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Alors que Donald Trump a en apparence renoncé à recourir à la force pour s’accaparer le Groenland, plusieurs dirigeants du monde occidental, rassurés, ont pu croire à la sauvegarde de l’OTAN. Pourtant, c’est sans doute trop espérer. Le répit qu’accorde le président américain ne doit pas être interprété comme un retour à la normale mais plutôt comme une accalmie fragile dans un contexte de rupture profonde et durable de l’architecture de sécurité transatlantique.
Le Premier ministre canadien Mark Carney a fait preuve de lucidité dans son discours à Davos : « L’ordre ancien ne sera pas rétabli. Nous ne devons pas le pleurer. La nostalgie n’est pas une stratégie. »
Ce diagnostic est sans équivoque : le choc n’est ni conjoncturel ni réversible à court terme. Nous sommes témoins d’un changement de paradigme, dont les effets structurants continueront de se faire sentir bien au-delà des contingences liées à l’humeur instable du quarante-septième président des États-Unis.
Certains pensent que l’Alliance atlantique va durer 1 tandis que d’autres plaident pour une stratégie d’apaisement, fondée sur l’idée qu’il serait nécessaire de préserver la relation avec les États-Unis « même si cela s’avère beaucoup plus difficile que jamais » 2. Une telle attitude est compréhensible du fait de la crainte de contribuer à une prophétie autoréalisatrice : il est effectivement inutile de rompre volontairement les liens de défense avec les États-Unis tant que ces derniers n’y mettent pas fin.
Si cette attitude est légitime, elle n’exige cependant pas de maintenir un statu quo qui consisterait à négliger de préparer l’après-OTAN. Il serait en effet irresponsable pour l’Europe et le Canada de ne pas planifier, ensemble, la défense de la communauté euro-atlantique dans l’hypothèse où les États-Unis retirent ou diminuent sensiblement leur soutien 3.
La communauté de sécurité transatlantique n’existe plus
Renoncer à cette préparation relèverait d’une dangereuse illusion : trop de lignes rouges ont été franchies. La communauté de sécurité transatlantique — fondée sur la confiance mutuelle, la solidarité en cas d’agression externe et l’impensable usage de la force entre alliés — n’existe plus et nous aurions tort d’ajouter de la division transatlantique en ne pensant pas conjointement le futur d’une architecture de sécurité des deux côtés de l’océan Atlantique — sans Washington.
Il est en effet désormais légitime de douter que les États-Unis honoreraient leurs engagements envers les Européens ou le Canada en cas d’agression : c’est d’ailleurs ce que suggère la Stratégie de défense nationale de la seconde administration Trump, qui indique que les Européens devront « assumer la responsabilité principale de la défense conventionnelle de l’Europe, avec un soutien américain essentiel mais plus limité ». Ce transfert de la responsabilité de la sécurité du continent sur les épaules des Européens inclut le soutien militaire et économique à apporter à l’Ukraine face à la Russie et, lorsque la guerre prendra fin, les efforts pour sécuriser le territoire ukrainien.
Pour illustrer l’ampleur que représente un tel effort, il aurait fallu, pour le mener à bien, remplacer les près de 65 milliards d’euros de fournitures militaires accordées par Washington à Kiev entre janvier 2022 et octobre 2025 4. Plus encore, l’International Institute for Strategic Studies a évalué les coûts pour défendre l’Europe sans les États-Unis à mille milliards de dollars américains, engagés sur une période de vingt-cinq ans 5.
La question n’est plus de savoir s’il faut préparer l’après-OTAN, mais à quelle vitesse et avec quel degré de lucidité les alliés accepteront d’en assumer les coûts et les responsabilités.
Justin Massie
Non seulement l’essence de l’OTAN — l’engagement américain pour assurer la protection de l’Europe contre une agression externe — est remise en question, mais il est désormais possible d’imaginer que l’agression pourrait venir des États-Unis eux-mêmes.
