Lors de sa conférence de presse, suite aux frappes sur Caracas et à l’enlèvement de Maduro, Donald Trump avait insisté sur le fait que la prise de contrôle du Venezuela faisait partie de sa politique « America First » car les États-Unis avaient besoin de pétrole. Le secrétaire à l’Énergie américain, Chris Wright a confirmé hier, mercredi 7 janvier, que les États-Unis allaient contrôler les ventes de pétrole vénézuélien « jusqu’à nouvel ordre ».

Si le pays dispose de réserves importantes de pétrole, la taille de celles-ci — estimées à 300 milliards de barils — pourrait avoir été surévaluée.

  • Ce chiffre ne repose en effet que sur les déclarations effectuées par le régime chaviste dans le cadre de l’OPEP, et n’a pas fait l’objet d’audits par des experts indépendants.
  • Officiellement, les réserves prouvées du pays sont censées avoir triplé entre 2007 et 2010, passant de 99 à 296 milliards de barils.
  • Cette hausse ne correspond pas à de nouvelles découvertes ou explorations majeures, mais à la décision du gouvernement de Chávez de reclassifier les réserves de l’Orénoque comme étant « prouvées » — soit dont l’exploitation est économiquement et techniquement possible.

Au-delà du seul cas vénézuélien, les données officielles de réserves pétrolières ont la réputation d’être peu fiables. C’est pour cette raison que la British Petroleum (BP) avait cessé depuis 2020 de les intégrer à son panorama annuel des énergies qui fait référence dans le secteur. Si l’on se réfère aux chiffres publiés par Rystad Energy, une société de conseil qui fait autorité, les réserves pétrolières exploitables du Venezuela seraient en réalité 10 fois inférieures au chiffre officiel 1.

  • En se basant sur le scénario maximaliste de Rystad, qui inclut les champs existants, les ressources contingentes dans les découvertes et les ressources prospectives à risque dans les champs encore non découverts, le Venezuela disposerait de 27 milliards de barils de réserve.
  • Celles-ci seraient ainsi largement inférieures à celles de l’Arabie saoudite (242 milliards de barils) et de la Russie (137 milliards), mais également des États-Unis (169 milliards), qui sont déjà le premier producteur au monde de pétrole.
  • Il faudrait de plus, selon Rystad, investir 183 milliards de dollars dans l’industrie pétrolière du pays pour espérer ramener sa production à 3 millions de barils par jour, contre 1 million aujourd’hui 2.
  • Une analyse satellite réalisée par la société de renseignement Kayrros a révélé des signes de vétusté avancés dans les infrastructures du pays, comme des réservoirs corrodés ainsi que l’existence de modes de stockage caractérisés « d’inhabituels » 3.
  • Au cours des dernières années, des défaillances chroniques en matière de maintenance, provoquées par un sous-investissement chronique, ont causé des incendies et des explosions.

Le pétrole vénézuélien, très lourd et chargé en soufre et en métaux, est difficile à extraire et cher à produire.

  • Les processus complexes et coûteux requis pour extraire les bruts de l’Orénoque, où se trouverait la majeure partie des réserves du pays, placent le seuil de rentabilité à 80 dollars par baril, soit parmi les plus élevés au monde 4.
  • Par comparaison, le prix auquel il est rentable de forer un nouveau puits dans les principales régions productrices des États-Unis se situe à environ 62 dollars par baril, et 55 dollars pour le pétrole lourd canadien 5.
  • Au 7 janvier, le prix d’un baril de pétrole Brent se situait sous la barre des 60 dollars, soit son niveau le plus faible depuis février 2021.
Sources
  1. Magnus Nysveen, Artem Abramov et Katie Keenan, Discovered, recoverable oil resources increased by 5 billion barrels despite production growth in 2024, Rystad Energy, 8 septembre 2025.
  2. Nishant Ugal, « Venezuela needs $183 billion to lift oil output to 3 million bpd : Rystad Energy », UpStream, 6 janvier 2026.
  3. Malcolm Moore, Jana Tauschinski, Nassos Stylianou, Lucy Rodgers et Dan Clark, « The ‘catastrophic’ state of Venezuela’s oil facilities », Financial Times, 7 janvier 2026.
  4. Ron Bousso, « Trump offers US oil companies a poisoned chalice in Venezuela », Reuters, 6 janvier 2026.
  5. Paul Krugman, « The Emperor’s New Oil Wealth », 7 janvier 2026.