L’armée américaine a utilisé plusieurs centaines de missiles antibalistiques THAAD, SM-2, SM-3 et SM-6 l’an dernier, lors des frappes contre l’Iran et pour contrer les attaques houthistes en mer Rouge. Des missiles sol-air Patriot ont également été tirés en juin pour défendre la base aérienne américaine d’Al-Udeid, au Qatar.

Des centaines de bombes et d’armes offensives, comme les missiles Tomahawk, ont également été utilisés au Moyen-Orient par Washington depuis 2023.

  • Le Pentagone ne rend pas public les informations concernant les niveaux de ses réserves d’armement et de munitions.
  • Les cadences d’acquisition annuelles auprès de l’industrie de défense suggèrent néanmoins que les niveaux de production demeureraient insuffisants pour soutenir des engagements prolongés tout en maintenant des réserves adéquates en prévision de conflits futurs.
  • La directrice du programme de défense du CNAS, Stacie Pettyjohn, estime que l’armée américaine pourrait « facilement épuiser l’équivalent d’une année entière » de munitions défensives en seulement un ou deux jours d’opérations contre l’Iran 1.

Plusieurs responsables américains et élus au Congrès ont soulevé des questions ces derniers jours quant à la disponibilité, en nombre suffisants, de missiles intercepteurs pour que l’armée américaine puisse faire face à une riposte iranienne. Le chef d’état-major des armées américaines, Dan Caine, fait quant à lui part en privé depuis plusieurs semaines « de ses inquiétudes concernant la pénurie d’intercepteurs de défense aérienne » 2.

  • Les industriels américains livrent chaque année plusieurs centaines de missiles au Pentagone.
  • Entre 2015 et 2024, le gouvernement américain a acheté en moyenne chaque année près de 270 missiles intercepteurs PAC-3 MSE, utilisés par les systèmes Patriots 3.

Toutefois, Lockheed Martin, l’entreprise qui produit ces missiles, doit approvisionner une quinzaine de pays dans le cadre de contrats existants, et ne serait pas en mesure d’augmenter assez rapidement sa production en cas de dégradation significative de la situation sécuritaire, ou d’une utilisation massive de missiles, sans crédits supplémentaires autorisés par le Congrès.

  • Au cours de l’année fiscale 2026, le Pentagone va dépenser 1,3 milliard de dollars pour l’achat de 96 missiles défensifs pour les Patriots.

Si une attaque américaine contre l’Iran risquerait de dégrader les stocks de l’armée américaine, l’inaction pourrait s’avérer encore plus désavantageuse.

  • Comme le note l’analyste militaire Colby Badhwar, les missiles intercepteurs sont généralement plus onéreux que les missiles offensifs, et plusieurs peuvent être requis pour détruire une seule cible.
  • Cette asymétrie pose un problème majeur pour Washington dans le cas de l’Iran, puisque la capacité iranienne de production de missiles pourrait atteindre plusieurs centaines d’unités par mois.
  • Selon Badhwar, le désavantage industriel auquel les États-Unis sont confrontés pourrait pousser Washington à tenter d’éliminer les capacités et stocks iraniens de missiles : « L’arsenal de défense antimissile balistique peut soutenir un conflit avec l’Iran aujourd’hui, mais pas avec la Chine demain ».

Malgré les moyens considérables déployés au Moyen-Orient et en Europe, les forces américaines ne disposeraient pas des munitions nécessaires pour mener une campagne de bombardements prolongée contre l’Iran. Les stocks déplacés dans la région ces dernières semaines permettraient de soutenir des frappes pendant 7 à 10 jours 4.

  • L’Iran voit son arsenal de missiles balistiques comme son principal moyen de dissuasion.
  • Avant les frappes américaines de juin 2025, le régime avait décidé de porter sa capacité annuelle de production à 8 000 missiles par an, contre 2 500 auparavant, selon l’armée israélienne 5.
  • Téhéran s’est également empressé de reconstruire ses lanceurs de missiles détruits par Israël en juin, qui représentaient environ un tiers de ses capacités 6.
Sources
  1. Mehul Srivastava et Steff Chávez, « Defensive munition shortages to shape any US attack on Iran », Financial Times, 27 février 2026.
  2. Jack Detsch et Joe Gould, « Iran strikes threaten to deplete US weapons supplies — and put American troops at risk », Politico, 25 février 2026.
  3. Wes Rumbaugh, The Depleting Missile Defense Interceptor Inventory, CSIS, 5 décembre 2025.
  4. Julian E. Barnes et Helene Cooper, « For Trump, Military Strike in Iran Could Serve Symbolic Purpose », The New York Times, 26 février 2026.
  5. « Producing hundreds per month in underground cities : inside Iran’s ballistic missile project », Ynet, 9 février 2026.
  6. Elwely Elwelly, « What are Iran’s ballistic missile capabilities ? », Reuters, 4 février 2026.