Le Canada et le Danemark ont été pris pour cibles par Washington, qui désire imposer une hégémonie étatsunienne sur l’ensemble de l’hémisphère « occidental » — du Groenland à la Terre de Feu — par le recours à la coercition économique et à la force militaire si nécessaire. L’administration Trump multiplie les menaces d’annexion de ces deux territoires s’ils ne s’alignent pas totalement sur les exigences américaines afin d’assurer la défense de « leur » espace : ces pressions vont de la demande de cession de la souveraineté de la base militaire de Pituffik 6 à la menace de violer l’espace aérien canadien si Ottawa renonce à sa décision d’acheter 88 avions F-35 7, en passant par le soutien apporté à des mouvements sécessionnistes au Canada 8 et au Groenland 9.
Dans ces circonstances, persister à fonder la sécurité européenne et canadienne sur l’automaticité du parapluie américain relève d’une illusion stratégique aux conséquences potentiellement existentielles.
Accepter le « transfert du fardeau »
La crise transatlantique actuelle met en lumière les causes profondes de la rupture — des causes structurelles qui vont bien au-delà de la seule personnalité de Donald Trump.
Certes, l’imprévisibilité calculée du président des États-Unis, son narcissisme et sa propension à choquer jouent un rôle central. Cette tendance dépasse pourtant largement Trump : le mouvement MAGA, qui recueille encore la moitié des appuis au sein du Parti républicain 10, fait sien le mantra « America First » et soutient une politique étrangère fondée sur l’idée de « paix par la force » 11. Plus d’un quart des membres de ce mouvement sont même favorables à l’usage de la force contre le Groenland 12.
Aux États-Unis, les contre-pouvoirs sociétaux existent, mais ils demeurent faibles, fragmentés et insuffisamment mobilisés pour infléchir la trajectoire stratégique du pays. Il est inquiétant que l’idée d’attaquer un allié historique des États-Unis n’ait pas suscité davantage de hauts cris au sein de la société et des institutions étatsuniennes : la crise de légitimité que traversent ces dernières y est certainement pour quelque chose 13.
Si le recul apparent du président Trump sur le Groenland peut s’expliquer par des raisons pragmatiques, telle que l’anticipation de coûts électoraux 14 et économiques 15 trop élevés, la trame de fond guidant l’administration Trump demeure ferme : protectionnisme, nativisme et priorisation des intérêts américains définis de manière très égoïste, sans égard pour les alliés.
Deux courants structurent désormais la pensée stratégique dominante à Washington 16.
Tandis que les prioritizers estiment que la Chine constitue la menace centrale et qu’il faut, pour y faire face, réduire les engagements ailleurs — quitte à abandonner des alliés ou à les placer dans une relation de dépendance stratégique —, les restrainers, souvent issus du noyau dur MAGA, prônent un recentrage radical sur le continent américain pour s’attaquer d’abord aux menaces intérieures perçues que sont l’immigration, la désindustrialisation et la perte de pouvoir d’achat.
Force est de constater qu’aucun de ces courants ne propose une alliance transatlantique forte : tous deux actent, de fait, la rupture du lien de confiance.
Dans ces conditions, il serait irresponsable pour les alliés militaires des États-Unis de continuer à fonder la sécurité transatlantique sur l’OTAN : les fondations de l’Alliance sont fissurées et l’édifice pourrait s’effondrer au gré d’une décision présidentielle 17. Le « transfert de fardeau » (burden shifting) des États-Unis vers leurs alliés peut apparaître comme un moindre mal par rapport à une prédation ouverte des premiers, mais il laisse tout de même ces alliés livrés à eux-mêmes.
À terme, la multiplication et l’interconnexion des coalitions pourrait esquisser une architecture de sécurité en réseau, moins lourde que l’OTAN mais plus robuste face au retrait américain.
