Les affrontements ont repris dans la nuit du 26 au 27 février entre le Pakistan et l’Afghanistan. La situation entre les deux pays était relativement stable depuis décembre, lorsque des escarmouches localisées avaient été signalées à la frontière. En octobre, des affrontements avaient fait plusieurs dizaines de morts, conduisant à la mise en place d’un cessez-le-feu fragile conclu par l’intermédiaire de la Turquie et du Qatar.

  • L’armée pakistanaise a lancé dans la nuit l’opération « Ghazab Lil Haq » (« Colère pour la justice ») en réponse à des attaques menées jeudi 26 par des groupes de talibans afghans sur plusieurs poste-frontières pakistanais, selon Islamabad.
  • En réponse, le Pakistan a frappé des « cibles défensives » talibanes dans trois provinces afghanes (Kaboul, Kandahar et Paktia).
  • Plus de 70 poste-frontières talibans auraient été détruits, et 18 autres saisis par les forces pakistanaises.

Plusieurs rapports indiquent que des frappes d’artillerie ont continué dans la matinée du 27 février, avec des tirs provenant de la ville frontalière pakistanaise de Landi Kotal.

  • L’armée pakistanaise revendique avoir éliminé 228 combattants talibans et blessé 314 autres durant les attaques.
  • Les autorités talibanes revendiquent quant à elles avoir tué 55 soldats pakistanais et capturé « plusieurs » poste-frontières, dont un quartier général à Anzar Sar, dans la province de Khost 1.

Comme le note l’expert américain Michael Kugelman, l’offensive pakistanaise semble constituer une escalade par rapport aux précédents affrontements. Islamabad ne cible désormais plus uniquement le groupe terroriste Tehrik-e-Taliban Pakistan, mais le régime taliban lui-même 2.

  • Le gouvernement d’Islamabad accuse son voisin d’abriter des talibans pakistanais membres du TTP. De son côté, Kaboul accuse le Pakistan de servir de refuge aux combattants de l’État islamique.
  • Les attaques du TTP au Pakistan ont considérablement augmenté depuis le retour au pouvoir des Talibans, en 2021. L’ONG américaine ACLED a recensé plus de 1 300 attaques l’an dernier, soit 56 % de plus qu’en 2024.
  • Le Center for Research and Security Studies (CRSS) note quant à lui que le nombre de victimes au Pakistan a atteint l’an dernier son niveau le plus élevé depuis une décennie : 3 417, contre 616 en 2020 3.

Si l’intensité des combats semble avoir diminué dans la matinée du vendredi 27, le ministre de la Défense pakistanais, Khawaja M. Asif, a déclaré dans la nuit considérer qu’Islamabad était désormais en « guerre ouverte » avec l’Afghanistan. Il a également accusé les Talibans d’avoir « transformé l’Afghanistan en une colonie de l’Inde » et « rassemblé des terroristes du monde entier pour exporter le terrorisme ».

  • La Chine, la Russie, le Royaume-Uni et l’Iran notamment ont appelé les deux pays à la désescalade.
  • Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan ⁠Fidan, a tenu des appels séparés avec ses homologues pakistanais et afghan en présence de représentants qataris et saoudiens.

Les États-Unis n’ont, pour le moment, pas fait de déclaration sur la situation.

  • L’armée américaine a déployé ces dernières semaines des moyens militaires considérables au Moyen-Orient, dont 18 navires entre la Méditerranée et la mer d’Arabie, à proximité des côtes pakistanaises.

L’administration Trump a renforcé ses liens avec le Pakistan depuis janvier 2025.

  • En juin, Donald Trump est devenu le premier président américain a accueillir à la Maison-Blanche le chef d’état-major des forces armées pakistanaises.
  • Lors de la première réunion du Conseil de la paix le 19 février, dont le Pakistan est un membre fondateur, Trump a dit « beaucoup aimer » le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif.
  • Il a ajouté que le chef d’état-major pakistanais, Asim Munir, était un « homme formidable, un homme dur et un bon combattant ».