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Jürgen Habermas, Ein neuer Strukturwandel der Öffentlichkeit und die deliberative Politik, Suhrkamp

« En 1962 paraissait L’espace public, le premier livre de Jürgen Habermas. Dans une perspective socio-historique, il y mettait en évidence l’existence d’une sphère à la charnière entre la société civile et le système politique. L’ouvrage a aussitôt été considéré comme l’un des grands classiques de la sociologie du XXe siècle et a stimulé de nombreuses recherches dans les sciences historiques et sociales. Dans ses travaux ultérieurs, Habermas lui-même s’est régulièrement penché sur le rôle de l’espace public dans la garantie de la pérennité de la communauté démocratique. Face à une structure médiatique modifiée par la numérisation et à la crise de la démocratie, il revient aujourd’hui sur ce thème.

Le cœur de l’ouvrage est un essai dans lequel il se penche en détail sur les nouveaux médias et leur caractère de plateforme qui relègue de plus en plus à l’arrière-plan les médias de masse traditionnels, moteurs essentiels des « anciennes » mutations structurelles de l’espace public. La perspective de ces réflexions est la supposition que les nouvelles formes de communication endommagent l’auto-perception du public politique en tant que tel. Il s’agirait donc d’un nouveau changement structurel de l’espace public, avec de graves conséquences pour le processus délibératif de formation démocratique de l’opinion et de la décision. »

Parution le 12 septembre

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Nancy Fraser, Cannibal Capitalism. How Our System Is Devouring Democracy, Care, and the Planet—and What We Can Do About It, Verso

« Le capital cannibalise actuellement toutes les sphères de la vie : il engloutit les richesses de la nature et des populations racialisées, il absorbe notre capacité à prendre soin les uns des autres et il vide la pratique de la politique. Dans cet ouvrage, Nancy Fraser retrace l’appétit vorace du capital, de crise en crise, de la dévastation écologique à l’effondrement de la démocratie, de la violence raciale à la dévalorisation du travail de soin. Ces faisceaux de crise atteignent tous un point culminant dans la pandémie de Covid-19, qui, selon Nancy Fraser, peut nous aider à envisager la résistance nécessaire pour mettre fin à la frénésie consumériste. Ce dont nous avons besoin, dit-elle, c’est d’un mouvement socialiste de grande envergure capable de reconnaître la rapacité du capital – et de l’affamer jusqu’à la mort. »

Parution le 20 septembre

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Fritz Bartel, The Triumph of Broken Promises. The End of the Cold War and the Rise of Neoliberalism, Harvard University Press

« Pourquoi la guerre froide s’est-elle terminée de manière pacifique ? Et pourquoi l’économie néolibérale s’est-elle répandue dans le monde à la fin du XXe siècle ? Dans cette étude, Fritz Bartel affirme que la réponse à ces deux questions est unique. La guerre froide a commencé comme une compétition entre les gouvernements capitalistes et communistes pour offrir une vie meilleure à leurs citoyens. Mais les chocs économiques des années 1970 ont rendu les promesses d’une vie meilleure intenables des deux côtés du rideau de fer. Les marchés énergétiques et financiers ont exercé une pression immense sur les gouvernements pour qu’ils disciplinent leurs contrats sociaux. Plutôt que de faire des promesses, les dirigeants politiques ont été contraints de les rompre.

The Triumph of Broken Promises raconte comment la pression exercée pour briser les promesses a entraîné la fin de la guerre froide. À l’Ouest, le néolibéralisme a fourni aux dirigeants occidentaux comme Ronald Reagan et Margaret Thatcher les outils politiques et idéologiques nécessaires pour fermer des industries, imposer l’austérité et favoriser les intérêts du capital au détriment de ceux du travail. Mais en Europe de l’Est, des révolutionnaires comme Lech Wałęsa en Pologne ont résisté à toute tentative d’imposer la discipline du marché. Mikhaïl Gorbatchev a tenté en vain de réformer le système soviétique, mais les changements nécessaires représentaient finalement un trop grand défi. Confrontés à l’imposition d’une discipline économique contraire aux idéaux communistes, les gouvernements de type soviétique ont vu leur légitimité irrémédiablement compromise. En revanche, à l’Ouest, les hommes politiques ont pu promouvoir l’austérité comme un antidote aux excès de leurs adversaires idéologiques, ouvrant ainsi la voie à l’essor de l’économie mondiale néolibérale. »

