Depuis la fin du mois d’août 2025, les produits indiens sont soumis à des tarifs douaniers de 50 % pour accéder au marché américain, soit le taux le plus élevé aux côtés du Brésil. L’administration Trump avait en effet imposé des tarifs supplémentaires de 25 % afin de contraindre New Delhi à mettre fin à ses importations de pétrole russe.

  • Depuis 2022 et l’imposition des sanctions sur les exportations énergétiques russes, l’Inde s’est hissée au rang de deuxième acheteur de pétrole russe, derrière la Chine.
  • Ses importations de brut russe ont toutefois chuté depuis l’imposition des tarifs américains, et surtout suite à l’imposition de sanctions par Washington sur les principaux producteurs russes, Lukoil et Rosneft, entrées en vigueur fin novembre.
  • Au début de l’année, les paiements réalisés par les importateurs indiens à la Russie sont passés brièvement sous la barre des 60 millions d’euros par jour, selon le CREA, soit trois fois moins par rapport au pic de 180 millions atteint en mai 2024.

Donald Trump a affirmé hier, lundi 2 février, que l’arrêt des importations indiennes de pétrole russe faisait partie des conditions acceptées par New Delhi dans le cadre d’un accord commercial qui devrait diviser par trois les tarifs douaniers américains 1.

Cette condition n’a pas été publiquement confirmée par l’Inde.

  • Dans un message publié sur X hier, lundi 2, Narendra Modi s’est félicité de la réduction des tarifs douaniers américains de 50 à 18 %, tout en saluant Trump pour son leadership « essentiel à la paix, à la stabilité et à la prospérité mondiales ».
  • Les raffineurs indiens eux-mêmes semblent avoir été pris de court par l’annonce de Trump : trois d’entre eux ont demandé des « éclaircissements » au gouvernement, et deux ont temporairement suspendu leurs achats de brut russe 2.
  • Ni le ministère du Commerce et de l’Industrie ni le ministère des Affaires étrangères indiens n’ont publié de communiqué suite à l’appel entre Trump et Modi.

Si l’Inde dispose d’options alternatives, et pourrait notamment se tourner vers d’autres pays producteurs, comme le Venezuela, la Russie aurait vraisemblablement beaucoup de difficultés à trouver d’autres acheteurs.

  • Dans son message, Trump a affirmé que Modi s’était également engagé à acheter pour 500 milliards de dollars de produits énergétiques, technologiques et agricoles américains. 

Reliance, le premier importateur indien de brut russe, avait déjà entamé début janvier des pourparlers avec les départements d’État et du Trésor américain pour obtenir des autorisations d’importer du pétrole vénézuélien.

  • L’entreprise dispose, à Jamnagar, dans l’État du Gujarat, d’une raffinerie équipée pour traiter le pétrole brut vénézuélien, très lourd et chargé en soufre et en métaux.
  • Selon un porte-parole de l’entreprise, le principal critère sera le prix de vente.

La plupart des analystes considèrent qu’il est peu probable que l’Inde abandonne totalement ses approvisionnements en pétrole brut russe. Des sources industrielles estimaient la semaine dernière qu’une baisse supplémentaire de 800 000 à 1 million de barils par jour correspondrait à un niveau « acceptable pour les États-Unis ».

  • L’Inde représentait plus d’un cinquième (21,8 %) des revenus générés par la Russie pour ses exportations d’hydrocarbures en 2025.
  • Une diminution par deux voire par trois de ses importations pourrait occasionner une perte de revenus annuels de 20 à 30 milliards d’euros pour Moscou, soit entre 1 800 et 2 700 milliards de roubles 3.
Sources
  1. Publication de Donald Trump sur Truth Social, 2 février 2026.
  2. Rakesh Sharma et Serene Cheong, « India’s Refiners Seek Clarity on Russian Oil After Trump Deal », Bloomberg, 3 février 2026.
  3. Cette estimation ne prend pas en compte l’évolution des prix du pétrole. Selon les taux de change au 3 février 2026.