Samedi 11, une délégation américaine menée par le vice-président J.D. Vance devrait entamer des négociations avec des représentants iraniens au Pakistan. 

Malgré ce que l’administration déclare être une condition au cessez-le-feu, la navigation dans le détroit d’Ormuz reste quasiment à l’arrêt. 

  • Téhéran revendique désormais un « droit » à exercer un contrôle sur le détroit, et Donald Trump semble ouvert à cette possibilité, malgré la forte opposition de ses alliés dans la région. Hier, mercredi 8, il a suggéré vouloir créer une « coentreprise américano-iranienne » qui serait chargée de percevoir des taxes de passage 1.
  • De plus, lundi 6, le président américain avait laissé entendre que les États-Unis pourraient imposer leurs propres droits de passage aux navires souhaitant emprunter le détroit — ce qui est explicitement interdit par l’Article 44 de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer.
  • Une telle action constituerait également une rupture avec la tradition jeffersonienne, qui vise à garantir et promouvoir la liberté de circulation en mer, illustrée notamment durant la guerre de Tripoli de 1801-1805.

La perspective d’un accord américano-iranien à Ormuz s’inscrit dans la politique néo-royaliste de l’administration Trump.

  • Selon les théoriciens des relations internationales Stacie Goddard et Abraham Newman, celle-ci se traduit par « la révocation systématique des deux piliers fondamentaux sur lesquels repose l’ordre international libéral : la reconnaissance mutuelle de la souveraineté externe des États et la primauté du droit comme fondement de la légitimité politique et comme limite à l’exercice du pouvoir ».
  • Trump a explicitement récusé la contrainte juridique comme limite légitime de l’action politique depuis son retour au pouvoir en 2025, affirmant, par exemple, que « celui qui sauve son pays ne viole aucune loi ».
  • En ce sens, il se place aux côtés d’autres dirigeants autoritaires, comme Narendra Modi, Viktor Orbán ou Vladimir Poutine, qui poursuivent un objectif commun : renverser l’ancien ordre international et légitimer le leur par l’alliance de régimes personnalisés.

Après l’annonce du cessez-le-feu, Donald Trump a déclaré sur son réseau Truth Social que les États-Unis allaient « contribuer à fluidifier le trafic dans le détroit d’Ormuz », et par là générer « des sommes d’argent considérables ». Outre l’hypothèse d’un droit de péage américano-iranien, Trump a également suggéré lundi 6 vouloir « s’emparer » du pétrole iranien.

Il déclarait : « il est là [le pétrole de l’Iran], à portée de main. Ils ne peuvent absolument rien y faire […] Malheureusement, le peuple américain aimerait nous voir rentrer chez nous. Si cela ne tenait qu’à moi, je prendrais le pétrole, je garderais le pétrole. Je gagnerais beaucoup d’argent » 2.

  • L’obstination de Trump pour les ressources énergétiques — et, surtout, le pétrole —, est antérieure à son arrivée à la Maison-Blanche.
  • Dans son livre Time to get Tough, une diatribe anti-Obama publiée en 2011, il plaidait déjà pour la mise en place d’un système de partage des bénéfices pétroliers qui imposerait à l’Irak de rembourser aux États-Unis les dépenses engagées pour envahir et occuper le pays.
  • Il a déploré à plusieurs reprises au cours des années 2000 et 2010 que les États-Unis n’aient pas « saisi » le pétrole irakien pour rembourser les coûts générés par la guerre, décrivant une « erreur stratégique ».

Trump a déjà appliqué sa maxime « Le butin revient au vainqueur », répétée lundi 6 devant des journalistes, au Venezuela, dont le secteur pétrolier est toujours sous contrôle américain. Durant près de deux mois, entre la capture de Maduro début janvier et la fin du mois de février, les recettes issues des ventes de pétrole vénézuélien par Washington ont transité par un fonds au Qatar, pays perçu par l’administration comme « un lieu neutre où l’argent peut circuler librement et sans risque de saisie ».

  • La création d’un fonds pétrolier situé hors du territoire américain soulève de nombreuses questions de transparence quant aux mouvements de plusieurs centaines de millions de dollars de recettes.
  • En plaçant ces fonds, dont une partie est par la suite transférée au nouveau gouvernement vénézuélien, à l’étranger, l’administration Trump échappe également à divers contrôles anti-corruption et anti-blanchiment d’argent.

Si Téhéran n’a pas commenté la proposition de coentreprise avancée par Trump, le régime a néanmoins commencé depuis la mi-mars à collecter une partie des paiements perçus par les armateurs pour le passage du détroit d’Ormuz par leurs navires en cryptomonnaies. La législation approuvée par le Parlement iranien fin mars prévoit ainsi des paiements en rials et autorise les « monnaies numériques développées avec la participation d’entreprises iraniennes » — ce qui pourrait conduire à l’émergence de stablecoins dédiés 3.

  • Selon Reuters, un système formalisé de péage dans le détroit d’Ormuz pourrait générer jusqu’à 120 milliards de dollars par an 4.
  • Selon le porte-parole de l’Union des exportateurs de pétrole, de gaz et de produits pétrochimiques d’Iran, Hamid Hosseini, le tarif du péage s’élevait à 1 dollar par baril de pétrole (soit environ 0,9 % du prix du baril de Brent, au cours actuel).
  • Une autre source anonyme suggère que les pays jugés les plus « amis » de Téhéran, classés sur une échelle de 1 à 5, bénéficieraient de tarifs réduits 5.
Sources
  1. Ryan Mancini, « Trump says he’s considering ‘joint venture’ with Iran for Strait of Hormuz tolls », The Hill, 8 avril 2026.
  2. Josh Wingrove et Jennifer A Dlouhy, « Trump Floats Seizing Iran Oil as He Weighs Chinese Leverage Play », Bloomberg, 7 avril 2026.
  3. Iranian Crypto Tolls in Strait of Hormuz, TRM, 8 avril 2026.
  4. Hugo Dixon, « Trump may have given Iran a $500 bln money spinner », Reuters, 2 avril 2026.
  5. Richard Meade, « Shipping seeks clarity over Tehran toll booth requirements for Hormuz safe passage », Lloyd’s List, 8 avril 2026.