Selon l’ONG Iran Human Rights, au moins 3 428 manifestants ont été tués en Iran depuis fin décembre. D’autres organisations, comme Iran International, avancent toutefois des chiffres bien plus élevés, estimant le nombre de morts à 12 000. Il s’agirait de la répression la plus sanglante de l’histoire récente du pays 1.

  • La plupart des manifestants auraient été tués entre le 8 et le 12 janvier, poussant le régime à couper l’accès à Internet dans la nuit du 8 au 9.
  • Afin de limiter davantage la circulation de l’information à l’intérieur du pays et à l’international, les forces de sécurité ont lancé, lundi 12, une opération massive de perquisition des antennes paraboliques, ce qui permet également une perturbation de l’utilisation de Starlink et d’autres connexions satellitaires 2.

Plusieurs témoignages indiquent que les forces de sécurité auraient ouvert le feu sur des foules de manifestants avec des mitrailleuses. Un médecin iranien, qui a depuis quitté le pays, a déclaré dans un entretien au Centre pour les droits humains en Iran, publié lundi 12, que les forces paramilitaires recensaient les noms et coordonnées des victimes blessées lors des manifestations, afin « d’assurer un suivi ultérieur » 3.

  • Jeudi 8 et vendredi 9, plusieurs des victimes amenées dans les hôpitaux de Téhéran et Ispahan présentaient des blessures par balle, parfois tirées à bout portant. 
  • Certaines d’entre elles auraient été tuées alors qu’elles ne prenaient pas part aux manifestations.

La coupure des communications complique le travail des ONG et des journalistes. L’Institute for the Study of War n’a recensé que sept manifestations à travers le pays le mardi 13 janvier, alors qu’il y en avait eu 156 dans 27 des 31 provinces iraniennes le jeudi 8 janvier. Cette baisse ne signifie pas nécessairement que le mouvement a été étouffé, mais plutôt que le régime est parvenu à limiter la quantité d’informations qui sortent d’Iran 4.

  • Mardi 13 janvier, les médias iraniens ont annoncé l’arrestation de « terroristes » accusés de travailler pour Israël dans la province du Sistan-et-Baloutchistan, dans le sud-est du pays.
  • L’accusation de « terrorisme » permet au régime de justifier des arrestations massives, selon un schéma similaire à celui employé par le dictateur syrien Bachar al-Assad lors de la guerre civile.
  • Lors d’une réunion avec des ambassadeurs étrangers à Téhéran, le ministre des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian, a suggéré que les manifestants étaient nécessairement des agents étrangers, car il y aurait eu, d’après lui, des attaques contre des mosquées et « qu’aucun Iranien ne s’attaquerait à une mosquée » 5.
  • Ce mercredi 14 janvier, le chef du pouvoir judiciaire de la République islamique, Gholamhossein Mohseni-Ejei, a souligné « la nécessité de procéder rapidement à des procès et à des sanctions » à l’encontre des manifestants arrêtés.
  • Le 10 janvier, le procureur général avait déclaré que tous les manifestants étaient des « mohareb » (ou « ennemis de Dieu »), une accusation passible de la peine de mort.