les principaux sujets de préoccupation. Je pense que cela peut être convenu demain. Les détails techniques prendront un certain temps à régler avec l’agence, l’AIEA. Et une fois que cela sera fait, et je pense que cela peut être fait rapidement, relativement rapidement, car une grande partie de ce travail, de ce travail préparatoire, a été fait il y a des années, et il est déjà en place. La période de trois mois correspond en réalité à la mise en œuvre de ce qui sera convenu, qu’il s’agisse des questions liées au stockage et aux stocks, ou de la vérification. Je pense que dans les trois mois, tout sera en place.
Margaret BrennanEt l’Iran veut que les États-Unis lèvent les sanctions. Si les États-Unis le font, cela aidera le régime, un régime qui a un bilan terrible en matière de droits de l’homme, à rester au pouvoir. Les droits de l’homme font-ils partie de cette conversation ? Les États-Unis les soulèvent-ils ?
Badr al-BusaidiCette conversation est entièrement axée sur la tâche à accomplir, à savoir le dossier nucléaire. Je pense que les autres sujets de préoccupation ne sont pas vraiment… Nous n’avons pas été mandatés pour en discuter, et je pense donc que je préfère me concentrer sur ce point, car c’est l’élément le plus critique pour le moment.
Margaret BrennanVous n’avez pas pu rencontrer le président Trump. Il verra peut-être cette interview. Si je comprends bien, votre principale demande est de lui demander plus de temps, car vous pensez pouvoir conclure cet accord et empêcher l’Iran de se doter d’une arme nucléaire ?
Badr al-BusaidiJe pense que les deux parties, les négociateurs américains et les Iraniens, sont très, très sérieux dans leur volonté de parvenir à un accord, et ils pensent pouvoir y parvenir, d’après mon évaluation. Connaissant et évaluant les différents éléments de cet accord, et comme je vous l’ai déjà expliqué, les progrès considérables que nous avons accomplis, qui sont bien plus importants que jamais auparavant, nous avons juste besoin d’un peu plus de temps pour conclure l’accord. Si j’étais le président Trump, mon seul conseil serait de donner à ces négociateurs suffisamment de marge de manœuvre et d’espace pour vraiment régler les derniers points qui doivent encore être discutés et convenus.
Margaret BrennanEt si Israël lance une attaque, ou si les États-Unis lancent une attaque même limitée contre les missiles balistiques, pensez-vous que vous pourriez encore conclure un accord sur le nucléaire ?
Badr al-BusaidiEh bien, la diplomatie peut aboutir à un accord. Je ne pense pas que d’autres mesures puissent résoudre ce problème, vraiment. Je ne pense pas que cela compliquerait la résolution de ce problème et la retarderait.
Margaret BrennanMonsieur le ministre des Affaires étrangères, merci de nous avoir accordé votre temps.
Badr al-BusaidiMerci.