Paru le 9 août

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Anna Colin Lebedev, Ukraine et Russie : une tragédie postsoviétique, Le Seuil

« Nous ne serons jamais frères ; ni de même patrie, ni de même mère. » Tels sont les mots adressés par la poétesse ukrainienne Anastasia Dmitruk au peuple russe en 2014, miroir inversé des discours récents de Vladimir Poutine qui ne cesse de souligner au contraire l’identité commune entre les deux pays. S’appuyant sur son expérience de terrain en Russie et en Ukraine, Anna Colin Lebedev retrace les trajectoires de ces deux sociétés pendant les années postsoviétiques. Si l’époque soviétique a créé une proximité forte, leur passé n’est pas complètement commun, et les différences n’ont cessé de s’approfondir au cours des trente dernières années. 

À partir de 2014, l’annexion de la Crimée et la guerre dans le Donbass ont conduit à une rupture entre Russes et Ukrainiens qui ont cessé d’avoir la même vision d’un destin partagé. Et c’est un gouffre qui semble depuis février 2022 se creuser entre les deux peuples, alors que l’agression armée de l’Ukraine par la Russie les ont fait basculer dans l’horreur d’un conflit meurtrier. Aucun livre ne suffira à combler ce gouffre et à panser l’immense blessure de la guerre. Ce texte se veut cependant un pas dans une direction essentielle : ne pas renoncer à connaître et comprendre l’autre. »

Parution le 2 septembre

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Lorraine Daston, Rules. A Short History of What We Live By, Princeton University Press

« Les règles régissent presque tous les aspects de notre vie. Elles fixent nos horaires de travail, nous dictent comment conduire et mettre la table, nous disent si nous devons tendre la main ou la joue en guise de salut, et organisent les rites de la vie, de la naissance à la mort. Nous pouvons être irrités par les règles auxquelles nous devons nous plier, mais aucune culture ne pourrait s’en passer. Dans Rules, l’historienne Lorraine Daston retrace leur développement dans la tradition occidentale et montre comment les règles ont évolué de l’Antiquité à l’époque moderne. S’appuyant sur de nombreux exemples, dont des traités de droit, des livres de cuisine, des manuels militaires, des règles de circulation et des manuels de jeu, elle démontre que si le contenu des règles est d’une diversité éblouissante, les formes qu’elles prennent sont étonnamment peu nombreuses et durables… »

Parution le 6 septembre

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Jeffrey Veidlinger, Mitten im zivilisierten Europa. Die Pogrome von 1918 bis 1921 und die Vorgeschichte des Holocaust, C. H. Beck

« Entre 1918 et 1921, une vague de violence sans précédent s’abat sur l’Ukraine : des citoyens ordinaires volent impunément leurs voisins juifs, brûlent leurs maisons et leurs synagogues. Plus de 100 000 juifs sont assassinés par des paysans, des citadins et des soldats qui les tiennent pour responsables des troubles de la révolution russe. En s’appuyant sur des archives longtemps négligées, dont des milliers de témoignages récemment découverts, des actes de procès et des ordres officiels, Jeffrey Veidlinger montre pourquoi les pogroms d’Europe de l’Est constituent une sorte de préhistoire de l’Holocauste. 

