Ingérence et messianisme : le discours intégral de J. D. Vance en Hongrie
« Mes amis, allez voter ce week-end. Et tenez-vous aux côtés de Viktor Orbán. »
En descendant à Budapest, J. D. Vance s’est présenté comme un libérateur.
S’il pousse un cran plus loin l’ingérence américaine en Hongrie, il teste surtout la résistance européenne un an avant les élections françaises.
- Auteur
- Shahin Vallée •
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Cette seconde visite du vice-président américain en Hongrie, près d’un an après son discours remarqué à la Conférence sur la Sécurité de Munich dans lequel il avait pris fait et cause pour l’AfD, s’inscrit dans la même dynamique d’alliance politique entre le gouvernement américain et l’extrême droite européenne.
Ce qu’il dessine est la constitution d’un front occidentaliste qui se veut mondial et dont Viktor Orbán serait le fer de lance en Europe.
Sur la forme, l’investissement politique colossal que toute l’administration américaine déploie derrière le Fidesz en Hongrie peut surprendre — d’autant plus dans un moment géopolitique où l’on pourrait croire que la priorité et l’urgence sont à Ormuz et dans le Golfe.
Sur le fond, ce qui émerge de ce discours décousu est une nouvelle définition de l’occidentalisme qui puise un détournement de références qui vont de la figure du Christ aux Tables de la Loi de Moïse en passant par l’Empire romain. Si ce répertoire est assez éculé chez Vance, la référence à Moïse est nouvelle. Il est difficile de dire à ce stade si elle reflète simplement le messianisme évangéliste ou une politique expansionniste — comme dans l’usage qui en est fait par l’extrême-droite israélienne.
Quoi qu’il en soit, il est remarquable d’observer une telle ingérence dans la politique intérieure d’un État européen tout en dénonçant la supposée ingérence bruxelloise dans les affaires nationales hongroises.
Avec cette intervention se confirme une volonté décomplexée d’intervenir dans les affaires politiques européennes.
Ce qui se profile demain est une convergence idéologique entre ingérences américaines et russes dans les élections nationales du continent. Il est impératif que l’Europe — et notamment la France avant l’échéance de 2027 — s’y prépare.
Merci ! Avant de commencer, j’avais en fait un invité spécial qui m’a demandé de lui passer un coup de fil — on va voir. Espérons qu’il réponde. Ça risque d’être très embarrassant.
Je suis désolé. La personne que vous essayez de joindre ne peut pas recevoir de messages.
Bon. Essayons encore une fois.
J’ai un bon réseau ici.
Ça sonne. C’est un progrès.
Allô, Monsieur le Président, comment allez-vous ?
Donald TrumpBonjour J. D. Est-ce que tu peux me donner juste une seconde—
J. D. VanceEh bien, Monsieur le Président, vous êtes en ligne avec environ 5 000 patriotes hongrois, et je crois qu’ils vous aiment encore plus qu’ils n’aiment Viktor Orbán.
Donald TrumpJe n’arrive pas à le croire. Je n’arrive pas à le croire, parce que j’aime la Hongrie et j’aime Viktor. Je vais vous dire, c’est un homme formidable. Nous avons eu une relation extraordinaire et il fait un travail remarquable. Souvenez-vous de ceci : il n’a pas laissé des gens prendre d’assaut votre pays et l’envahir comme d’autres l’ont fait, ruinant leur propre pays. Franchement, il a préservé votre pays. Il a maintenu les Hongrois dans leur pays et il a fait un travail fantastique. Et laissez-moi vous dire, je l’apprécie beaucoup — mais si je ne pensais pas qu’il faisait du bon travail, je ne passerais pas un appel comme celui-ci. Mais cela semble être une grande foule — et cela ressemble à mon genre de public.
