À la suite de l’opération américaine au Vénézuela, Delcy Rodriguez a opéré un certain nombre de changements à des postes ministériels et au sein de l’armée afin de consolider son pouvoir, en plaçant des fidèles à des postes-clefs.

  • Dès le 7 janvier, soit quatre jours après l’enlèvement de Nicolás Maduro, Rodriguez a remplacé le commandant de la Garde présidentielle, Javier Marcano Tábata, par Gustavo González López, désormais également chargé du contre-espionnage militaire.
  • Elle a aussi nommé Calixto Ortega vice-président chargé de l’Économie, un poste-clef susceptible de le conduire à mener les négociations avec les entreprises américaines souhaitant investir dans le secteur pétrolier au Venezuela.
  • Hannibal Coronado a ensuite été remplacé par Freddy Ñáñez au ministère de l’Écosocialisme le 16 janvier, puis placé aux Transports.
  • Le philosophe et chroniqueur Miguel Pérez Pirela a quant à lui été nommé à la Communication, en remplacement de Ñáñez.

Rodriguez a également remplacé les responsables des bases militaires de La Carlota, à Caracas, et d’El Libertador, à Aragua, les deux plus importantes du pays, et placé des personnes de confiance à plusieurs postes-clefs au sein de la Force armée nationale bolivarienne. Ces changements pourraient viser à empêcher des fuites d’informations relatives à l’attaque américaine, notamment concernant des rumeurs de trahison de responsables politiques ou militaires 1.

Vis-à-vis de Washington, la nouvelle dirigeante vénézuélienne occupe une position d’équilibriste : elle ne nie pas la mainmise américaine sur le pays et son industrie pétrolière, mais tient un discours affirmant son contrôle de la situation politique du pays.

  • Sous la pression de Washington, Rodriguez aurait libéré 258 prisonniers politiques depuis le 8 janvier, soit moins d’un quart des 1 1112 recensés par des ONG vénézuéliennes.
  • La dirigeante vénézuélienne met quant à elle en avant le chiffre de 626 prisonniers politiques libérés.

Caracas travaille actuellement à une réforme pétrolière poussée par Washington afin d’attirer de nouveaux capitaux privés.

  • Le projet de loi confère au ministère du Pétrole une grande flexibilité pour ajuster les taxes et les redevances en fonction de la nature et de la rentabilité des projets.
  • Il autorise également une éventuelle baisse de l’impôt sur les revenus pétroliers afin de préserver les rendements, assouplit les règles d’arbitrage pour rassurer les investisseurs étrangers et permet aux entreprises privées de vendre leur part de production aux prix du marché sous supervision officielle 2.
  • L’administration Trump maintient toujours les sanctions pétrolières contre le pays.

Rodriguez a déclaré lors d’un discours prononcé dimanche 25 janvier qu’elle en avait « assez des ordres donnés par Washington aux politiciens vénézuéliens ». Elle ajoutait : « Laissons la politique vénézuélienne résoudre nos différends et nos conflits internes. Cette République a payé un prix très élevé pour avoir dû faire face aux conséquences du fascisme et de l’extrémisme dans notre pays ».

  • Ces déclarations peuvent sembler étonnantes compte tenu du fait que, selon plusieurs sources, Rodriguez et son frère, Jorge, auraient tenu des négociations avec des responsables américains plusieurs mois avant l’opération américaine afin de garantir la pleine coopération de Caracas une fois Maduro capturé 3.
  • Le Qatar, qui aurait joué un rôle d’intermédiaire dans ces discussions, a d’ailleurs été chargé par l’administration Trump de « gérer » les comptes bancaires sur lesquels sont transférées les recettes du pétrole vénézuélien vendu par Washington.

Lors d’une audition devant la commission des Affaires étrangères du Sénat hier, mercredi 28 janvier, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a fait savoir qu’il reviendra à Washington de décider comment ces fonds seront dépensés, après présentation d’un « budget » par Caracas. 

  • Dans une déclaration liminaire, soumise à l’écrit à la commission mais qu’il n’a pas prononcée oralement, Rubio a averti qu’un nouveau recours à la force n’était pas exclu si les exigences de Washington n’étaient pas respectées par Rodriguez.
  • À la question de savoir à quel moment les États-Unis exigeraient une transition politique visant à écarter les proches de Maduro du pouvoir, Rubio a déclaré : « Je ne peux pas vous donner de calendrier précis […] Cela ne peut pas durer éternellement, je le comprends. Nous voulons tous des résultats immédiats. Mais ce n’est pas un plat surgelé que l’on met au micro-ondes et qui est prêt en deux minutes trente ».
  • Dans des remarques écrites, il a ajouté que Rodríguez avait gagné un peu de temps : « Nous pensons que son intérêt personnel va dans le sens de nos principaux objectifs […] Elle s’est engagée à ouvrir le secteur énergétique vénézuélien aux entreprises américaines, à leur accorder un accès préférentiel à la production et à utiliser les revenus pour acheter des produits américains ».

Au-delà de la vente du pétrole vénézuélien, la Maison-Blanche espère éloigner le Venezuela de la Chine, de l’Iran et de la Russie.

  • Ce message a été directement porté par le directeur de la CIA, John Ratcliffe, lors d’une visite à Caracas le 16 janvier au cours de laquelle il s’est entretenu avec Rodriguez et des responsables militaires vénézuéliens 4.
Sources
  1. Gonzalo Zegarra, « Movimientos en el gabinete y en la Fuerza Armada : qué nos dicen los cambios sobre el Gobierno de Delcy Rodríguez », CNN, 28 janvier 2026.
  2. « Venezuela Revised Oil Bill Would Ease Taxes to Entice Investors », Bloomberg, 29 janvier 2026.
  3. Aram Roston, « Venezuela’s Delcy Rodríguez assured US of cooperation before Maduro’s capture », The Guardian, 22 janvier 2026.
  4. Zachary Cohen, Jennifer Hansler et Kylie Atwood, « US planning CIA foothold in post-Maduro Venezuela », CNN, 27 janvier 2026.