Quels sont aujourd’hui les principaux sujets géopolitiques nationaux pour la Colombie ?

Les grands défis globaux auxquels nous devons faire face sont mondiaux : la drogue, la lutte contre la corruption et le terrorisme, la crise migratoire, le changement climatique et le renforcement de la démocratie.

Concernant la drogue, nous avons une politique qui vise à réduire la consommation et son impact social, à diminuer l’offre interne et internationale, à démanteler les organisations criminelles liées à ce problème et à d’autres activités illégales et, enfin, à porter atteinte aux économies criminelles. Parallèlement, l’un de nos objectifs prioritaires est l’éradication des cultures illégales. Notre gouvernement est parvenu à éradiquer et à substituer plus de 90 milles hectares, et continue à mettre en œuvre des efforts sur ce plan notamment à travers l’intervention des forces armées pour récupérer la sécurité des territoires, l’éradication manuelle qui peut être obligatoire ou volontaire, la substitution des cultures, et l’usage des innovations scientifiques et technologiques pour réduire les cultures et la disponibilité de la drogue. Dans ce cadre nous nous concentrons sur l’entrepreneuriat que nous promouvons et que nous facilitons et sur des activités économiques légales dans les régions les plus touchées. Sur le plan international, la Colombie soutient la revitalisation et l’élargissement du principe de responsabilité commune et partagée. Ce qui est nécessaire si l’on veut aborder les défis posés par la réduction de la demande et de l’offre de la drogue avec pragmatisme, y compris les nouveaux stupéfiants, le contrôle efficace des précurseurs chimiques, et la prévention et les conséquences judiciaires du blanchiment d’actifs et de capitaux.

À l’image du trafic de drogue, la lutte contre la corruption dépasse les frontières nationales et la communauté internationale requiert un mécanisme fort pour y faire face. La Colombie et le Pérou ont d’ailleurs été à l’initiative d’une session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations unies sur les défis et les mesures pour prévenir et lutter contre la corruption par le renforcement de la coopération internationale à l’horizon du premier semestre de 2021. C’est dans ce cadre que la Colombie travaille en coopération avec les nations amies sur la création d’une Cour internationale anticorruption. L’idée consiste à échanger sur cette proposition dans des conférences régionales en Europe, en Asie et en Afrique, ainsi que dans la Conférence des États parties à la Convention des Nations unies contre la corruption qui se tiendra à Dubaï en décembre 2019. Il s’agit alors de construire une grande coalition mondiale 
favorable à la création d’un mécanisme plus efficace à l’encontre de la corruption transnationale.

Le terrorisme est également un enjeu national qui affecte tous les États et dont la Colombie a été la principale victime. La Colombie rejette tous les actes de terrorisme dans toutes ses formes et manifestations. Dans ce contexte, notre pays s’est battu contre le terrorisme avec fermeté et respect des principes démocratiques, en garantissant les droits et les libertés fondamentaux. Des groupes terroristes tels que l’Armée de libération nationale (ELN) poursuivent leurs actions criminelles, et un groupe des anciens guérilleros des FARC qui ont quitté le processus de paix menace la population. Ces narcoterroristes n’ont jamais cessé de commettre des délits. Ils ont menti à la Colombie et ils se sont alliés avec la dictature qui opprime le peuple vénézuélien. Afin de combattre efficacement le terrorisme, la solidarité et la coopération sont indispensables, comme prévu dans plusieurs instruments des Nations unies.

Qu’en est-il de la migration vénézuélienne et du changement climatique que vous avez mentionnés comme enjeux nationaux majeurs ?

