Parcours et formation d’un historien de l’anti-soviétisme

Karol Nawrocki, 42 ans, est le candidat investi par le parti national-conservateur Droit et justice (PiS) pour la course à la présidentielle polonaise. Il était quasiment inconnu jusqu’ici. 

  • Nawrocki est docteur en histoire et titulaire d’un MBA. Spécialiste du rôle de l’URSS dans l’histoire de la Pologne post-1945, il est même poursuivi par la Russie depuis février 2024 pour son soutien au retrait des monuments à la gloire de l’Armée rouge sur le territoire polonais.
  • Les travaux et le positionnement de Nawrocki dans le champ académique servent le récit national. 
  • Le candidat a dirigé le controversé musée de la Seconde Guerre mondiale de Gdańsk (2017-2021), avant de prendre la présidence de l’Institut de la mémoire nationale, qui constitue à la fois un centre de recherche sur les crimes perpétrés contre la nation polonaise – principalement nazis et soviétiques – et une institution de poursuite des criminels identifiés. 
  • Depuis 2018, l’Institut est devenu le fer de lance de la politique de réécriture mémorielle entamée par le PiS, notamment contre la nouvelle école polonaise d’histoire de la Shoah. 
  • Nawrocki le dirige depuis 2021, soit après le pic de la polémique, et il s’est plutôt concentré sur les crimes soviétiques ; il n’en reste pas moins que ses positionnements idéologiques sont favorables aux interprétations idéologiques du parti Droit et justice, qui l’a adoubé pour la présidentielle.

Le choix du PiS d’un novice en politique, tactique et revers

Nawrocki n’a pas d’expérience politique particulière, en dehors de mandats locaux. Il est cependant apparu comme un candidat tactique pour le PiS. 

  • Issu d’une famille de classe moyenne des plus ordinaires, non membre du clivant parti national-conservateur, il ne traîne pas derrière lui les frasques, crimes et délits de nombreux ministres du PiS. 
  • Sa carrière au service du récit national peut intéresser une large partie de la population polonaise soucieuse de son Histoire tragique et de son honneur national.

Au début de la campagne, Nawrocki a pâti de son profil de novice : il manquait d’expérience politique, évitait les questions des journalistes, parlait peu. 

  • Fin 2024, il plafonnait à environ 20-22 % des voix, contre près de 40 % pour son rival libéral Trzaskowski. Progressivement, Nawrocki s’est déplacé dans tout le territoire polonais, accroissant sa notoriété, tandis que le PiS activait sa redoutable machine électorale. 
  • Il a atteint 29,5 % des voix au premier tour, resserrant largement l’écart avec Trzaskowski (31,4 %). Les Polonais vivent avec le souvenir de la campagne présidentielle de 2015, où le candidat du PiS était l’actuel président Andrzej Duda : également méconnu en début de campagne, à la traîne dans ls sondages, il avait fini par gagner. 
  • Vendredi, 30 mai, à la date de la clôture de la campagne, l’agrégateur de sondages eWybory.eu donnait Nawrocki gagnant avec 50,1 % des voix

Le choix d’un novice en politique a cependant progressivement fait émerger plusieurs polémiques autour du candidat.

  • D’une part, Nawrocki est passionné de boxe, et des documents ont révélé sa proximité avec un gang de boxeurs et de videurs de boîtes de nuit néo-nazis ou hooligans. Il aurait favorisé certains d’entre eux dans le cadre de ses attributions institutionnelles.
  • D’autre part, il aurait acquis un appartement de façon relativement frauduleuse auprès d’une personne âgée dans le besoin à Gdańsk. La polémique a éclaté en fin de campagne et Nawrocki a fini par indiquer qu’il donnerait l’appartement à une fondation, sans toutefois répondre aux questions ni faire retomber le scandale.

Le porte-parole de la Pologne conservatrice

La naissance de la figure politique Nawrocki à l’aune de la campagne présidentielle lui a surtout permis d’exprimer ses convictions. Au contraire de son rival progressiste Trzaskowski, Nawrocki affiche un positionnement conservateur en matière sociale. Il est résolument opposé à la libéralisation de l’avortement, parlant de « promesse eugéniste », ajoutant qu’il est « chrétien et catholique » 1. Il s’oppose également aux unions civiles entre personnes de même sexe ou au remboursement sans ordonnance de la pilule du lendemain. Le PiS accumule les images de propagande électorale où Trzaskowski est associé à des drapeaux LGBT+ tandis que Nawrocki s’appuie sur le drapeau blanc-rouge.

Nawrocki adopte aussi un positionnement ambivalent sur la guerre russo-ukrainienne. Historien de l’anti-soviétisme polonais, il a qualifié la Russie d’« État barbare » mais, en parallèle, n’a pas hésité à briser le relatif accord bipartisan en Pologne sur le soutien à l’Ukraine. 

  • Il a en effet affirmé que l’entrée de l’Ukraine dans l’Union et l’OTAN à échéance prochaine était impossible à ses yeux, en raison des nombreux différends historiques avec la Pologne, notamment la question des massacres de Volhynie 2.

Sur le plan européen, Nawrocki n’est pas eurosceptique. 

  • Pour autant, il condamne le Pacte vert européen, la centralisation des pouvoirs à Bruxelles, le poids du couple franco-allemand – et surtout de l’ennemi héréditaire allemand, à qui il demande des réparations de guerre – et s’affiche aux côtés des Conservateurs et réformistes européens. 
  • Il a été adoubé fin mars par la formation européenne présidée par l’ancien Premier ministre Mateusz Morawiecki (PiS), et a depuis rencontré à de nombreuses reprises Giorgia Meloni. Il a aussi convié le Roumain George Simion à l’un de ses derniers meetings.

Hors d’Europe, l’actuel président Duda entretient une relation personnelle avec le président Donald Trump, qu’il a rencontré à plusieurs reprises, la dernière en date étant la CPAC en avril dernier. Nawrocki ne pouvait se targuer de tels liens, jusqu’à ce qu’il entreprenne de se rendre à Washington en mai dernier et rencontre lui aussi Trump. Lui-même qui milite sous le slogan « La Pologne d’abord », a indiqué se reconnaître dans les valeurs MAGA. Lors de sa visite à Washington, il a affirmé s’être fait dire par le président américain : « Vous allez gagner ».

Sources
  1. Karol Nawrocki złożył deklarację ws. Ukrainy w NATO. Wspomniał o « rozliczeniach », PolsatNews.pl.
  2.  Il s’agit de l’assassinat de près de 100 000 Polonais par l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), de 1942 à 1944, que la Pologne qualifie de génocide. Depuis la guerre en 2022, la reconnaissance de ces massacres par l’Ukraine a progressé ; à la mi-janvier 2025, Zelensky a officiellement annoncé qu’il commencerait l’exhumation des victimes à partir du printemps, répondant à une attente de familles polonaises qui dure depuis maintenant 80 ans.