L’image nuancée de ces événements, aujourd’hui largement oubliés, qui se dégage des récits de survivants, de coupables, de collaborateurs d’organisations humanitaires et de représentants du gouvernement, met en évidence comment tant de groupes de personnes différents – au cœur de l’Europe civilisée – sont parvenus à la même terrible conclusion que l’extermination des juifs constituait une réponse acceptable à leurs problèmes respectifs. »

Parution le 18 septembre

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François-Xavier Fauvelle et Anne Lafont (dir.), L’Afrique et le monde : histoires renouées. De la Préhistoire au XXIe siècle, La Découverte

« Une histoire mondiale de l’Afrique, une histoire africaine du monde. Tel est le double pari de cet ouvrage ambitieux qui nous plonge dans la conversation que les sociétés du continent africain ont, au cours de l’histoire, toujours entretenue avec celles du reste du monde. Une conversation multimillénaire, depuis la dispersion des humains modernes jusqu’à nos jours, dont les auteurs et autrices nous invitent à écouter toutes les tonalités. Car cette histoire est faite de rapports de domination et de violences, de rejets et de révoltes, mais également d’interactions à toutes les échelles, de circulations de biens et d’idées, d’innovations et d’adaptations locales, de mutations globales.

S’émancipant des monologues factices qui divisent le passé, ce livre propose une histoire polyphonique. Il s’appuie sur les recherches les plus actuelles et les plus poussées pour éclairer la manière dont les sociétés africaines ont toujours pris part au monde. »

Parution le 8 septembre

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Jean-Fabien Spitz, La République  ? Quelles valeurs  ? Essai sur un nouvel intégrisme politique, Gallimard

« La République est devenue un mantra du discours politique en France. Réduite à un universalisme de façade et à une laïcité entièrement falsifiée, elle n’est plus utilisée que pour dissimuler la réalité des fractures et pour tenter de combler le déficit croissant de légitimité auquel se heurte une régulation sociale qui laisse proliférer l’inégalité et précarise les existences.

On oublie ainsi le sens premier du projet républicain : créer une société qui soit la chose de tous, une société dont la légitimité tient à sa capacité à instituer et à entretenir entre les citoyens des rapports d’indépendance mutuelle et de non-domination. Mais à l’âge du capitalisme avancé cette égalité ne peut plus reposer seulement sur celle des droits personnels  ; elle exige des droits sociaux solides et efficaces qui garantissent à chacun les bases d’une existence autonome  : droit à la santé, à l’éducation, au logement, à un emploi et à un revenu décents.

À l’égalité des indépendances qui suppose la maîtrise des intérêts particuliers, les nouveaux intégristes substituent une forme imaginaire de subordination du privé au public  : l’égalité abstraite devant la loi, l’aveuglement aux différences et aux formes de domination qui les accompagnent. Désormais, la définition culturelle de la République par l’effacement des différences identitaires remplace la définition sociale de la République. Cela revient à nier que, dans une société complexe, une telle égalité ne peut être atteinte que par la reconnaissance des obstacles spécifiques auxquels les individus sont confrontés. »

Parution le 8 septembre

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Aurore Koechlin, La norme gynécologique. Ce que la médecine fait au corps des femmes, Amsterdam

« Parmi les spécialités traitant de la santé des femmes, la gynécologie occupe une place à part : elle ne porte pas sur un moment particulier de la vie corporelle, comme la maladie, la grossesse ou l’accouchement, mais consiste à suivre les patientes sans raison médicale apparente de la puberté jusqu’à la mort. Elle repose donc sur l’idée que les femmes nécessitent un suivi spécifique et régulier en matière de prévention et de contraception. Ainsi se manifeste la « norme gynécologique », d’autant plus puissante qu’elle est invisible. 

Pour saisir son fonctionnement et défaire son évidence, Aurore Koechlin a choisi de mener l’enquête auprès de professionnel·le·s de santé et de patientes. Elle examine en féministe, au plus près de l’expérience, le suivi gynécologique, ses étapes et ses effets psychiques, la culpabilité ou l’angoisse qu’il suscite parfois, la normalisation de la douleur qu’il implique, sans oublier les inégalités face au soin. À l’heure où la gynécologie suscite interrogations et critiques, sur la pilule et le respect du consentement des patientes par exemple, ce livre constitue une ressource indispensable, vivante et nuancée, pour comprendre ce que la médecine fait au corps des femmes. »

