Après un mois de guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, plusieurs pays — en grande majorité à faibles revenus — ont d’ores et déjà été contraints de mettre en œuvre des mesures exceptionnelles pour faire face à des approvisionnements perturbés et des prix de l’énergie plus élevés.

  • Au Sri Lanka, le président Anura Kumara Dissanayaka a, dès le 16 mars, décrété le mercredi « jour férié » pour le secteur public afin de limiter la consommation de carburant.
  • En Égypte, depuis le samedi 28 mars, les centres commerciaux, restaurants et commerces doivent tous fermer à 21h cinq jours par semaine.
  • Au Bangladesh, les vacances liées au ramadan ont été avancées dans les universités, tandis qu’au Myanmar seulement certains véhicules sont autorisés à circuler un jour sur deux, selon leur plaque d’immatriculation.

Les pays asiatiques et africains sont particulièrement exposés à la fermeture du détroit d’Ormuz en raison de leur dépendance vis-à-vis du Golfe, et sont confrontés à des chocs cumulés car la hausse des coûts des intrants — énergie, engrais, aluminium… — devrait nuire à la production agricole, la production industrielle et au pouvoir d’achat des ménages.

  • Pour l’agriculture, la perturbation provoquée par la guerre intervient à un moment particulièrement critique car elle tombe en plein cœur de la saison des semis de printemps.
  • Selon le Programme alimentaire mondial, près de 45 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer en situation d’insécurité alimentaire aiguë si le conflit ne prend pas fin d’ici le milieu de l’année 1.

La guerre impacte également directement les millions de travailleurs immigrés, qui viennent en grande partie du sous-continent indien, d’Asie du Sud-Est et d’Afrique.

  • Près de 35 millions de travailleurs étrangers vivent dans les 6 pays du Conseil de coopération du Golfe — Arabie saoudite, Oman, Koweït, Bahreïn, Émirats arabes unis et Qatar. 
  • Aux Émirats, 80 % de la population est constituée d’étrangers : celle-ci travaille notamment dans la construction, le secteur énergétique ou les services.

Les données de la Banque mondiale indiquent que, pour certains pays du Sud, le montant des fonds transférés par ces travailleurs depuis le Golfe — qui proviennent de leurs salaires — représente une part importante du PIB : jusqu’à 8 % pour le Népal, et plus de 7 % pour le Liban et la Jordanie.

  • La riposte iranienne, et notamment les frappes contre le secteur énergétique, qui emploie plusieurs millions de personnes à travers le Golfe, pourrait conduire à une diminution significative des transferts de fonds.
  • Celle-ci pourrait réduire les revenus des ménages dans les pays d’origine de ces travailleurs et aggraver les effets de la hausse des prix des denrées alimentaires et de l’énergie, selon la FAO 2.

Le choc sur les prix intervient alors que les monnaies de plusieurs pays du Sud, mises sous pression par la hausse du coût des importations, ont perdu de la valeur face au dollar au cours des derniers mois : la roupie indienne a reculé de 11 % en un an, la livre égyptienne de 8 %, et le đồng vietnamien de 3 %. L’affaiblissement de ces monnaies renchérit le coût des importations d’énergie libellées en dollars, ce qui amplifie les pressions inflationnistes sur les ménages les plus vulnérables.

Sources
  1. WFP projects food insecurity could reach record levels as a result of Middle East escalation, World Food Programme, 17 mars 2026.
  2. GLOBAL AGRIFOOD IMPLICATIONS OF THE 2026 CONFLICT IN THE MIDDLE EAST, Food and Agriculture Organization of the United Nations, 15 mars 2026.