En amont des élections hongroises qui se tiennent le 12 avril prochain, le président des États-Unis avait déjà assuré Viktor Orbán de son soutien total et sans faille. L’envoi à Budapest pendant deux jours du vice-président témoigne de l’inquiétude croissante de Washington sur l’issue du scrutin. Incidemment, elle permet aussi à J. D. Vance de ne pas être dans la capitale américaine et occupé par un autre sujet dans un moment crucial de la guerre en Iran.
Quelle foule ! J. D. a dû faire un très bon discours pour obtenir une telle réaction, j’imagine. Comment s’en est sorti J. D. ? Est-ce qu’il a fait un bon discours, tout le monde ?
J. D. VanceC’est encore le début, Monsieur.
La mise en scène maladroite — Vance tombant sur la messagerie ; Trump croyant qu’il est appelé à la fin du discours — participe d’un jeu constant d’humiliations au sein de la Maison-Blanche pour plaire au souverain. Même depuis Budapest, le vice-président s’y prête en mettant Trump sur haut parleur.
Donald TrumpC’est le début, d’accord. Eh bien, je veux simplement vous dire que je suis un grand admirateur de Viktor. Je suis avec lui à cent pour cent. Les États-Unis sont avec lui à cent pour cent. Et c’est un véritable honneur de vous parler. Vous êtes un peuple extraordinaire, avec beaucoup d’enthousiasme et d’intelligence — parce que vous êtes un peuple brillant — et j’aime vraiment cela. Vous avez un dirigeant qui a gardé votre pays fort, qui a maintenu votre pays en bon état, et vous n’avez pas tous les problèmes que tant d’autres pays connaissent parce qu’ils ont laissé leur territoire être envahi. Vous n’avez pas ce problème grâce à Viktor Orbán. C’est la seule raison pour laquelle vous ne l’avez pas. Il a subi beaucoup de pressions pour faire le contraire, et ces autres pays ont commis de graves erreurs.
Je vous souhaite donc beaucoup de chance — et je vous aime tous.
J. D. VanceMerci, Monsieur le Président.
Ce n’est pas facile de passer après cela, mais je vais faire de mon mieux — parce que nous devons faire réélire Viktor Orbán comme Premier ministre de la Hongrie, n’est-ce pas ?
C’est en réalité mon deuxième voyage à Budapest, mais le premier en tant que responsable public. À l’époque, j’étais plus jeune et moins grisonnant, et mon épouse — notre magnifique seconde dame — était enceinte de notre deuxième enfant. Aujourd’hui, nous sommes de retour à Budapest. Je suis vice-président, et elle est enceinte de notre quatrième.
Lors de notre rencontre officielle avec le Premier ministre, je lui ai demandé aujourd’hui si nous pouvions bénéficier de certaines de ces généreuses aides familiales. Il m’a répondu : « Malheureusement, Monsieur le Vice-Président, elles sont réservées aux Hongrois. »
D’entrée de jeu, Vance fait de l’humour sur une thématique clef de la Hongrie conservatrice du Fidesz : les politiques familiales.
Notre voyage a déjà été très dense, mais je me surprends à penser la même chose aujourd’hui que lors de notre courte visite ici, en tant que simples citoyens, il y a quelques années.
Budapest est un lieu magnifique. Elle a été construite par des hommes — vos ancêtres — qui ont utilisé son architecture et son paysage pour élever l’esprit humain.
Et c’est un honneur d’y revenir à un moment où les relations entre l’Amérique et la Hongrie atteignent de nouveaux sommets — une période passionnante de rapprochement, qu’il s’agisse de sécurité énergétique, de coopération économique et commerciale ou de liens culturels renforcés.
Les élites conservatrices américaines qui ont tenté de donner corps à la doctrine trumpiste entre les deux mandats ne se cachent pas d’avoir trouvé dans Orbán un modèle et dans la Hongrie une interlocutrice privilégiée. Depuis plusieurs années, à travers diverses institutions et think tanks, une circulation inédite a fait de la Hongrie une porte d’entrée pour un certain nombre de représentants de la droite MAGA : proche de J. D. Vance, l’auteur de « l’option bénédictine » Rod Dreher est installé à Budapest, de même que le postlibéral Gladden Pappin, qui sert aujourd’hui de liaison entre la capitale américaine et la Hongrie orbanienne.
