Ali Larijani, tué le 17 mars dans une frappe israélienne, est né le 3 juin 1958 à Najaf, en Irak. Il appartenait à une famille religieuse influente basée à Amol dans la province de Mazandaran, dans le nord du pays. Il poursuit des études en mathématiques et en philosophie et obtient un doctorat en philosophie à l’Université de Téhéran — avec une thèse sur Kant. Comme l’ayatollah Ali Khamenei, il était diplômé du séminaire de Qom.

Au cours de sa carrière, il a occupé plusieurs fonctions clefs au sein de la République islamique d’Iran. 

  • Ancien commandant des Gardiens de la révolution, il a été vice-ministre du Travail et des Affaires sociales et, plus tard, des Technologies de l’information et de la communication, avant d’être nommé président de l’Organisation de la radiodiffusion de la République islamique d’Iran (IRIB) de 1994 à 2004.
  • Il a ensuite été nommé secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale en 2004, poste qu’il a occupé jusqu’en 2007 et qui l’a amené à travailler dans la garde rapprochée du Guide suprême. C’est à ce titre qu’il a également participé à la toute première phase des négociations nucléaires avec les Européens. 

Ali Larijani a également été président du Parlement, l’Assemblée consultative islamique (Majlis) de 2008 à 2020. Durant cette période, il a joué un rôle notable dans les débats législatifs et les questions de politique nationale. Il est souvent associé au courant conservateur, bien qu’il ait parfois adopté des positions considérées comme pragmatiques.

En 2021, il a tenté de se présenter à l’élection présidentielle iranienne, mais sa candidature a été disqualifiée par le Conseil des gardiens, une décision qui a surpris plusieurs observateurs du régime et qui semblait contradictoire avec sa longue carrière au sommet de l’État iranien depuis 1979.

  • Si le Conseil des gardiens n’a donné aucune justification à cette décision, on a pu considérer qu’il avait été rejeté car sa fille vit aux États-Unis, ou parce qu’Ali Khamenei ne voulait pas qu’une personne proche d’Hassan Rouhani devienne président de la République.
  • En 2024, lors des élections qui ont suivi la mort d’Ebrahim Raïssi, il avait également déposé une candidature préliminaire. Celle-ci avait aussi été rejetée par le Conseil.

Depuis la mort d’Ali Khamenei le 28 février, dès le premier jour de la guerre, Larijani est apparu comme l’homme fort de la République islamique, chargé de superviser la sécurité du territoire. Malgré la nomination de Mojtaba Khamenei au poste de Guide suprême, son absence de toute apparition publique avait contrasté avec la présence médiatique d’Ali Larijani, qui semblait être le véritable leader de l’Iran.

Cette nouvelle centralité s’explique par son appartenance à une famille de très grands notables de la République islamique, qui lui assurait un réseau personnel de premier plan. 

  • Son frère Sadeq Larijani a été le chef du système judiciaire iranien de 2009 à 2018, avant de devenir président du Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime, qui arbitre les litiges législatifs.
  • Son frère Mohammad-Javad Larijani a été conseiller d’Ali Khamenei et président du Conseil des droits de l’homme de l’Iran.
  • Son frère Fazel Larijani a été vice-président des Universités Azad d’Iran, un des deux principaux réseaux d’universités dans le pays.
  • Son frère Bagher Larijani dirige l’Institut de recherche en endocrinologie et métabolisme de l’Université de Téhéran.
  • Il était également le mari de Farida Motahhari, fille de Morteza Motahhari, l’un des principaux idéologues de la République islamique, et à ce titre beau-frère d’une importante figure politique des réformateurs, Ali Motahari.

Quel était son positionnement ?

Ali Larijani était généralement rattaché au camp des conservateurs institutionnels, proches du courant principaliste mais réputés plus pragmatiques sur les questions diplomatiques et économiques.

