Selon Ocasio-Cortez, les démocrates présents à Munich sont là pour « raconter une histoire plus large : ce qui se passe actuellement est en effet très grave, et nous sommes entrés dans une nouvelle ère, à la fois sur le plan intérieur et mondial ».
« Je pense donc que beaucoup d’entre nous sont ici pour dire : nous sommes présents et prêts pour le prochain chapitre, non pas pour que le monde se replie sur l’isolationnisme, mais pour approfondir nos partenariats avec un engagement renforcé envers l’intégrité et nos valeurs. »
- En réponse au gouverneur de Californie, Gavin Newsom, qui avait déclaré plus tôt dans la journée que « Donald Trump est temporaire — il ne sera plus là dans trois ans », Ocasio-Cortez ajoute : « De nombreux dirigeants ont affirmé que nous pourrions revenir en arrière, mais je pense que nous devons reconnaître que nous vivons un moment nouveau, une époque différente. Cela ne signifie pas pour autant que la majorité des Américains est prête à abandonner l’ordre international fondé sur des règles, ni à renoncer à son engagement envers la démocratie ».
- Interrogée sur ce que devrait sauver une potentielle administration démocrate du système international, elle ajoute : « Je crois que nous devons comprendre qu’au sein d’un ordre fondé sur des règles, l’hypocrisie constitue une vulnérabilité. Ce que nous recherchons, c’est un retour à un tel ordre, débarrassé de ses contradictions. En effet, trop souvent, en Occident, nous avons détourné le regard face à des populations jugées dérangeantes, donnant lieu à ces paradoxes : qu’il s’agisse de l’enlèvement d’un chef d’État étranger, de menaces envers nos alliés en évoquant la colonisation du Groenland ou encore de l’inaction face à un génocide. Les hypocrisies sont des vulnérabilités et menacent les démocraties dans le monde entier ».
La représentante de New York livre également son analyse de la politique de Donald Trump.
- « Ils cherchent à retirer les États-Unis du monde entier afin que nous entrions dans une ère d’autoritarismes qui pourront se le partager — où Donald Trump pourrait dominer l’hémisphère occidental et l’Amérique latine comme son terrain de jeu personnel, où Poutine pourrait agiter le sabre à travers l’Europe et tenter d’intimider nos alliés, et où les régimes autoritaires contrôlent essentiellement leurs propres zones géographiques. Ce sont nos alliances mondiales qui peuvent constituer un frein net à la consolidation autoritaire du pouvoir, notamment face à l’installation de gouvernements fantoches régionaux ».
Ocasio-Cortez lie les inégalités aux évolutions de la politique américaine, tant sur le plan intérieur qu’étrangère :
- « Nous constatons, dans les économies du monde entier — y compris aux États-Unis — que des niveaux extrêmes d’inégalités de revenus conduisent à l’instabilité sociale et, d’une certaine manière, alimentent l’autoritarisme, le populisme de droite et une politique intérieure très dangereuse. C’est la conséquence directe non seulement des inégalités de revenus, mais aussi de l’échec des démocraties, pendant des décennies, à produire des résultats — l’incapacité à garantir des salaires plus élevés, l’incapacité à encadrer les grandes entreprises. La question de l’antitrust vient d’être évoquée. Aux États-Unis, l’antitrust est une valeur fondamentale — non seulement parce que la montée des monopoles entraîne des abus de pouvoir économique et corporatif, mais aussi parce qu’à un certain niveau de concentration des marchés et de consolidation des entreprises, une firme géante peut devenir si puissante que son influence rivalise avec celle des États. Dans les démocraties, nous élisons des dirigeants. Mais lorsque de très grandes entreprises commencent à absorber le secteur public et à capter les dépenses publiques, elles finissent par dicter les règles du jeu. Et nous commençons à le voir, avec certains membres de la classe des milliardaires qui imposent leur influence dans la politique nationale et internationale. Il est donc d’une urgence absolue de remettre nos économies en ordre et d’obtenir des gains matériels pour les classes populaires. Faute de quoi, nous basculerons vers un monde plus isolé, dominé par des régimes autoritaires qui, eux non plus, ne répondent pas aux besoins des travailleurs ».
Elle ajoute :
- « Nous devons adopter une politique centrée sur la classe populaire si nous voulons réussir, mais aussi si nous voulons repousser les fléaux de l’autoritarisme, qui lancent des appels politiques séduisants incitant les gens à chercher des boucs émissaires à blâmer pour la montée des inégalités économiques à la fois domestiques et internationales ».