Alors je veux vous dire, mes amis : merci. Merci de m’accueillir. Et merci d’être un grand peuple ami des États-Unis d’Amérique.
Ce soir, je souhaite m’adresser à chaque homme et chaque femme en Hongrie — jeunes et moins jeunes, citoyens de toutes les régions, de tous les âges et de tous les horizons. Je veux parler aux mères et aux pères de Hongrie, aux grands-parents qui se souviennent des jours sombres du communisme et des premières lumières de la liberté, aux familles laborieuses qui s’efforcent d’offrir à leurs enfants une vie heureuse et saine, aux jeunes hommes et aux jeunes femmes qui cherchent à fonder une famille et une carrière, et à tous ceux qui sont ici ce soir — en particulier les jeunes Hongrois brillants et patriotes qui se soucient profondément de cette nation forte et de son avenir.
Je suis ici pour une raison simple : j’admire ce pour quoi vous vous battez.
Vous vous battez pour votre liberté. Vous vous battez pour votre souveraineté.
Et je suis ici parce que le président Trump et moi-même souhaitons votre réussite — et nous nous battons ici, à vos côtés.
Nous ne voulons rien de plus — et nous ne demandons rien de plus — que d’être vos alliés contre ceux qui cherchent à affaiblir la Hongrie.
Vous avez attiré l’attention du peuple américain — et même du monde entier — parce que la Hongrie a été en première ligne face à ces défis. En 2016, lorsque le reste de l’Europe a ouvert grand ses portes, vous avez dit non. Lorsque des activistes étrangers sont venus vous dire d’effacer votre héritage, vous avez dit non. Et lorsqu’une guerre a éclaté dans votre voisinage, vous avez fait preuve de générosité : vous avez ouvert vos quartiers, vos maisons et vos hôpitaux.
Mais vous n’avez jamais oublié les besoins de votre propre peuple.
Et pourquoi ?
Parce que la Hongrie — les Hongrois — doivent toujours passer en premier.
Pour toutes ces raisons, le président des États-Unis, le vice-président des États-Unis et le peuple américain vous admirent — et nous voulons que vous puissiez décider de votre avenir sans aucune pression extérieure, sans que personne ne vous dicte ce que vous devez faire.
Je ne suis pas ici pour vous dire pour qui voter.
Mais je vous dis une chose : les bureaucrates de Bruxelles ne doivent pas être écoutés.
Vance reprend ici le procédé d’inversion accusatoire qu’il a déjà utilisé quelques heures dans la conférence de presse conjointe tenue avec Orbán : Bruxelles voudrait s’immiscer dans des élections hongroises tandis que le vice-président des États-Unis ne les laisserait, lui, libre de leur choix. À la fin du discours, il se contredit pourtant en appelant explicitement l’assemblée à voter pour Viktor Orbán.
Écoutez votre cœur. Écoutez votre conscience. Écoutez la souveraineté du peuple hongrois.
Contrairement à certains dirigeants à Bruxelles, je ne suis pas ici pour vous menacer ou vous dire que nous allons vous priver de fonds auxquels vous avez légalement droit. Vous prendrez vous-mêmes la décision sur l’avenir de la Hongrie, tout comme mes compatriotes américains prendront eux-mêmes la décision sur l’avenir des États-Unis.
Je ne viens donc pas vous dire quoi faire. Je viens en ami — pour partager quelques observations sur notre civilisation commune et sur la manière dont nous pouvons la faire avancer ensemble.
Vous avez fait avancer cette civilisation avec audace ces dernières années — et vous l’avez fait avec Viktor Orbán à la tête d’une nation hongroise fière.
Mais nous le savons : l’audace attire les critiques.
Et c’est de cela que je veux parler maintenant.
