Séoul. En Corée du Sud, après l’explosion initiale, la courbe de contagion a déjà commencé à s’infléchir. Jusqu’à présent, 71 patients sur 7979 sont morts (contre 1016 sur 15 113 en Italie le 12 mars).1 Pourquoi ? La Corée a mis en place une nouvelle stratégie dont nous pouvons apprendre beaucoup.

cas totaux de coronavirus en Europe + Corée du Sud

La stratégie coréenne repose sur trois piliers.

  1. Tout d’abord, la situation est communiquée avec une grande transparence. L’accent est fortement mis sur la distanciation sociale. Les informations sont transmises en permanence par le biais de conférences de presse et de communiqués de presse très détaillés (qui sont très différents de bulletins de la protection civile en Italie). Les citoyens réagissent très bien. Le manque d’information génère la confusion et la méfiance, tandis qu’une information complète et transparente rassure les gens et les rend plus coopératifs.
  2. Le Centre coréen de contrôle des maladies (KCDC) a mis en place un formidable système de collecte d’informations géolocalisées pour suivre les contacts des personnes infectées. Les personnes potentiellement infectées et les voyageurs entrant dans le pays sont tenus de télécharger une application, afin de signaler volontairement tout symptôme et sa localisation chaque jour.
  3. Un dépistage ciblé, rapide et précoce. Le KCDC peut effectuer jusqu’à 20 000 tests rapides par jour. Les personnes qui présentent des symptômes sont testées à domicile et, en cas d’infection, traitées en isolement (pour éviter qu’elles n’infectent leur famille). Personne n’est laissé à la maison pour se soigner. Grâce au système de suivi, tous les contacts des personnes infectées sont rapidement suivis et testés. Les résultats sont excellents. Le taux de létalité est aujourd’hui de 0,7 % (en Lombardie, il dépassait 8 %).
morts totales coronavirus en Corée, Italie, France, Allemagne, UK

Maintenant en Italie au moins (à ce jour), la situation semble avoir échappé à la possibilité d’un contrôle précoce et du verrouillage nécessaire. Nous commencerons à en voir les fruits dans environ deux semaines. Cependant, si nous ne suivons pas les personnes infectées et leur réseau de contacts afin de les isoler et de les traiter, sitôt que le verrouillage se relâchera, ne serait-ce que pour une seule personne, l’épidémie risque de repartir au galop. Si aucun nouveau facteur exogène n’intervient pour ralentir l’épidémie (la chaleur ou une mutation virale, par exemple), nos efforts risquent de ne pas être décisifs. Le fait de mettre en place le « système coréen » en parallèle avec notre verrouillage aiderait à obtenir des résultats définitifs.2

En Italie, et dans toute l’Europe, nous avons l’expertise nécessaire pour mettre en place un système de traçage similaire à celui de la Corée du Sud. Nous avons besoin de la volonté politique pour les mobiliser.

Cet article reprend et traduit un thread sur Twitter du profésseur Fabio Sabatini.

Sources
  1. Worldometer, South Korea, 12 mars 2020
  2. L’approche de la Corée du Sud est bien décrite dans cette conférence de presse partagée sur YouTube par l’Organisation mondiale de la santé.