Les vidéos de cavaliers russes sur le front ukrainien se multiplient depuis quelques semaines. Dans certaines unités, on peut voir des montures équipées de terminaux satellites Starlink et de caméras, vraisemblablement utilisées dans le cadre d’opérations de reconnaissance.

En février 2025, Viktor Sobolev, un officier de l’armée et membre de la commission de la défense de la Douma, expliquait la rationalité de l’utilisation d’ânes pour le transport de munitions : « On cherche des méthodes pour fournir aux unités qui combattent tout ce dont elles ont besoin pour se battre et survivre. Le plus souvent, les ânes sont utilisés pour charger des paquetages » 1.

  • L’état-major russe voit la réintroduction de chevaux sur le champ de bataille comme une manière de contourner la saturation du front par des dispositifs électroniques.
  • Ces derniers peuvent également traverser des zones marécageuses, des ravins et des fossés avec agilité, et sont plus discrets face aux drones.
  • Dans les colonnes de la propagande du Kremlin, un célèbre blogueur militaire va jusqu’à vanter les supposées capacités des chevaux à « éviter les mines » 2.

On peut voir dans l’utilisation accrue d’animaux par l’armée russe — chevaux, ânes mais également des chiens, utilisés pour transporter des charges ou du déminage — une nouvelle forme d’adaptation à la menace constante posée par les drones. Pour quelques centaines de dollars, un pilote ukrainien bien entraîné est facilement en mesure de neutraliser, voire de détruire, un véhicule blindé à plusieurs millions de dollars. Ce rapport de force est d’autant plus au désavantage de l’assaillant lorsque les drones sont opérés par l’IA.

Le retour de cavaliers lors d’opérations offensives — que l’armée russe n’avait plus utilisé depuis les années 1950 — pourrait néanmoins signaler une rupture plus profonde.

  • Malgré de nombreuses innovations en la matière — structures en métal soudées autour des véhicules, configuration dite « porcs-épics » à l’aide de milliers de fils métalliques, tunnels de filets le long des routes… —, ni l’Ukraine ni la Russie n’ont trouvé de solution réellement efficace pour faire face aux drones.
  • Face à ce constat, l’État-major russe a progressivement réduit le nombre de véhicules blindés utilisés dans ses offensives à la fin du printemps 2025, ce qui a conduit à une chute du nombre de pertes remarquée par les analystes OSINT.
  • Si l’armée russe a largement reconstitué ses stocks de blindés, qui seraient aujourd’hui supérieurs à ceux de février 2022, son commandement a pris la décision de les tenir à l’arrière au profit de son infanterie.

Ce changement de stratégie n’est pas sans conséquences.

  • S’ils sont plus discrets, notamment pour infiltrer des villes, les hommes — tout comme les chevaux — progressent moins vite que les véhicules.
  • Les assauts menés principalement par de l’infanterie provoquent également des niveaux plus élevés de pertes humaines : en 2025, la Russie a échangé 1 % de sa population contre 1,45 % du territoire ukrainien.
  • Ces pertes pourraient être encore plus élevées cette année si les combats venaient à se déplacer depuis des zones principalement urbaines vers des terrains plus dégagés, à mesure que l’armée russe continue sa progression sur le front.

En favorisant l’infanterie au profit de ses blindés, l’armée russe semble considérer qu’il est plus facile de remplacer des hommes que des véhicules. Les blindés neufs sortis des usines ainsi que les unités endommagées en Ukraine puis remises en état pourraient également être conservés par Moscou en anticipation de futurs conflits.

Sources
  1. Альфия Мясумова, « В Госдуме объяснили появление ослов на фронте », Газета, 6 février 2025.
  2. Семён Пегов, « Возвращение кавалерии », RT, 27 septembre 2025.