Une menace commune venue de l’intérieur, à laquelle nos deux nations sont confrontées. Je parle bien sûr d’une idéologie d’extrême gauche qui s’est installée dans les universités, dans les médias, dans l’industrie du divertissement — et de plus en plus parmi les bureaucrates des deux côtés de l’Atlantique.
Ses partisans ne voient pas la société occidentale comme imparfaite mais digne d’être réformée.
Ils considèrent ses fondements mêmes comme illégitimes.
Dans l’histoire occidentale, ils ne voient pas une tradition dont on peut être fier — ils n’y voient que de l’injustice. Dans nos frontières, ils voient de l’exclusion et du racisme. Dans le christianisme, ils ne voient pas une libération, mais une oppression. Et dans la famille, ils ne voient qu’une contrainte.
Leurs membres les plus radicaux déboulonnent les monuments de nos héros nationaux, jettent de faux seaux de sang sur des œuvres d’art et des musées, mettent en scène des assassinats de forces de l’ordre, incendient des églises, et proclament qu’ils n’auront pas d’enfants de peur d’augmenter leur empreinte carbone.
Mais nous, mes amis, nous voyons autre chose.
Nous défendons nos frontières parce que nous savons que ce sont les plus vulnérables parmi nous qui souffrent lorsque nos rues sombrent dans le chaos et la violence.
Certains d’entre eux se disent féministes, prétendant défendre les femmes. Pourtant, ce sont leurs politiques qui ont entraîné une explosion de la criminalité migrante et des agressions sexuelles contre les femmes mêmes qu’ils prétendent protéger.
Nous croyons en la sécurité énergétique parce que nous ne voulons pas que les plus modestes soient incapables de chauffer leur maison ou de se rendre au travail.
Ils disent se soucier de la corruption — ils affirment la prendre très au sérieux — mais ils ferment les yeux sur la corruption de Bruxelles, où des bureaucrates deviennent millionnaires en menaçant et en contrôlant la souveraineté des peuples à travers ce magnifique continent.
Vous le savez tous.
On parle beaucoup de notre administration. La presse européenne demande sans cesse : Trump et Vance ont-ils quelque chose contre l’Europe ?
Soyons clairs : nous aimons l’Europe.
J. D. Vance a plusieurs fois exprimé publiquement sa détestation de l’Europe. En privé, le Secrétaire à la Guerre Pete Hegseth écrivait à Vance — dans des échanges de messages partagés par inadvertance à un journaliste de The Atlantic : « Je partage entièrement votre aversion pour le parasitage européen ».
Nous l’aimons. Comment ne pas l’aimer ?
Les États-Unis d’Amérique sont nés de ce continent. Nous aimons ses peuples, sa culture, son architecture magnifique, et son histoire exceptionnelle.
Mais parce que nous aimons cette culture et ces peuples, nous rejetons les bureaucrates sans visage qui feraient exploser vos coûts énergétiques et ouvriraient votre pays à des millions d’étrangers non contrôlés au nom du progrès.
Et en Hongrie, je vois un véritable progrès — sous le leadership d’un homme nommé Viktor Orbán.
Je vois un partenaire commercial qui attire des investissements records en provenance des États-Unis. Nous avons investi en Hongrie plus que jamais dans notre histoire. Je vois des rues propres où des personnes de différentes confessions et des touristes de toutes nationalités peuvent se promener en sécurité, boire un verre, profiter d’un moment paisible. Je vois un gouvernement qui investit dans son propre peuple, qui soutient les familles, crée des emplois de qualité et construit un système éducatif qui enseigne l’amour du pays plutôt que la haine de la civilisation.
Et surtout, mes amis — parce que je suis le vice-président des États-Unis — je vois ce que les bureaucrates cachent à beaucoup d’entre vous.
Les coûts de l’énergie sont plus élevés dans presque tous les pays d’Europe qu’ils ne le sont en Hongrie.
Parce que Viktor Orbán s’est battu pour la sécurité énergétique, alors que la plupart des dirigeants européens ne l’ont pas fait.
