Selon les calculs de l’historien John Coastworth, les États-Unis sont intervenus à 42 reprises en Amérique latine depuis 1898. 

  • Toutefois, la plupart de ces interventions ont été indirectes, les États-Unis se contentant de soutenir des opposants locaux sans intervenir directement dans un processus de changement de régime.  

Si elle s’inscrit dans la longue histoire des ingérences états-uniennes dans les affaires latino-américaines, l’intervention contre Nicolas Maduro présente toutefois des caractéristiques qui en font un cas exceptionnel.

L’intervention directe de soldats sur le territoire d’un État latino-américain pour en capturer ou en éliminer le chef d’État en exercice est en effet très rare. Seuls deux précédents peuvent être évoqués :

  • Le 25 octobre 1983, deux jours après l’attentat qui a coûté la vie à 241 soldats à Beyrouth, le président Reagan décide d’une intervention militaire sur l’île de Grenade. Quelques jours plus tôt, le Premier ministre de ce petit état caribéen, Maurice Bishop, avait été destitué puis exécuté par des opposants menés par Hudson Austin, commandant des forces grenadiennes autoproclamé chef d’un Conseil militaire révolutionnaire puis Premier ministre. En trois jours, les troupes états-uniennes (environ 7 000 hommes), soutenues par quelques soldats fournis par des alliés caribéens de Washington, prennent le contrôle de l’île à la tête de laquelle ils installent un gouvernement provisoire. Capturé, Hudson Austin est remis aux nouvelles autorités grenadiennes. Jugé aux côtés de seize coaccusés, il est  condamné à mort en 1986. L’éphémère dirigeant grenadien voit sa peine commuée en un emprisonnement à perpétuité en 1991 avant d’être finalement libéré en décembre 2008. Décidée sans l’aval de l’ONU, l’intervention états-unienne à Grenade fait l’objet d’une large réprobation internationale, y compris chez les alliés européens des États-Unis. Elle est condamnée par un vote de l’Assemblée générale des Nations unies.
  • En 1989, le président George Bush décide d’une intervention militaire au Panama. 27 000 soldats sont mobilisés pour mener à bien cette opération qui aboutit à la reddition du général Manuel Noriega, qui dirigeait de facto le pays depuis 1983. Allié de longue date de la CIA dans la lutte anti-communiste en Amérique centrale, Noriega était également impliqué dans un important trafic international de cocaïne. Il était devenu un allié encombrant pour Washington alors que la guerre froide touchait à sa fin. Extradé à Miami, Noriega est condamné en 1992 par un tribunal de Floride à quarante ans d’emprisonnement pour trafic de drogue et blanchiment. 

Ces deux précédents ne sont toutefois que partiellement comparables avec l’opération qui a visé le 3 janvier Nicolas Maduro. 

  • Il s’agissait en effet à chaque fois d’interventions visant les dirigeants d’États de petite taille sans grand poids international. 
  • Avec la capture du dirigeant vénézuélien — même si Washington ne le reconnait pas comme le président légitime du pays —, les États-Unis se sont attaqués à un État d’une toute autre envergure tant par sa superficie que par son poids sur la scène régionale et internationale.