Tout d’abord, concernant le phénomène migratoire ; la Colombie a reçu à peu près de 1,5 millions de vénézuéliens, qui ont échappé à la faim et au désespoir. Nous les avons accueillis guidés par les principes éthiques de solidarité et fraternité. La perspective la plus réaliste reste que la situation telle quelle se poursuive avec une aggravation des flux migratoires à cause des pénuries dont les citoyens vénézuéliens font l’objet dans leur pays d’origine et des pressions permanentes du régime de Nicolás Maduro. L’Agence des Nations unies pour les réfugiés (ACNUR) et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) ont signalé que les Vénézuéliens déplacés représentent l’une des plus grandes migrations du monde. La Colombie a réalisé un effort important pour prendre soin des migrants provenant du Venezuela dans des domaines comme la santé, l’enseignement, l’enfance, l’adolescence et la jeunesse, l’eau, le logement, l’inclusion dans le marché du travail, entre autres. Ces mesures visent à leur intégration socioéconomique et ont entraîné des changements normatifs et institutionnels.

Ensuite, concernant le changement climatique ; c’est aussi une priorité du gouvernement. Dans l’objectif de lutter contre ce phénomène, nous avons déclaré notre biodiversité comme un actif stratégique et nous l’avons intégrée à notre politique de sécurité nationale. La lutte contre la déforestation menée par notre gouvernement continue à montrer des résultats positifs. Par exemple, l’Amazonie colombienne a enregistré une réduction des alertes de déforestation d’environ 18 % lors du premier trimestre de 2019, comparée au dernier trimestre de 2018. Je voudrais mettre en relief le Sommet présidentiel pour l’Amazonie, lequel a eu lieu en septembre dernier à Leticia (Colombie). Dans cet espace, la Bolivie, le Brésil, l’Équateur, la Guyane, le Suriname et bien évidemment la Colombie ont signé le Pacte de Leticia, un engagement international pour conforter notre capacité à gérer, protéger et prévenir les dégâts de l’Amazonie. 

Si la crise vénézuélienne peut-être à maints égards une crise mondiale, notamment en raison de l’implication des États-Unis et de la Russie, elle est bien entendue régionale mais aussi, d’une certaine façon, colombienne. En tant que pays frontalier, quelle sortie de crise voyez-vous pour le Venezuela ?

La situation au Venezuela est une crise multidimensionnelle à savoir une crise institutionnelle, une crise économique, une crise humanitaire et une crise sécuritaire, jouant un rôle majeur dans l’agenda régional. Par ailleurs, cette crise a effectivement des effets transnationaux, et porte atteinte tout particulièrement à la Colombie, avec des implications régionales et mondiales.

Revenons succinctement sur l’origine de la crise vénézuélienne. Elle est provoquée par la rupture de l’ordre démocratique et la destruction de l’État de droit, dont les origines datent du régime de Hugo Chávez. La lamentable situation économique du peuple vénézuélien a conduit à un exode qui a déclenché à son tour une crise migratoire à portée régionale, hémisphérique, et même mondiale. Cela met au défi les capacités nationales. Par conséquent, il est nécessaire d’y apporter une réponse à portée régionale construite à partir du travail régional et multilatéral.

Cette crise a un impact négatif pour la stabilité, la sécurité et la paix de toute l’Amérique latine. Le Venezuela est devenu un couloir pour le trafic de la drogue, ce qui stimule la croissance de cette problématique. En outre, d’autres économies illicites se sont répandues sur le territoire vénézuélien, comme la traite des êtres humains et la minerie illégale. Par ailleurs, la Colombie a déjà exposé à la communauté internationale l’activité croissante d’organisations terroristes comme je l’ai mentionné précédemment à savoir l’Armée de libération nationale (ELN) et des autres groupes armés organisés au Venezuela, y compris les dissidents des FARC.

Dès l’arrivée au pouvoir du président Iván Duque, le 7 août 2018, la Colombie a mobilisé l’encerclement diplomatique à l’encontre du régime dictatorial de Nicolás Maduro et ses complices, et a demandé le retour à la démocratie, ainsi que le respect des droits de l’Homme des opposants politiques et de tous les Vénézuéliens qui refusent le mode de vie que le régime souhaite imposer.