Ici, J. D. Vance confond sciemment la « sécurité énergétique » européenne avec la dépendance à la Russie, qu’Orbán a tout fait pour entretenir depuis le début de la guerre en Ukraine.
Je vois la manière dont ces mêmes dirigeants méprisent les gens ordinaires, attachés à Dieu, de Hongrie. Je vois comment ils traitent les peuples hongrois et américain d’arriérés parce qu’ils veulent des factures d’électricité abordables. Je vois la manière dont ils regardent de haut les artisans de paix comme Viktor — un homme qui a fait plus que tout autre dirigeant européen pour tenter d’aboutir à une résolution de la guerre entre la Russie et l’Ukraine.
Je vois la manière dont ils se moquent des peuples européens et américains qui veulent la sécurité de l’emploi et le contrôle des migrations.
Et surtout, je vois que ceux qui détestent le plus l’Europe — ses frontières, son indépendance énergétique, son héritage chrétien — détestent un homme plus que tous les autres.
Cet homme s’appelle Viktor Orbán.
Et s’ils le détestent, c’est qu’il est de votre côté.
À ceux-là, je veux dire ceci : si vous détestez Viktor, c’est parce qu’il défend le peuple hongrois.
Et je suis ici aujourd’hui parce que le président Trump et moi-même sommes aux côtés de l’Europe. Nous sommes pour la souveraineté. Nous sommes pour la Hongrie.
Et nous nous tenons aux côtés de l’homme qui a fait plus que quiconque pour défendre ces valeurs : Viktor Orbán.
Les dirigeants de ce pays, peut-être plus que partout ailleurs en Europe, comprennent que la civilisation occidentale — tant méprisée par la gauche — n’est pas quelque chose de simple.
On ne peut pas rester passifs en espérant que tout ira bien.
Notre civilisation, il faut y travailler. Il faut la renouveler. Il faut la défendre.
Les personnes présentes dans cette salle comprennent que la souveraineté et l’identité nationale ne sont pas des problèmes.
Elles font partie de la solution.
Et lorsqu’un pays protège sa souveraineté — même un pays de dix millions d’habitants au cœur de l’Europe — cela pose des questions dérangeantes à ceux qui prétendent qu’il n’existe aucune alternative.
Incidemment, Vance suggère ici que la Hongrie serait un petit pays en raison de sa démographie.
Il existe une alternative.
Et elle est ici, en Hongrie.
Réfléchissez à cela : si la Hongrie peut sécuriser ses frontières, d’autres peuvent faire de même. Et s’ils ne le font pas, s’ils échouent à contrôler les migrations, c’est un choix.
Si la Hongrie peut faire passer ses travailleurs en premier, ses voisins peuvent en faire autant. Et s’ils ne le font pas, c’est aussi un choix.
Viktor — et l’ensemble de la direction politique — deviennent une cible pour les bureaucrates parce qu’il montre que la souveraineté réelle est possible.
Il montre qu’on peut être pro-européen, pro-américain, et pro-peuple.
Et il le montre de manière éclatante.
Et vous le savez tous : nous ne faisons pas que protéger nos propres peuples — les citoyens de nos pays respectifs.
Nous protégeons les idées qui ont permis à ces peuples de prospérer pendant des centaines, voire des milliers d’années.
Nous avons tous célébré Pâques récemment.
Depuis deux mille ans, notre civilisation est façonnée, avant tout, par l’amour sacrificiel de Jésus-Christ, fondée sur les lois de Moïse et les lois de Rome.
Et cette civilisation n’a pas produit l’oppression, mais les sociétés les plus libres, les plus tolérantes et les plus prospères de l’histoire de l’humanité.
Les droits naturels donnés par Dieu. Le devoir envers son prochain. L’obligation de protéger les faibles. La croyance dans le libre arbitre et la conscience individuelle.
Aucun ensemble d’idées n’a rapproché l’humanité de la dignité universelle comme celui-ci.
