Les drones FPV (ou « vue à la première personne ») occupent une place centrale dans la guerre en Ukraine. Ces appareils, produits par millions chaque année, sont aussi bien utilisés pour de la surveillance ou de la collecte d’informations que de manière offensive, en transportant des charges explosives.

  • En raison notamment du développement des technologies de brouillage, le RUSI, un centre de recherche britannique, estime toutefois que 60 à 80 % des drones FPV ukrainiens déployés sur le front ne parviennent pas à atteindre leurs cibles 1.
  • Les brouilleurs anti-drones existent aujourd’hui sous plusieurs formes : certains sont mobiles et peuvent être déployés sur le front, tandis que d’autres sont fixes, et sont utilisés pour protéger des sites sensibles, comme des bases ou des dépôts.
  • En perturbant les liaisons radio et les systèmes de navigation satellitaire, ces dispositifs sont redoutables pour neutraliser ou dévier les trajectoires des drones FPV qui pénètrent dans leur zone de couverture.

S’ils sont très efficaces et peu onéreux pour détruire des blindés et des pièces d’artillerie, très coûteuses, les drones FPV nécessitent la présence d’un pilote humain qui opère l’engin à proximité. Cette situation est aussi bien dangereuse pour l’opérateur qu’inefficace dans certains cas : au-delà du brouillage, pendant l’hiver, lorsqu’il fait sombre pendant 12 à 14 heures par jour en Ukraine, les pilotes ne peuvent pas effectuer leurs missions, la plupart des drones n’étant pas équipés de vision nocturne 2. Les pilotes doivent également être entraînés, ce qui coûte des ressources et du temps, précieux en temps de guerre.

  • Afin de pallier ces limites, l’armée ukrainienne teste depuis plus d’un an, en condition réelle, des milliers de drones FPV alimentés par l’intelligence artificielle.
  • Si le brouillage conduit à rompre la connexion entre le pilote et l’appareil, les drones Bumblebee, équipés d’un logiciel embarqué fonctionnant en autonomie sur des micro-ordinateurs type Raspberry Pi, ne sont pas affectés.

Dans les secteurs parmi les plus actifs du front, comme à Koupiansk, ces appareils — développés par un projet très confidentiel dirigé par l’ancien PDG de Google Eric Schmidt — ont d’ores et déjà connu leurs premiers succès 3.

  • Plusieurs essais ont ainsi démontré leur capacité à identifier des cibles, à ajuster leur cap et à contrôler leur vitesse de manière indépendante avant de fondre vers un objectif préalablement identifié par l’opérateur.
  • L’une des prochaines frontières technologiques, susceptible d’être dépassée, consisterait à mettre en réseau plusieurs dizaines de ces drones pilotés par IA de manière à former un « essaim » d’appareils volant de manière synchronisée.
  • Cette technologie suscite notamment l’intérêt de Pékin, qui a dévoilé à l’hiver 2024 le « Jiutian », un drone de 25 mètres d’envergure capable de transporter jusqu’à 100 drones miniatures, potentiellement kamikazes. Celui-ci a effectué son vol inaugural en décembre dernier.

Plusieurs startups et entreprises ukrainiennes de la défense — financées notamment par des acteurs américains — s’intéressent déjà à cette technologie. C’est notamment le cas de Swarmer, une entreprise spécialisée dans l’application de l’IA aux combats, qui vise à développer des technologies permettant de faire travailler jusqu’à 100 drones volants, terrestres et navals « comme une seule unité ». L’entreprise a annoncé en septembre une levée de fonds de série A de 15 millions de dollars.

L’intelligence artificielle est utilisée depuis plusieurs années sur le front ukrainien, tout comme à Gaza dans le cadre de la guerre entre Israël et le Hamas.

  • En 2023, Alex Karp, le PDG de Palantir, avait déclaré que l’entreprise se trouvait derrière « la plupart des frappes » menées par Kiev.
  • Plusieurs analystes estiment également que les outils fournis par Palantir auraient joué un rôle clef dans l’interception de missiles iraniens lancés sur le territoire d’Israël en avril 2024.
  • À Gaza, l’armée israélienne utilisait un système reposant sur l’intelligence artificielle — « Habsora », ou l’Évangile — capable de « générer des cibles presque automatiquement » à un rythme bien supérieur à ce qu’il était auparavant possible.
Sources
  1. Jack Watling et Nick Reynolds, Tactical Developments During the Third Year of the Russo–Ukrainian War, Royal United Services Institute (RUSI), 14 février 2025.
  2. Jakub Jajcay, « I Fought in Ukraine and Here’s Why FPV Drones Kind of Suck », War on the Rocks, 26 juin 2025.
  3.  C.J. Chivers, « The Dawn of the A.I. Drone », The New York Times Magazine, 31 décembre 2025.