De ce fait, nous avons soutenu le président légitime de l’Assemblée nationale et président par intérim, Juan Guaidó, chef naturel de l’opposition à la dictature, qui a encouragé sur la scène internationale la transition à la démocratie par le biais des élections libres et démocratiques. Dans des espaces régionaux et mondiaux, nous avons aussi encouragé à la communauté internationale à soutenir ce changement, en demandant de l’aide pour faire face à la crise migratoire. Les efforts dans ce sens se reflètent aujourd’hui : à peu près 60 pays dont la France, reconnaissent le président par intérim Juan Guaidó. Dans un même temps, la coopération internationale engagée pour l’attention de cette crise migratoire continue à augmenter. 

Pour la crise vénézuélienne, l’ADN de la diplomatie colombienne est-elle précisément celle de la négociation ? Ou bien, face à Maduro, la possibilité du rapport violent, armé est-il encore concevable ?

Comme je l’ai déjà mentionné, le Venezuela subit une crise multidimensionnelle sans précédent. Rappelons que plus de 4,4 millions de vénézuéliens ont dû quitter leur pays. La majorité reste dans la région, et seulement une petite partie peut voyager aux États-Unis ou en Europe. Parmi ces 4,4 millions de migrants et réfugiés, 1,5 million est resté en Colombie et un nombre toujours indéfini est en situation de transit.

L’ADN de la diplomatie colombienne se compose de la certitude que le rétablissement de l’ordre démocratique et la normalisation constitutionnelle au Venezuela, sont les conditions nécessaires pour que ce pays voisin puisse surmonter sa crise. De même, soutenir et demander le rétablissement de la démocratie au Venezuela, l’aide humanitaire, la politique des portes ouvertes et avoir octroyé la nationalité colombienne à environ 25 000 enfants de parents vénézuéliens nés en Colombie sans papiers, fait aussi partie de notre ADN.

Notre gouvernement a déclaré à maintes reprises qu’il n’envisage aucune intervention militaire et que tous les efforts pour mettre fin à la crise vénézuélienne sont diplomatiques et politiques. Ce message est le même que nous avons porté au Groupe de Lima, à l’Organisation des États américains, aux Nations unies, et à l’UE. Notre appel n’a jamais été à la confrontation militaire, mais à un pays libre avec un gouvernement démocratiquement élu. D’ailleurs, la Colombie a soutenu le Processus de Quito dans le but d’harmoniser une réponse régionale à une migration sans risques, ordonnée et régulière. La Colombie et cinq pays – l’Argentine, le Canada, le Chili, le Paraguay et le Pérou, ont également porté plainte contre le régime de Nicolás Maduro auprès de la Cour pénale internationale. Le Costa Rica et la France se sont souscrits à cette cause. Le gouvernement allemand ainsi que Jean-Claude Juncker, l’ancien président de la Commission européenne, ont également annoncé leur soutien à cette démarche.

Nous avons demandé à plusieurs reprises au Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme et au Conseil des droits de l’Homme, qu’ils agissent au plus vite pour s’occuper de ce qu’il se passe au Venezuela, dans le cadre de leurs mandats. Je voudrais rappeler que le 4 juillet 2019 Michelle Bachelet, le Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme, a présenté un rapport dénonçant de graves violations des droits de l’Homme des Vénézuéliens commises par le régime de Nicolás Maduro, y compris des assassinats et des cas de torture.

Nous avons activé l’organe de consultation du Traité interaméricain d’assistance mutuelle (TIAR), et lancé un appel à une réunion des ministres des Affaires étrangères des États parties. L’ensemble de ces actions visent la création d’un espace de discussion entre les États permettant d’évaluer l’utilité de mettre en œuvre des mesures telles que le retrait des chefs de mission, la rupture des relations diplomatiques et consulaires, et l’interruption partielle ou totale des relations économiques, entre autres.