Tout découle de ces principes.
La manière dont nous prions. La manière dont nous fondons nos familles. Notre conception du droit et de la justice.
Ces vérités sont enracinées dans les Écritures.
Mais soyons honnêtes : toutes les sociétés ne les partagent pas.
Notre civilisation — même si je crois qu’elle est universellement vraie — n’a pas été universellement adoptée.
Elle n’est pas l’état naturel de l’humanité.
La grandeur de Londres, de Munich, ou d’un village au bord du lac Balaton peut sembler évidente quand on y vit.
Mais ce monde ne s’est pas créé tout seul.
Il a fallu le construire.
Chaque pierre de ce parlement, chaque pont sur le Danube, chaque loi, chaque coutume — tout est le fruit du travail de générations.
Mais ce qui a été construit en plusieurs générations peut être défait en une seule.
Cela signifie que ce que nos ancêtres ont bâti — et que nous aimons — nous devons le protéger.
Et je pense que ce public comprend profondément ce qui est en jeu.
Parce que l’histoire de la Hongrie — je l’ai vu il y a quelques années, je le vois encore aujourd’hui — est celle d’un peuple qui a, à plusieurs reprises, résisté à ceux qui voulaient effacer sa souveraineté.
Et, ce faisant, effacer ce qui fait la singularité de la Hongrie.
Plus récemment, cela a pris la forme du communisme — un mensonge qui a pris une aspiration noble, l’égalité, pour prétendre l’imposer par la force.
Ce n’est pas un hasard si, une fois au pouvoir, les communistes ont entrepris de démanteler toutes les institutions qui donnaient à cette nation son caractère.
Ils ont fermé les églises. Ils ont réécrit l’histoire. Ils ont transformé 1848 en simple prélude à une lutte marxiste.
Et ils ne l’ont pas fait d’un seul coup.
Ils l’ont fait progressivement — tranche par tranche.
Ce qu’ils appelaient eux-mêmes « la technique du salami ».
Mais, grâce à Dieu, l’esprit du roi saint Étienne a prévalu dans cette nation.
Étienne Ier est le fondateur du royaume de Hongrie et considéré comme le saint patron de la nation hongroise.
Et aujourd’hui, ce que je vous demande est très simple. Je veux que nous retrouvions ensemble cet esprit. Car une fois encore, la souveraineté est mise à l’épreuve en Hongrie. Une fois encore, des bureaucrates sans visage, dans des pays lointains, vous disent comment vivre, comment prier, comment parler et comment vous gouverner. Mais vous avez un choix.
De manière étonnante, la rhétorique de campagne de J. D. Vance s’appuie sur des éléments « dégagistes » de conquête — contre les « bureaucrates sans visage » et les « pays lointains » — alors qu’Orbán est Premier ministre du pays sans interruption depuis seize ans.
Allez-vous plier devant la tyrannie ? Ou allez-vous, fièrement, vous tenir aux côtés de saint Étienne et choisir un véritable dirigeant ce week-end ?
Nous parlons d’un dirigeant qui éprouve une véritable fierté pour ce pays, pour son histoire, sa culture et son mode de vie. Un dirigeant qui se battra pour préserver ces choses tout en construisant un avenir meilleur. Car la véritable ligne de fracture de notre époque est bien plus fondamentale que les étiquettes partisanes ou les politiques spécifiques. Elle oppose, au fond, ceux qui croient en l’avenir et ceux qui n’y croient pas.
Dans tout l’Occident, une petite minorité de radicaux ne croit pas en l’avenir — et ce sont souvent ces mêmes personnes qui souhaitent nous gouverner. C’est étrange : s’ils ne croient pas en l’avenir, pourquoi veulent-ils faire carrière en politique ?
Ils ne parlent pas de renouveau pour nos nations, mais de gestion. Ils ne cherchent pas à bâtir un grand avenir, mais à administrer le déclin de la plus grande civilisation du monde. Certains vont jusqu’à dire que l’être humain n’est rien de plus qu’une forme de pollution. Ils regardent nos cultures et nos frontières, ils regardent l’idée même de nation, et se demandent comment les faire disparaître.