Justin Massie
La sécurité euro-atlantique après l’OTAN
Dans un tel contexte, il est impératif de travailler, dans l’urgence, à la mise en place d’une structure de sécurité transatlantique autonome, capable d’assurer la crédibilité de la dissuasion conventionnelle et la conduite d’opérations de défense sans dépendance structurelle envers Washington.
Trois modèles semblent envisageables.
Désaméricaniser le commandement de l’OTAN
Le premier est celui d’une européanisation de l’OTAN en transformant l’Alliance de l’intérieur 18 : elle passerait notamment par le remplacement des officiers américains aux postes de commandement de l’OTAN par des Européens ou des Canadiens. Le Supreme Allied Command Europe (SACEUR), les commandements régionaux de forces interarmées (Joint Force Command, JFC) de Naples et de Norfolk, ainsi que les commandements des domaines aérien (Aircom, basé à Ramstein), terrestre (Landcom, basé à Izmir) et maritime (Marcom, basé à Northwood) seraient ainsi renouvelés.
Cette option présente l’avantage de s’appuyer sur des structures de commandement éprouvées, des standards opérationnels communs et un système de planification de défense déjà existant. Elle souffre toutefois de faiblesses majeures : la nécessité paralysante de décisions prises à l’unanimité 19, l’absence de politique industrielle et commerciale intégrée entre membres de l’OTAN, et surtout la difficulté politique d’« indiquer la sortie » aux États-Unis sans provoquer une crise ouverte. C’est en effet le paradoxe de la situation d’ambiguïté stratégique dans laquelle l’administration Trump plonge les Européens : sans quitter formellement les structures de la l’Alliance, elle laisse aux autres partenaires l’initiative de tout bouleversement institutionnel, créant une situation de paralysie dangereuse.
Renforcer le « pilier européen » de l’Alliance
Le second modèle pour repenser l’architecture de défense post-OTAN repose sur un renforcement substantiel de l’Union à travers la construction d’un pilier européen de sécurité indépendant de l’Alliance. Les propositions en ce sens — soutien à des champions industriels européens, budgets de défense mutualisés, capacité d’anticipation doctrinale et création d’un véritable Conseil de sécurité — sont ambitieuses et cohérentes 20. Leur mise en œuvre suppose toutefois une volonté politique de fédéralisation que peu d’États membres sont aujourd’hui prêts à assumer jusqu’au bout 21.
Cette approche soulève aussi d’autres difficultés : elle demeure largement structurelle et peine à répondre aux défis opérationnels immédiats que sont des forces communes, une planification stratégique conjointe et une déployabilité réelle.
Alors que les divisions observées sur des dossiers comme le Groenland — où seuls six États membres de l’Union ont déployé des troupes — illustrent l’absence persistante d’une vision stratégique européenne unifiée, un marché de la défense fortement réglementé, fondé sur la libre concurrence au sein du marché commun, limite aussi les possibilités de consolidation industrielle et entretient la fragmentation capacitaire 22. De même, un pilier européen de défense pourrait marginaliser des alliés essentiels extérieurs à l’Union — comme le Royaume-Uni, le Canada, la Norvège et la Turquie. Pour ces deux raisons, cette approche ne peut constituer, à elle seule, le socle d’une architecture de défense crédible.
Les coalitions de volontaires
Le troisième modèle de défense, celui des coalitions de volontaires, apparaît aujourd’hui comme le plus pragmatique 23.
Fondé sur un minilatéralisme assumé, il permet un partage du fardeau à géométrie variable selon les théâtres, les opérations ou les priorités politiques.
