Selon Axios — qui dispose souvent de sources et d’accès très profonds dans les administrations Trump et Netanyahou —, « l’administration Trump est plus proche d’une guerre de grande ampleur au Moyen-Orient que la plupart des Américains ne le pensent » 1.
- Des négociations ont eu lieu à Genève en début de semaine, dans un format inhabituel : l’administration n’était pas représentée par des diplomates ou des membres du gouvernement, mais par le gendre du président, Jared Kushner, et l’envoyé spécial Steve Witkoff.
- La rencontre a duré trois heures. Les Iraniens ont proposé de revenir dans les deux prochaines semaines avec des propositions détaillées « afin de combler certaines des divergences entre nos positions » 2.
- En Iran, une partie des premières pages des quotidiens sont consacrées aujourd’hui aux négociations, que certains qualifient de « sérieuses » et « constructives » (Ârmân). Le ministre iranien Abbas Araghchi a déclaré que les pourparlers avaient fait « de bons progrès ».
- La plupart de la presse iranienne relaie cependant un discours prononcé la veille par le Guide suprême à Tabriz, dans lequel il interprète les négociations comme une preuve de l’échec des États-Unis à renverser ou à déstabiliser la République islamique. Ainsi, le journal Sédâ-yé Irân titre « Tu ne peux pas non plus [renverser la République islamique] » au-dessus d’une photo de Donald Trump, sombre et de dos 3.
Depuis le début de l’année, Washington a massivement renforcé son dispositif militaire dans la région.
- Le 26 janvier, un responsable américain avait déclaré que le porte-avions Abraham Lincoln était entré « dans la zone de responsabilité du Commandement central dans l’océan Indien occidental ».
- Celui-ci se situerait désormais, avec les trois destroyers l’escortant (l’USS Frank E. Petersen Jr., l’USS Spruance et l’USS Michael Murphy), dans le nord-ouest de la mer d’Arabie, au large des côtes d’Oman.
- Un autre porte-avions et son groupe aéronaval, l’USS Gerald R. Ford, le plus moderne de la flotte américaine, devrait également arriver au Moyen-Orient dans les prochaines semaines.
- Ces bâtiments sont équipés de plusieurs missiles Tomahawks pouvant être utilisés pour frapper des cibles en Iran. Le porte-avions Abraham Lincoln dispose quant à lui de douzaines d’avions de chasse F-35 et FA-18, ainsi que d’avions de soutien. Selon Axios, au cours des dernières 24 heures, 50 autres avions de combat — des F-35, des F-22 et des F-16 — se sont dirigés vers la région.
La présence d’un volume de force inédit suggère que les États-Unis sont aujourd’hui à la recherche de concessions substantielles.
- Un conseiller de Trump aurait confié à Axios : « Il y a 90 % de chances que nous voyions une action militaire dans les prochaines semaines ». L’option envisagée serait une campagne militaire conjointe américano-israélienne de grande ampleur.
- Pour faire tomber la République islamique, une opération systémique articulant regime change avec regime collapse pourrait donc être envisagée.
- Donald Trump avait déclaré le 13 février que le changement de régime « serait la meilleure chose qui puisse arriver » en Iran.
- Selon Farid Vahid, une partie de la population iranienne espère désormais qu’une intervention américaine ait lieu, après la répression massive des manifestants au début du mois de janvier.
Le contexte fait penser à la séquence du mois de juin dernier, qui avait conduit à l’opération Midnight Hammer.
- La Maison-Blanche avait annoncé que le président prendrait deux semaines pour décider entre une solution diplomatique ou militaire.
- Trois jours plus tard, le 19 juin, les États-Unis bombardaient directement, et ce pour la première fois, la République islamiste.
Sources
- Barak Ravid, « Trump moves closer to a major war with Iran », Axios, 18 février 2026.
- Barak Ravid, « U.S. and Iran say progress made in Geneva nuclear talks », Axios, 17 février 2026.
- Première page du quotidien Sédâyé-Irân, 18 février 2026.