Tout découle, selon moi, de cette erreur fondamentale. Ils rejettent les mères et la maternité, les pères et la paternité au nom de la libération. Ils condamnent des enfants à la mutilation et à la stérilisation au nom du genre. Et ils pratiquent une forme de meurtre institutionnel au nom de la « fin de vie ». Et si vous osez vous y opposer, ils utilisent les outils modernes des réseaux sociaux pour vous réduire au silence par la censure.
Nous, nous savons que nous avons un devoir sacré : protéger la vie, défendre la valeur du travail de notre peuple, investir dans nos travailleurs, nos familles et notre industrie, et rendre possible pour chacun une vie digne et accessible. Nous sommes engagés pour l’avenir parce que nous sommes engagés envers l’idée même de notre peuple. Nous sommes engagés envers la vie elle-même, parce qu’elle est un don de Dieu — et nous ne l’oublions jamais.
C’est pour cela que je suis ici. C’est pour cela que le président Trump m’a envoyé me tenir ici aux côtés de Viktor aujourd’hui — et j’en suis très fier — parce que je crois que nos nations sont capables de grandeur lorsque nous avançons ensemble. Notre action n’est pas un jeu à somme nulle. Elle ne peut pas l’être, car notre objectif est toujours de construire une vie meilleure pour nos peuples.
Ces bureaucrates nous proposent un faux choix. Ils nous disent que nous devons choisir entre l’isolement et l’intégration globaliste. Ils présentent leur projet comme un avenir inévitable, alors même que leurs institutions stagnent et s’effondrent. Mais nous savons qu’il existe une meilleure voie : la coopération entre nations qui partagent des valeurs et des destins communs.
C’est cela, l’histoire de la Hongrie et de l’Amérique. Et nous continuerons à nous battre pour elle.
Beaucoup d’entre vous ne le savent peut-être pas, mais c’est aussi l’histoire d’une amitié bien plus ancienne entre la Hongrie et l’Amérique. Lorsque mon propre pays a cherché son indépendance il y a 250 ans, presque jour pour jour, c’est un soldat hongrois nommé Michael Kovats qui a contribué à fonder les premières unités de cavalerie américaine, donnant finalement sa vie dans notre lutte pour l’indépendance contre l’Empire britannique.
On retrouve ici les éléments éculés de la reconstruction mythologique élaborée ces dernières années entre Budapest et Washington pour constituer un corpus de références communes — acceptables par les deux pays — au service d’une amitié américano-hongroise qui était justement célébrée le jour du discours de Vance — et prétexte « officiel » à sa venue.
Une génération plus tard, les Américains ont accueilli Louis Kossuth, le héros de 1848 et le père de la démocratie hongroise.
Kossuth a été accueilli aux États-Unis comme une véritable star — bien plus qu’un homme politique. Son arrivée, et plus largement la cause de l’indépendance hongroise, ont captivé l’imagination de notre jeune nation. Il a reçu un honneur exceptionnel : celui d’être le deuxième étranger de toute l’histoire des États-Unis — après Lafayette — à s’adresser à une session conjointe du Congrès. Et son buste se tient encore aujourd’hui au Capitole.
Lors de ce voyage — je ne l’ai appris que récemment — Kossuth s’est rendu dans mon État d’origine, l’Ohio, pour plaider la cause de l’indépendance hongroise. Devant le parlement de l’État à Columbus, il déclara : « L’esprit de notre époque est la démocratie. Tout pour le peuple et tout par le peuple. Rien sur le peuple sans le peuple. »
Puis il ajouta : « Ma nation se relèvera, appelée à la résurrection par les principes éternels de la loi de la nature et du Dieu de la nature. »
Déjà à cette époque, ce grand patriote hongrois avait compris le lien profond entre la souveraineté, l’autogouvernement et notre Créateur.