Je voudrais terminer par évoquer l’article 20 du TIAR, en vertu duquel « (…) aucun État ne sera obligé d’employer la force armée sans son consentement. » Comme l’a exprimé l’ancien ministre des Affaires étrangères Carlos Holmes Trujillo, « nous n’agissons que par des moyens diplomatiques, légaux et juridiques. » Toutes nos actions sont pacifiques et diplomatiques, dans le cadre du droit international.

Finalement, quel rôle la Colombie cherche-t-elle à jouer dans la région et pour répondre à quels enjeux ? Un projet régional existe-t-il ?

Colombie et la plupart des pays de la région coopèrent pour affronter le crime organisé transnational, la corruption et la pauvreté, ainsi que pour mettre fin aux groupes terroristes qui ont bénéficié de refuge et de soutien, principalement au Venezuela.

Notre pays mène et participe activement sur le plan mondial à la consolidation de la démocratie et de l’État de droit, tel qu’il s’exprime dans notre Plan national de développement pour construire un monde plus sûr et équitable. Pour ce faire, le ministère des Affaires étrangères a fixé des objectifs stratégiques, dont promouvoir les intérêts de la Colombie au sein des mécanismes de concertation et intégration régionales, ainsi que renouveler l’engagement et le leadership de la Colombie dans ces mécanismes.

Dans cette perspective, je voudrais évoquer le rôle actif de la Colombie dans des mécanismes tels que l’Alliance du Pacifique, la Communauté andine (CAN), le Marché commun du Sud (MERCOSUR), l’Association des États de la Caraïbe (AEC), le Système d’intégration centraméricain (SICA), le Projet mésoamérique et la Communauté caribéenne (CARICOM), entre autres. À ce sujet, je voudrais rappeler que la première réunion ministérielle Colombie-CARICOM a eu lieu à Carthagène le 29 juin dernier, avec la participation de tous les États parties et du secrétariat général de l’organisation. Cette initiative s’explique par l’une des priorités internationales établies par le président Iván Duque : le renforcement de la vocation et la projection de la Colombie vis-à-vis de la Caraïbe.

Sur le plan régional, nous ne pouvons pas contourner l’importance croissante du Groupe de Lima, qui a déjà obtenu des avancées réelles pour dénoncer dans des espaces et mécanismes régionaux la rupture de l’ordre démocratique et la profonde crise humanitaire au Venezuela. En somme, le Groupe de Lima a réalisé seize réunions, quinze ministérielles et une présidentielle.

Enfin, je voudrais mettre en exergue la 49e période ordinaire de sessions de l’Assemblée générale de l’OEA, laquelle a eu lieu à Medellín du 26 au 28 juin 2019, sous la devise « Innovation pour renforcer le multilatéralisme hémisphérique ». Celle-là est un exemple de l’engagement de la Colombie et de notre intérêt à prendre l’initiative dans les affaires les plus importantes du continent.

Quelle est la volonté du président Duque sur la scène internationale ? Quel axe à suivre et quelle image souhaite-t-il donner de la Colombie ? Sur ce point, y-a-t-il une continuation ou une rupture avec la ligne diplomatique de Santos ?

Dans le Plan national de développement 2018-2022 la Colombie s’engage à mettre en œuvre une politique étrangère responsable, innovante et constructive. Le ministère des Affaires étrangères cherche à faire participer activement la Colombie sur la scène mondiale en vue de conforter la démocratie, promouvoir l’intérêt national, parvenir à une migration sans risques et ordonnée, et protéger les droits de l’Homme. Ces objectifs sont essentiels pour nous acheminer vers un monde plus équitable et durable. Dans cette perspective, notre politique extérieure s’appuie sur six objectifs : la participation colombienne dans la gouvernance des grands sujets mondiaux en particulier la défense de la paix, de la sécurité et de la démocratie, une politique migratoire intégrale, le renforcement de l’accompagnement aux Colombiens à l’étranger, l’élaboration et l’application d’une politique frontalière intégrale, le 
développement du soft power et de la diplomatie publique et le renforcement des capacités physiques, technologiques et administratives du ministère.