  • Il était considéré comme proche des principes de la République islamique d’Iran et attaché au rôle central du Guide suprême ainsi qu’aux fondements idéologiques du régime issus de la révolution de 1979.
  • Au fil de sa carrière, il a aussi été décrit comme un conservateur pragmatique. 
  • Lorsqu’il était président du Parlement (Majlis), il a parfois adopté des positions plus modérées que celles des conservateurs les plus stricts, notamment sur des questions diplomatiques et économiques.

Si, comme toutes les personnalités politiques iraniennes, il avait soutenu le système politique de la République islamique, le principe du velayat-e faqih (gouvernement du juriste-théologien) et l’importance des institutions religieuses dans la gouvernance, il a été perçu comme favorable à une gestion plus pragmatique des relations internationales — notamment lors des négociations sur le programme nucléaire.

« Nous brûlerons leur cœur » : appel à l’unité iranienne et rhétorique guerrière 

Depuis les attaques d’Israël et des États-Unis contre l’Iran, le 28 février, les prises de position d’Ali Larijani se sont limitées à des appels à l’unité du pays et à des représailles contre les deux pays.

  • Il avait ainsi déclaré le 28 février : « Nous déplorons les actions des criminels sionistes et américains sans scrupules. Les braves soldats et la grande nation iranienne donneront une leçon inoubliable aux oppresseurs vicieux du monde entier ».
  • Le 29 février, en partageant une photo d’Ali Khamenei, il écrivait : « Les Américains et les sionistes ont brûlé le cœur de la nation iranienne. Nous brûlerons leur cœur… »
  • La veille de sa mort, il avait appelé les pays musulmans de la région à « la résistance contre les États-Unis et Israël », en réactivant la rhétorique de « l’axe de la Résistance ». 

Bibliographie et travail académique

Ali Larijani a publié plusieurs ouvrages académiques consacrés principalement à la philosophie de Kant.

  • Parmi eux figurent The Mathematical Method in Kant’s Philosophy, Metaphysics and the Exact Sciences in Kant’s Philosophy et Intuition and the Synthetic A Priori Judgments in Kant’s Philosophy
  • Ces travaux, mentionnés dans des notices bibliographiques universitaires, analysent la structure logique de la pensée kantienne, le rôle des jugements synthétiques a priori et le rapport entre métaphysique et sciences exactes. Ils rappellent qu’il a effectué une thèse en philosophie à l’Université de Téhéran.

En 2005, Larijani a publié un ouvrage intitulé Fresh Air, présenté comme un recueil d’essais et de réflexions.

  • Sans être un programme politique, ils reflètent sa vision du rôle de la pensée religieuse et rationnelle dans la gouvernance de l’Iran : défense du système politique iranien, insistance sur l’indépendance stratégique et critique des pressions étrangères sont les thèmes récurrents dans ses prises de parole publiques.

Positionnement vis-à-vis d’Israël et des États-Unis

Dans ses fonctions officielles, Larijani a exprimé des positions alignées sur la ligne générale de la République islamique d’Iran concernant les États-Unis et Israël.

  • Il a régulièrement critiqué la politique de Washington au Moyen-Orient, en particulier les sanctions et la pression exercée sur le programme nucléaire.
  • Lorsqu’il était secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale (2005-2007), il était considéré comme pragmatique, notamment en comparaison avec Saïd Jalali, qui lui a succédé au poste de négociateur à partir de 2007.

Comme tout responsable politique iranien, il ne reconnaissait pas l’État d’Israël.

  • Dans plusieurs interventions publiques relayées par les médias iraniens et internationaux, il a critiqué les politiques israéliennes à l’égard des Palestiniens et dénoncé le rôle d’Israël dans la région. 
  • Comme d’autres responsables iraniens, il a décrit Israël comme le principal responsable de l’instabilité au Moyen-Orient.

De manière générale, son positionnement s’inscrit dans le cadre idéologique et stratégique du système politique iranien : opposition aux politiques américaines jugées hostiles à l’Iran, soutien à la cause palestinienne et critique d’Israël, tout en adoptant parfois un ton plus diplomatique que certains courants plus radicaux de la scène politique iranienne.