Parution le 16 septembre

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Massimo Livi Bacci, I traumi d’Europa. Natura e politica al tempo delle guerre mondiali, Il Mulino

« Au début du XXe siècle, l’Europe régnait sur le monde. Son empire colonial était vaste et sa population croissait à un rythme soutenu. La guerre avait depuis longtemps cessé de décimer ses jeunes générations. Les découvertes et les innovations amélioraient les conditions de vie des masses, même les plus pauvres. La nature, qui avait répandu épidémies et famines au cours des siècles, semblait sous contrôle. Mais en l’espace de trente ans, deux immenses catastrophes se sont produites. La force destructrice des décisions et des actions déterminées par la politique a pris le dessus sur le pouvoir ruineux des événements naturels. Les deux guerres mondiales, qui ont fait des dizaines de millions de morts, les guerres civiles, les famines, les migrations forcées, le nettoyage ethnique et les génocides sont le fruit empoisonné d’actions politiques et firent plus de victimes que celles causées par les microbes, le climat ou d’autres événements naturels. »

Parution le 2 septembre

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Edward S. Cooke Jr, Global Objects. Toward a Connected Art History, Princeton University Press

« L’histoire de l’art est souvent considérée à travers des prismes culturels ou nationaux qui définissent certaines œuvres comme relevant des «  Beaux Arts  » tout en en reléguant d’autres dans la catégorie de l’artisanat. Global Objects ouvre la voie à une histoire de l’art interconnectée, en examinant un large éventail d’objets esthétiques fonctionnels qui transcendent les frontières géographiques et temporelles et en remettant en question les idées préconçues sur ce qui est ou n’est pas de l’art.

Évitant les binômes traditionnels tels que l’Orient et l’Occident ou les beaux-arts et l’art décoratif, Edward Cooke se penche sur la production, la consommation et la circulation d’objets fabriqués à partir d’argile, de fibres, de bois et de métaux. En examinant attentivement les matériaux et le processus de fabrication, et en reliant le processus au produit et aux personnes, il montre comment les objets agissent sur ceux qui les regardent, les utilisent et les acquièrent. Il révèle comment les objets conservent des aspects de leur fabrication locale tout en absorbant des significations supplémentaires de manière subtile et inattendue au fil de leur déplacement dans l’espace et le temps. »

Parution le 27 septembre

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Michael Sonenscher,  Capitalism. The Story behind the Word, Princeton University Press

« Qu’est-ce au juste que le « capitalisme » et comment sa signification a-t-elle évolué au fil du temps ? Lorsque cette notion a été inventée en France au début du XIXe siècle, elle regroupait deux ordres d’idées distincts. Le premier concernait la dette publique et le financement de la guerre. Le second concernait la division du travail. Michael Sonenscher montre que la réflexion sur le premier a radicalement changé au fil du temps, le financement de l’aide sociale s’étant ajouté au financement de la guerre, suscitant de nouvelles questions. La réflexion sur le second a en revanche offert une marge de manœuvre beaucoup plus réduite : la division du travail reste la division du travail et les débats et discussions qu’elle a suscités sont aujourd’hui largement oubliés. En explorant ce qui se cachait derrière la première distinction avant qu’elle ne s’effondre et ne soit érodée par le passage du temps, Michael Sonenscher montre pourquoi les idées reçues aujourd’hui dominantes au sujet du capitalisme bride nos options politiques et les types de réformes que nous pourrions envisager. »

Parution le 20 septembre

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Yves Chevrier, L’empire terrestre. Histoire du politique en Chine aux XIXe et XXe siècles. I – La démocratie naufragée (1895-1976), Le Seuil

« Point d’« Empire céleste » ou de tradition prétendument ancestrale dans cette enquête sur les origines de la Chine contemporaine, mais l’analyse d’une succession de transformations politiques qui modèlent le présent, jusqu’à la restauration de l’État sous la férule du Parti. L’« empire terrestre » est la forme de cette domination conservatrice et autoritaire en même temps qu’une formidable puissance globale.

