L’étude de Novaïa Gazeta souligne que les licenciements massifs et les fermetures de sites de production décidées par plusieurs grandes entreprises russes depuis le lancement de l’invasion de l’Ukraine en 2022 en raison de la baisse de la demande civile ne constituent que « la partie émergée de l’iceberg ».
Selon le journal, au moins 2 500 entreprises auraient mis en place diverses mesures de chômage, qu’il soit déclaré ou « déguisé » (aussi appelé « sous-emploi »), afin de s’adapter à la nouvelle économie de guerre 1.
- Le chômage dit « déguisé » regroupe les stratégies mises en place par les entreprises pour réduire leur masse salariale : diminution des prestations sociales, du temps de travail, congés sans solde ou réduction drastique des salaires — comme dans plusieurs mines du Kouzbass, la principale région d’extraction de charbon du pays.
- Si ces mesures sont moins répandues que le chômage « déclaré », qui représente 78 % des cas recensés, elles sont néanmoins en nette augmentation : +73 % sur l’année 2025, contre +30 % pour les licenciements et fermetures d’usines.
La hausse du nombre de licenciements remonte à la fin de l’année 2024, tandis que l’accélération des fermetures d’usines est un phénomène plus récent qui a débuté au troisième trimestre 2025. Les secteurs touchés concernent en grande majorité l’industrie civile : restauration, vêtements, industrie automobile, construction.
- Comme le note le Centre d’analyse macroéconomique et de prévision à court terme, un centre de recherche affilié au gouvernement, la croissance de la production industrielle « stagne dans le secteur civil depuis le deuxième trimestre 2025 » 2.
- La forte hausse de la production industrielle qu’a connue la Russie l’an dernier est ainsi dûe aux secteurs où « l’industrie de la défense est fortement présente » : produits métalliques, armement, optique, électronique, aéronefs.
Plusieurs signaux faibles suggèrent que cette tendance pourrait se poursuivre cette année en raison d’une baisse de la demande civile.
- La chaîne Telegram « Baza » a recensé la fermeture de 45 établissements de restauration et bars à Moscou au cours du mois de janvier, dont plusieurs enseignes populaires comme « Chérie, je vous rappellerai » (Дорогая, я перезвоню), Smoky BBQ, MiMi ou « the toy » 3.
- Selon l’entreprise de conseil en immobilier CMWP, au moins 465 établissements fermeront leurs portes dans la capitale russe en 2026, soit un nombre supérieur aux fermetures provoquées par les mesures sanitaires mises en place en 2020.
- En 2025, sur la période janvier-novembre, les données de Yandex Maps (l’équivalent russe de Google Maps) indiquent que près de 4 000 établissements de restauration ont fermé leurs portes à travers le pays 4.
Sources
- Алеся Соколова et Денис Морохин, « Заводы стоят », Novaïa Gazeta, 12 février 2026.
- О ДИНАМИКЕ ПРОМЫШЛЕННОГО ПРОИЗВОДСТВА в декабре 2025 г, Центр макроэкономического анализа и краткосрочного прогнозирования (ЦМАКП), Telegram, 10 février 2026.
- Publication de Baza sur Telegram, 20 janvier 2026.
- « Не барное это дело », Kommersant, 24 décembre 2025.