Sur le plan international, nous avons trois grands objectifs spécifiques. Premièrement, la reconnaissance de la portée régionale et internationale de la crise migratoire provenant du Venezuela, ainsi que la formulation et le renforcement de l’encerclement diplomatique à l’encontre du régime dictatorial de Nicolás Maduro Deuxièmement, l’obtention d’un large soutien de la communauté internationale à la politique de paix avec légalité du président Iván Duque qui s’est matérialisée dans l’appui unanime des États du Conseil de sécurité des Nations unies au gouvernement grâce à son engagement vis-à-vis de la mise en œuvre de l’Accord de paix. Ces avancées ont été aussi confirmées par la Mission de vérification des Nations unies dans notre pays. Troisièmement, la stratégie de rénovation, innovation et renforcement du système interaméricain, ainsi que l’application vigoureuse des obligations de la Colombie en tant qu’État partie à la Charte de l’Organisation des États américains et à la Charte démocratique interaméricaine.

Pour conclure, je voudrais souligner l’accès de la Colombie à l’OCDE, un espace fondamental pour discuter la qualité des politiques publiques. Notre adhésion nous aidera à mieux nos occuper des défis et priorités de notre politique étrangère, comme la lutte contre la corruption.

Faisant écho à l’actualité nationale, comment gérez-vous la menace de reprise des armes par quelques anciens cadres des FARC ? La Colombie est-elle vraiment dans le post-conflit avec les FARC ?

Les FARC EP n’ont pas repris les armes. Cette organisation s’est démobilisée, a créé un parti politique, fait de la politique en démocratie, fait partie du Congrès de la République, poursuit ses objectifs dans le cadre institutionnel et, par conséquent, a participé aux dernières élections législatives.

Toutefois, il est vrai qu’une poignée des anciens membres des FARC, dirigée par l’un des chefs négociateurs à la Havane, Iván Márquez, a trahit l’Accord de paix et a repris les armes grâce au trafic de cocaïne. Leur but est de continuer leur entreprise narcoterroriste. Leurs activités n’ont aucune motivation idéologique. D’ailleurs, le 29 août dernier le parti FARC a lui-même annoncé dans un communiqué de presse que ces anciens guérilleros avaient « rompu publiquement avec leur parti, [avaient] acté leur démission et [avaient] accepté les conséquences de leurs actes”. Le 9 octobre, ils ont été officiellement expulsés par le Conseil politique national du parti FARC.

À cet égard, le 13 septembre dernier la Justice spéciale pour la paix (JEP) a exclu de cette instance à Seuxis Paucias Hernández Solarte, surnommé Santrich, et Hernán Darío Velásquez Saldarriaga, surnommé El Paisa. Le 4 octobre 2019 la JEP a également informé de l’exclusion d’Iván Márquez, José Manuel Sierra Sabogal, surnommé Zarco Aldinever, et Henry Castellanos Garzón, surnommé Romaña. En bref, ils sont tous considérés par la JEP comme étant des déserteurs du processus de paix.

Dans ce contexte, le président Iván Duque a été très clair en affirmant que la loi sera appliquée à toute personne qui reprend des voies illégales. Force est de réaffirmer que ce groupe n’est ni une renaissance des FARC ni une nouvelle guérilla. Il s’agit tout simplement d’un groupe organisé criminel au même niveau des cartels de la drogue. Je voudrais aussi rappeler qu’à peu près du 90 % des anciens combattants des FARC poursuivent leur processus de réincorporation, et que notre gouvernement continuera à travailler avec eux pour la mise en œuvre de l’Accord de paix.

Quelle image la Colombie a-t-elle voulu donner, non seulement au niveau national mais aussi international, avec la signature de ces accords de paix et plus largement, en acceptant le dialogue avec les FARC ?