Traitant de la période allant de la fin du XIXe siècle à la mort de Mao, ce premier volume montre que l’échec de la transition démocratique ne date pas d’aujourd’hui. Il y a un siècle, quand se forme le Parti communiste (1921), deux ans après le Guomindang de Sun Yat-sen, la Chine des « Seigneurs de la guerre » se trouve dans la situation de la Libye actuelle… après avoir envoyé quarante millions de citoyens aux urnes. 

Ces circonstances tragiques ne sont pas le fait des impérialistes occidentaux comme il est souvent avancé, mais la conséquence d’une démocratisation manquée ou plutôt, selon les mots de l’auteur, « désinstitutionnalisée ». La démocratie en Chine n’est pas impossible : c’est historiquement une forme qui se ferme d’elle-même. »

Parution le 23 septembre

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Mike Owen Benediktsson, In the Midst of Things. The Social Lives of Objects in the Public Spaces of New York City, Princeton University Press

« Tout autour de nous, des hypothèses sur le comportement humain sont cachées à la vue de tous, programmées dans la conception et la réglementation des objets matériels que nous rencontrons quotidiennement. In the Midst of Things examine en profondeur la vie sociale de cinq objets que l’on trouve couramment dans les espaces publics de la ville de New York et de ses banlieues, révélant comment nos interactions avec ces objets matériels sont notre principal point de contact avec les forces sociales, politiques et économiques qui façonnent la vie urbaine. S’appuyant sur un travail de terrain et une multitude d’entretiens, Mike Owen Benediktsson montre comment nous nous trouvons au milieu d’objets dont le rôle social profond est souvent négligé. 

Une pelouse récemment construite sur le front de mer de Brooklyn reflète un compromis de plus en plus courant entre le marché et le bien public. Un mur de ciment sur une autoroute du New Jersey témoigne de la fin du rêve américain de l’après-guerre. Une chaise pliante en métal sur un morceau d’asphalte dans le Queens expose les obstacles politiques qui empêchent de rendre la ville vivable. Une porte de métro exprime le conflit latent entre la ville et les désirs des usagers, tandis qu’un kiosque à journaux témoigne de l’appauvrissement croissant de nos paysages de rue. »

Parution le 20 septembre

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Paul Corner, Mussolini in Myth and Memory. The First Totalitarian Dictator, Oxford University Press

« Dans l’ombre de Hitler et Staline, Mussolini a rarement été pris au sérieux en tant que dictateur totalitaire. Mais ce qui était un jugement négatif sur le Duce, considéré comme inoffensif et inefficace, a fini par jouer à son avantage. Comme cela s’est produit avec de nombreux autres dictateurs européens, la mémoire populaire actuelle de Mussolini est de plus en plus indulgente ; en Italie et ailleurs, on se souvient de lui comme d’un dirigeant fort et décisif et les gens parlent maintenant des « nombreuses bonnes choses » faites par son régime. Après tout, dit-on, Mussolini n’était pas comme « les autres ». Mussolini in Myth and Memory s’inscrit en faux contre cette réhabilitation, documentant l’inefficacité, la corruption et la violence d’un régime hautement répressif et faisant voler en éclats les mythes du bon gouvernement fasciste. 

Mais cette étude ne se limite pas à remettre les pendules à l’heure ; elle cherche également à répondre à la question de savoir pourquoi il existe une nostalgie – pas seulement en Italie – du régime dictatorial. En reliant l’histoire passée et la mémoire présente, l’analyse de Corner dresse un tableau des réalités du régime italien et examine le problème plus général de savoir pourquoi, dans un moment de crise évidente de la démocratie occidentale, les gens recherchent un leadership fort et se réfugient dans la mémoire des dictatures passées. Si, dans ce livre, le fascisme est placé dans son contexte totalitaire et que Mussolini apparaît fermement en compagnie de ses collègues dictateurs, l’étude montre également comment une mémoire du passé, formée en s’appuyant sur l’illusion et le mythe, peut affecter la politique du présent. »

