En février, la Corée du Nord a discrètement autorisé quelques groupes d’étrangers à venir visiter le pays. Il s’agissait de la première fois depuis la pandémie de coronavirus — qui aurait largement circulé dans le pays, contrairement à ce qu’affirme Pyongyang 1 — que des touristes internationaux étaient autorisés à traverser la frontière avec la Chine pour se rendre jusqu’à la ville de Rasŏn, qui héberge une zone économique spéciale créée en 1992.

  • Les groupes de touristes, dont certains ont été autorisés à filmer et diffuser les images de leurs voyages, étaient accompagnés de guides et soumis à un contrôle strict.
  • Parmi les activités proposées, les visiteurs ont notamment été invités à assister à un spectacle scolaire d’enfants interprétant une chanson à la gloire de Kim Jong Un 2.
  • En accueillant quelques touristes russes, le régime espère contribuer à renforcer les liens unissant les deux pays, qui ont atteint un niveau sans précédent depuis 2022 en raison de l’assistance militaire massive fournie par Pyongyang à Moscou.
  • La Corée du Nord est, à ce jour, le seul pays ayant directement contribué au conflit en Ukraine en envoyant des combattants sur le front.

Sans donner de raison, Pyongyang a subitement mis fin à ces voyages organisés seulement trois semaines plus tard.

Le régime nord-coréen n’a pas pour autant abandonné l’idée de développer une industrie touristique. Si le pays affiche une économie en croissance — la Banque centrale sud-coréenne estime que le PIB a connu une hausse de 3,7 % l’an dernier, soit son niveau le plus élevé depuis 2016 —, Pyongyang manque cruellement de devises étrangères et dépend largement de ses cyberactivités malveillantes. Ces dernières génèrent environ 50 % de ses revenus en devises étrangère, selon les Nations unies.

  • Pour l’heure, la Chine soutient la quasi-totalité du secteur touristique nord-coréen. En 2019, avant la pandémie, environ 350 000 touristes chinois s’étaient rendus dans le pays, générant 175 millions de dollars de recettes 3.
  • Afin d’attirer plus de touristes étrangers Pyongyang mise sur son littoral. 
  • C’est à cet effet que Kim Jong-Un a inauguré lors d’une cérémonie grandiose le complexe balnéaire de Wonsan Kalma, le 24 juin.
  • Jusqu’à récemment utilisé pour tester des armements, Wonsan Kalma est situé dans le sud-est du pays, dans la province de Kangwŏn.
  • Plutôt que Pyongyang, c’est ce site qui a été choisi pour accueillir en juillet la venue du ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov.

Mais le développement de l’industrie touristique nord-coréenne pourrait toutefois être destiné davantage aux Nord-Coréens eux-mêmes.

  • La construction d’un complexe comportant une cinquantaine d’hôtels, avec une capacité d’environ 20 000 visiteurs, des restaurants, des centres commerciaux et des cinémas contribue à projeter l’image d’un pays autosuffisant et prospère.
  • Si le niveau de vie demeure très faible — environ 600 dollars par habitant en 2023, selon la CIA, soit 55 fois moins qu’en Corée du Sud —, le tourisme domestique y est particulièrement développé.
Sources
  1. Victor Cha, Katrin Katz et Seiyeon Ji, Behind Shuttered Borders : A view into North Korea’s COVID-19 experiences, George W. Bush Institute.
  2. Inside North Korea After 5 Years of Isolation, Mike Okay, YouTube, 28 février 2025.
  3. « Welcome to North Korea’s Benidorm », The Economist, 3 juillet 2025.