Et je suis fier de dire que, selon les livres d’histoire, la région qui lui a réservé l’accueil le plus enthousiaste durant tout son séjour en Amérique est ma ville natale, Cincinnati, dans l’Ohio.
Imaginez la scène : lorsque Kossuth arriva à Cincinnati, les voies ferrées étaient bordées de citoyens venus saluer ce grand combattant de la liberté hongroise. On estime qu’environ 100 000 personnes se sont rassemblées pour ce seul arrêt.
Et l’affection était réciproque.
Les habitants de Cincinnati, disait Kossuth, avaient « transformé une nature sauvage en une immense ville dont il existe une prédiction selon laquelle, à l’an 2000, elle serait la plus grande ville du monde ». Sans vouloir offenser Budapest, je pense qu’il avait raison.
Mais cela dit quelque chose de très réel : lorsque Kossuth regardait les États-Unis, il n’y voyait pas quelque chose de radicalement différent. Il y reconnaissait quelque chose de familier. Il voyait à l’œuvre les mêmes forces qui façonnaient la Hongrie : des hommes bâtissant leur propre monde, avec détermination, conviction et une conscience profonde de leurs origines et de leur mission.
Et, à Cincinnati, il voyait en Amérique un commencement.
« L’Ouest, l’Ouest, s’exclamait-il, c’est là que l’on voit le berceau d’une humanité nouvelle. »
C’était vrai alors. Et cela reste vrai aujourd’hui.
Mais l’Amérique, comme la Hongrie, n’a jamais été un lieu de simple repos. Elle s’est construite autour de l’idée de création et de renouveau. Et ces premiers Américains, comme les héros de votre propre nation, ont reçu un héritage qu’ils ont façonné, renforcé et transmis à leurs enfants — avec l’attente que les générations futures en feraient autant.
Lors de ce même voyage, Kossuth déclara que la Hongrie devait devenir — et c’est peut-être ma citation préférée — « la pierre angulaire de l’indépendance nationale sur le continent européen ».
C’était un prophète.
Il parlait de la Hongrie comme de la pierre angulaire de la souveraineté en Europe. Et même s’il n’a pas vécu assez longtemps pour voir cette prophétie se réaliser, je vous le dis : elle est devenue réalité aujourd’hui, en 2026.
Sous la direction de Viktor Orbán, vous avez préservé les biens essentiels qui font qu’un pays mérite d’être vécu : la souveraineté, la prospérité, l’histoire, le sentiment d’appartenance nationale, et la dimension profondément humaine — et rédemptrice — du fait de donner naissance à de nouvelles vies et de nouvelles familles.
C’est une responsabilité immense — et difficile.
Car dans une grande partie de l’Occident, un doute grandit : ces choses ont-elles encore de la valeur ? Méritent-elles encore d’être défendues ?
Mais pas ici.
Vous avez résisté aux bureaucrates. Vous avez résisté aux nihilistes.
Et maintenant, je vous pose la question : allez-vous le refaire ?
Allez-vous tenir tête aux bureaucrates de Bruxelles ? Allez-vous défendre la souveraineté et la démocratie ? Allez-vous défendre la civilisation occidentale ? Allez-vous défendre la liberté, la vérité et le Dieu de nos pères ?
Alors, mes amis, allez voter ce week-end. Et tenez-vous aux côtés de Viktor Orbán — parce qu’il se tient à vos côtés, et qu’il défend tout cela.
La fin du discours de Vance — sous les acclamations d’un public sélectionné pour l’occasion — est sans doute l’ingérence la plus explicite dans une élection étrangère de Washington hors du continent américain depuis l’élection de Donald Trump : alors qu’il avait annoncé au début du discours qu’il n’appellerait pas à voter pour quiconque, le vice-président des États-Unis se contredit en lançant un appel clair à la population hongroise.
Que Dieu bénisse la Hongrie. Et que Dieu bénisse les États-Unis d’Amérique.
Merci.