Parution le 22 septembre

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Xosé Manoel Núñez Seixas, Volver a Stalingrado. El frente del este en la memoria europea, 1945-2021, Galaxia Gutenberg

« Le conflit germano-soviétique (1941-1945) est le théâtre le plus sanglant de la Seconde Guerre mondiale. Sur le front de l’Est, le sort de la lutte en Europe et en Asie se joue, deux projets totalitaires s’affrontent et des millions de combattants sont mobilisés dans le plus grand conflit terrestre de l’histoire. S’y déploie une guerre d’extermination impitoyable fondée sur un plan de réorganisation raciale et impériale, une guerre totale qui touche le front et l’arrière. Outre l’Allemagne et l’Union soviétique, des millions de soldats européens, de l’Espagne à la Finlande, en passant par la Hongrie, l’Italie et la Slovaquie, ont participé à cette guerre et en ont subi les conséquences durables. 

Ce livre reconstitue les différentes formes de mémoire publique et privée du front oriental dans l’Europe de l’après-guerre, pendant la guerre froide, après l’effondrement du bloc soviétique et jusqu’à aujourd’hui. Il jette un regard comparatif sur l’évolution des politiques mémorielles publiques dans les anciens pays belligérants, le culte des morts, des héros et des victimes, ainsi que les formes de mémoire sociale, les recréations littéraires, visuelles, artistiques et cinématographiques de la guerre en Allemagne, en URSS, en Russie et dans l’espace post-soviétique, en Finlande, en Italie et en Espagne, en détectant les parallèles et les différences entre les diverses cultures mémorielles. »

Parution le 14 septembre

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Gregory Claeys,  Utopianism for a Dying Planet. Life after Consumerism, Princeton University Press

« Face à l’effondrement environnemental, l’innovation technologique ne suffira pas à sauver notre planète. Une approche plus radicale est nécessaire qui implique des changements profonds dans le comportement individuel et collectif. Utopianism for a Dying Planet examine comment la vaste histoire de la pensée utopique, depuis ses origines dans l’ancienne Sparte et les idées de l’âge d’or jusqu’aux penseurs d’aujourd’hui, peut offrir une orientation morale et imaginative face à la catastrophe. La tradition utopique, qui a critiqué la consommation ostentatoire et l’indulgence luxueuse, pourrait ouvrir la voie à une société mettant l’accent sur l’égalité, la sociabilité et la durabilité.

Gregory Claeys défend une définition réaliste de l’utopie, en se concentrant sur les idées de sociabilité et d’appartenance qui sont au cœur des récits utopiques. Il étudie le développement de ces thèmes au cours des XVIIIe et XIXe siècles avant d’examiner les débats des XXe et XXIe siècles sur les alternatives au consumérisme. Il propose un programme radical de Green New Deal, qui combine des idées issues de la théorie de la sociabilité avec des propositions visant à se retirer des combustibles fossiles et à cesser de dépendre des produits de base non durables. Un plaidoyer en faveur d’un renouveau des idées utopiques, conçues non comme une fuite de la réalité, mais comme un moyen puissant de la changer. »

Parution le 6 septembre

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Annabelle Bonnet, La barbe ne fait pas le philosophe – Les femmes et la philosophie en France (1880-1949), CNRS Éditions