La flexibilité d’un tel modèle dépend de la perception commune de la menace, de cultures stratégiques convergentes et d’un sentiment d’urgence partagé : les coalitions se distinguent par leur agilité, leur réactivité et leur crédibilité opérationnelle, comme l’illustrent la Coalition des volontaires pour l’Ukraine 24, le déploiement de forces européennes au Groenland, la Joint Expeditionary Force, ou encore la NORDEFCO. Le développement d’initiatives telles que l’opération Arctic Sentry de l’OTAN au Groenland — s’inspirant de l’opération Baltic Sentry visant à lutter contre les sabotages d’infrastructures critiques en mer Baltique — offre une réponse agile, rapide et adaptée aux intérêts convergents d’une poignée d’alliés. Ce modèle offre ainsi une solution pragmatique pour mettre en œuvre une défense euro-atlantique crédible entre alliés désirant se prémunir contre le choc du désengagement américain.
Les coalitions de volontaires ouvrent également des perspectives en matière de politique industrielle. Sans nier les risques de fragmentation et de compétition entre industries nationales, elles pourraient permettre la constitution de consortiums compétitifs, l’ouverture à des partenaires non-membres de l’Union — tels le Canada et le Royaume-Uni — et l’émergence de champions transnationaux sur des capacités clefs : munitions, missiles, chars de combat, avions de chasse, drones, défenses aériennes ou capacités satellitaires. L’objectif n’est pas le développement économique en soi, mais la capacité à soutenir des opérations autonomes, grâce à des acquisitions conjointes, une R&D coordonnée et des chaînes de production résilientes entre alliés fiables.
Aucun des courants structurant la pensée stratégique à Washington ne propose une alliance transatlantique forte : tous actent, de fait, la rupture du lien de confiance.
Justin Massie
Au-delà de leur utilité opérationnelle immédiate, les coalitions de volontaires peuvent servir de laboratoires institutionnels pour acter l’après-OTAN. En agrégeant progressivement des fonctions essentielles, telles que la planification stratégique conjointe, des états-majors intégrés ad hoc ou des mécanismes communs de financement et de soutien logistique, elles permettent de tester, sans passage contraignant à une échelle fédérale et sans « montrer la porte » aux États-Unis, des formes avancées d’intégration militaire entre alliés partageant la même lecture de la menace.
Cette dynamique incrémentale réduit les coûts politiques de l’intégration, tout en créant des faits accomplis difficilement réversibles dans le domaine des capacités. À terme, la multiplication et l’interconnexion des coalitions pourrait esquisser une architecture de sécurité en réseau, moins lourde que l’OTAN mais plus robuste face au retrait américain, fondée sur la redondance, la spécialisation fonctionnelle et la solidarité entre États prêts à assumer concrètement les risques de la défense collective.
« L’ordre ancien ne sera pas rétabli »
Penser l’après-OTAN ne consiste pas à se pencher sur un scénario théorique ou conduire un exercice de provocation stratégique. Cette réflexion est une nécessité politique et militaire dictée par l’érosion durable du lien de confiance transatlantique. Face à l’incertitude américaine, la réponse la plus crédible ne réside ni dans l’attentisme ni dans la recherche illusoire d’un substitut institutionnel unique, mais dans la capacité des Européens et du Canada à agir ensemble, de manière autonome et pragmatique.
L’après-OTAN ne signifie pas la fin de toute coopération transatlantique, au contraire. Mais penser ce nouveau cadre impose une refondation lucide des compromis de sécurité. La priorité ne peut plus être la préservation symbolique d’un ordre hérité. Elle doit passer par la construction de capacités politiques, industrielles et militaires capables de répondre à un monde où la garantie américaine ne peut plus être tenue pour acquise.
Les coalitions de volontaires offrent aujourd’hui le cadre le plus réaliste pour assurer cette transition : elles sont suffisamment flexibles pour répondre à l’urgence et suffisamment structurantes pour préfigurer une nouvelle architecture de sécurité.
Sources
- « Assistons-nous au grand délitement des alliances ? », France Culture, 22 janvier 2026.
- Jennifer Rankin, « Relations with US have taken ‘big blow’, says EU foreign policy chief », The Guardian, 23 janvier 2026.