La paix en Colombie n’est pas un sujet d’image mais d’intérêt national. De ce fait, presque tous les gouvernements précédents, d’une manière ou d’une autre, ont cherché la paix avec les différents groupes armés. Le gouvernement de Juan Manuel Santos a signé « l’Accord définitif pour mettre fin au conflit et construire une paix stable et durable » avec les FARC, et ce gouvernement est engagé avec la tâche ardue de sa mise en œuvre.

Le gouvernement du président Iván Duque a reçu le mandat démocratique du peuple colombien de continuer à avancer dans la construction d’un pays plus équitable, sur la base de la légalité et de l’entrepreneuriat. La mise en place de l’Accord signé avec les FARC en décembre 2016 fait partie du Pacte pour la Colombie proposé par le gouvernement pour mener à bien ce mandat.

La mise en œuvre de l’Accord est aussi un élément transversal du Plan national de développement et des politiques publiques. En effet, la politique de stabilisation « Paix avec légalité » a pour but de transformer les régions qui ont été en proie au conflit pendant des décennies, avec une vision à long terme privilégiant les droits des victimes et le soutien à ceux qui respectent la légalité.

Les actions concrètes sont une preuve supplémentaire de l’engagement du gouvernement vis-à-vis de la mise en place de l’Accord. La structure institutionnelle créée par notre gouvernement pour l’application de cet accord a été perfectionnée et à présent elles fonctionnent pleinement, sous le leadership et la coordination du Bureau du Haut Conseiller pour la stabilisation et la consolidation. En outre, les espaces prévues par l’Accord ont été réactivés et y siègent, lorsque la norme le dispose, les représentants du parti FARC et des autres secteurs politiques et sociaux.

À l’heure actuelle, des 16 plans d’action prévus dans l’Accord relatifs aux Programmes de développement (PDET) ayant un impact au niveau territorial, le gouvernement en a formulé 14 qui étaient en suspens avant le 8 août 2018. De même, l’État colombien a accordé l’équivalent de 8,2 millions d’euros pour les projets d’entrepreneuriat des anciens combattants. Ainsi, jusqu’en octobre 2019, dans le cadre du Conseil national de réintégration, trois nouveaux projets collectifs ont été signés pour un total de 38 projets collectifs, ce qui bénéficie à 2 290 anciens combattants avec l’équivalent de plus de 6,5 millions d’euros. 719 projets individuels ont été aussi approuvés, ce qui bénéficiera à 844 personnes soit environ 1,7 million d’euros.

Je voudrais faire ressortir que 98 % des anciens combattants des FARC poursuivant leur réintégration sont inscrits au système de santé publique, et 80 % au système de retraite, sans oublier que 4 600 anciens combattants font partie des programmes de formation technique du Service national d’apprentissage (SENA).

Ces véritables avancées ont abouti à l’approbation, à l’unanimité du Conseil de sécurité, des rapports de la Mission de vérification des Nations unies, relatifs à l’accomplissement de l’Accord.

Quelles sont les sources de doctrine en Colombie ? Quels sont les espaces de débat stratégique (revues, think tanks…) ?

Tout d’abord, plus que faire allusion à des sources de doctrine, notre gouvernement dispose d’un Plan national de développement qui a fixé non seulement nos objectifs en matière de politique extérieure, mais aussi les objectifs, les programmes et les investissements du pays dans une vaste gamme de domaines pour une période de quatre ans.

Par la suite, en ce qui concerne le deuxième élément de votre question, je voudrais signaler que la Colombie participe à des espaces de débat économique, social et politique sur le plan national, régional et multilatéral.

Dans ce sens, en dehors des espaces que j’ai évoqués dans ma réponse à la troisième question, notre pays participe à d’autres organisations stratégiques, telles que celles du système des Nations unies, la Banque interaméricaine de développement (BID), l’Organisation de coopération et développement économiques (OCDE), l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), entre autres.

Les espaces de débat comprennent également l’Atlantic Council et l’International Crisis Group. En somme, la Colombie entretien et encourage une communication fluide avec les différents secteurs de la société colombienne, y compris les universités.