« Femme, être incomplet et condamné à une éternelle enfance, tu prétends t’élever à la philosophie ! Quel aveuglement est le tien ? » : les mots de Victor Cousin, personnage clé de l’organisation de l’enseignement de la philosophie en France au XIXe siècle, donnent le ton. L’avènement de la IIIe République perpétue cette politique d’exclusion : tandis que la philosophie est élevée au rang de couronnement des études secondaires et de pratique culturelle républicaine par excellence, chargée de suppléer la religion dans l’organisation morale de la société, elle se trouve exclue par la loi de l’enseignement prodigué aux jeunes filles. Qu’est-ce donc qu’être philosophe en France entre 1880 et 1949 ? N’en déplaise à Plutarque, qui défiait quiconque de mesurer la sagesse du penseur à la longueur de son poil, c’est d’abord et avant tout porter une barbe, être un homme. Cette exclusion n’est pas sans susciter de rébellions, de transgressions, parfois de travestissements (à l’instar de Marie Bœuf, qui signe ses contributions dans les revues philosophiques du nom équivoque de Camille Bos) – et, partant, d’évolutions. C’est cette histoire à la fois intellectuelle et sociale, parallèle à l’essor des premiers mouvements féministes, que retrace cette enquête vivante, novatrice, qui pointe les tensions et contradictions du projet républicain. Ce faisant, elle fait ressortir aussi une galerie de femmes philosophes qui s’affirment en dépit des obstacles : de Jenny d’Héricourt et Julie Favre jusqu’à Dina Dreyfus et Simone de Beauvoir, en passant par Jeanne Crouzet, Julie Hasdeu, Clémence Royer, Jeanne Baudry, Léontine Zonta, Alice Stériad, Hélène Metzger, Renée Déjean, Simone Weil ou Marguerite Buffard Flavien. »

Parution le 22 septembre

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Martin Baloge, Vie et mort de l’impôt sur la fortune. Les luttes pour la représentation des intérêts à l’Assemblée nationale et au Bundestag, Éditions de la MSH

« Suspendu depuis de nombreuses années en Allemagne, l’impôt sur la fortune a été supprimé et remplacé par un impôt sur la fortune immobilière au début du mandat d’Emmanuel Macron. Comment un impôt réputé difficile, voire impossible à supprimer a-t-il fini par disparaitre ? Afin de répondre à cette question, ce livre se concentre sur les batailles autour de l’ISF et les modalités du travail de représentation à l’Assemblée nationale et au Bundestag, jusqu’en 2017. S’appuyant sur des approches empiriques complémentaires, cette enquête entend expliquer comment les députés des deux pays représentent les puissants, les groupes dominants.

Le livre montre que les débats en matière d’impôt sur la fortune se caractérisent par la place centrale prise par les mondes de l’entreprise, faisant émerger le constat d’une forme d’inégalité d’accès à la parole parlementaire entre les groupes sociaux cités au sein des deux Assemblées. Ce livre propose d’entrer dans les coulisses du travail parlementaire en étudiant la manière dont des élus cherchent jusqu’en 2017 à affaiblir un impôt sans le supprimer en France et à lutter pour (ou contre) sa réintroduction en Allemagne. La comparaison permet alors de dresser le constat d’une convergence en matière de fragilisation de la fiscalité du capital, à une époque où les inégalités de patrimoine atteignent pourtant des niveaux très élevés. »

Parution le 22 septembre

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Lucia Pessina, La morte di Pinelli. Iconografia di un anarchico 1969-1975, Quodlibet

« En décembre 1969, quelques jours après le massacre de la Piazza Fontana, l’anarchiste Giuseppe Pinelli meurt tragiquement après être tombé d’une fenêtre du quartier général de la police de Milan. Selon le commissaire de police Luigi Calabresi et ses collègues présents cette nuit-là, il s’agit d’un suicide, une version qui n’e convainct pas une large part de l’opinion publique. Artistes, intellectuels et simples citoyens se lancent immédiatement, chacun selon ses possibilités, dans la reconstitution de la vérité sur la mort de Pinelli.

Ce livre vise à étudier la production iconographique liée à la figure de Pinelli à travers l’analyse de peintures, d’expositions, de films, de pièces de théâtre, de livres, d’affiches et de bandes dessinées parus entre 1969 et 1975. Le vaste corpus recueilli dans les archives et la presse de l’époque montre comment l’image de Giuseppe Pinelli est devenue une constante visuelle capable de véhiculer un sens politique et social précis. Sa mort est devenue un véritable cas en attente de justice et sa figure celle d’un martyr, consacrée par Enrico Baj dans Funerali dell’anarchico Pinelli, œuvre qui est encore considérée comme la plus significative sur le sujet. »

Parution le 31 août

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Crédits
Toutes les citations sont des extraits des quatrièmes de couverture rédigées par les éditeurs.