- Camille Grand, « L’avenir de l’OTAN et de l’Europe : La fin de la ‘République impériale’ ? », Commentaire, vol.3, n° 191, 2025, p. 484-492.
- Arianna Antezza, Pietro Bomprezzi et al., Ukraine Support Tracker Data, Kiel Institute, décembre 2025.
- Ben Barry, Douglas Barrie et al., Defending Europe Without the United States : Costs and Consequences, International Institute for Strategic Studies, 15 mai 2025.
- Emily Goodin, Steven Nelson et Marisa Schultz, « Trump tells The Post ‘We’ll have everything we want’ in plan to gain sovereignty over Greenland base areas », New York Post, 24 janvier 2026.
- David Common, « NORAD pact would change if Canada pulls back from F-35 order, warns U.S. ambassador », CBC News, 26 janvier 2026.
- Piotr Smolar, « Les États-Unis veulent s’appuyer sur la province de l’Alberta pour déstabiliser le Canada », Le Monde, 24 janvier 2026.
- Andrew Rettman, « US spies stoked separatism in Greenland, Denmark says », EUobserver, 28 août 2025.
- Stephanie Perry et Marc Trussler, « Poll : Trump’s MAGA base is still behind him — but cracks are showing ahead of 2026 », NBC News, 14 décembre 2025.
- Adrian Karatnycky, « No, MAGA Is Not Isolationist », Foreign Policy, 21 juillet 2025.
- Giselle Ruhiyyih Ewing et Leo Shane III, « Poll : Trump voters support military intervention in more countries », Politico, 28 janvier 2026.
- Sophia A. McClennenn, « Why the guardrails against Trump aren’t working », Salon, 24 janvier 2026.
- Lauren Fedor, « Republicans begin to push back against Donald Trump’s pursuit of Greenland », Financial Times, 21 janvier 2026.
- John Towfighi, « Dow tumbles more than 850 points and dollar slides over Greenland and tariff threats », CNN Business, 20 janvier 2026.
- Miranda Priebe, John M. Schuessler, Bryan Rooney et Jasen J. Castillo, Competing Visions of Restraint for U.S. Foreign Policy, RAND, 9 janvier 2025.
- Cet état de fait explique d’ailleurs pourquoi toute la communauté transatlantique attend avec autant d’impatience la nouvelle Nuclear Posture Review des États-Unis, document déterminant le rôle des armes nucléaires dans la stratégie de sécurité américaine. La publication de ce texte ne cesse d’être retardée. Voir Giuseppe Spatafora, « No surprises ? Preparing for the US defence strategy and posture review », European Union Institute for Security Studies, 24 juillet 2025.
- Jean-Marc Vigilant, « ‘Européaniser’ l’OTAN : une utopie ou une évidente nécessité pour les Européens ? », Institut de relations internationales et stratégiques, 16 mai 2024.
- Par exemple, le Commandant suprême des forces alliées en Europe est nommé par le président des États-Unis et confirmé par le Sénat de ce pays. Sa nomination doit ensuite être approuvée par le Conseil de l’Atlantique Nord, dont les décisions sont prises à l’unanimité.
- Samuel B. H. Faure, « Dix leviers pour rendre l’Europe de la défense ‘plus forte’ », Le Rubicon, 29 février 2024.
- Denis Simonneau, « Pas de défense européenne sans un nouveau Traité », Institut Jacques Delors, 2 décembre 2025.
- Rachid Chaker, « Les freins juridiques à l’établissement d’une BITD européenne prospère et autonome », conférence au colloque annuel du Rubicon, 22 janvier 2026.
- Yf Reykers et Pernille Rieker, « Ad Hoc Coalitions in European Security and Defence : Symptoms of Short-Term Pragmatism, No More ? », Journal of European Integration, vol. 6, n°46, 2024, p. 861–79.
- John Karlsrud, Coalition of the Willing for Ukraine Tracker, Norwegian Institute of International Affairs, 2025.