Bishkek. En référence au chapitre 8 de la charte des Nations unies, l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) est définie comme une organisation internationale ayant comme rôle principal le maintien de la paix, de la sécurité et de la stabilité régionale. Elle-même se définit comme l’une des organisations les plus influentes du système moderne de la coopération internationale, opérant sur trois sphères qui structurent ses actions : la sécurité, le développement économique et la culture. 

Elle refuse d’être associée à un bloc politico-militaire sous forme d’alliance, et elle met en corrélation la sécurité et la prospérité économique. Elle trouve ses origines, suite à l’éclatement de l’Union soviétique, dans la création du groupe de Shanghai en 1996 à l’initiative de la Chine. Le but était d’instaurer un forum de négociation sur les nouvelles frontières, mais également, de renouer avec ses voisins de nouvelles relations diplomatiques basées sur « la confiance mutuelle, le bénéfice mutuel, l’égalité, la consultation, et le développement commun ». C’est ce que les leaders chinois appellent « l’esprit de Shanghai ». La signature du traité de renforcement de la confiance militaire dans les régions frontalières en 1996 entre la Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizistan et le Tadjikistan, témoigne du succès de ces négociations multilatérales. Ce processus a donné lieu à sa fondation en juin 2001 par six pays, en y ajoutant l’Ouzbékistan. Le prestige de faire partie de la nouvelle Organisation a continué d’attirer de nouveaux membres, puisque le sommet d’Astana en juin 2017 a officialisé l’adhésion de l’Inde et du Pakistan.  

Récemment, lors du dernier sommet du conseil des chefs d’État (Bishkek, 13-14 juin 2019) ainsi que celui des chefs de gouvernement, les États membres de l’Organisation ont renouvelé leur engagement pour la « stratégie de développement 2025 ». Cette dernière vise la coopération régionale : politique, économique et commerciale, sécuritaire, culturelle. Elle concerne également la coopération internationale avec les autres organisations notamment les Nation unies, l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), la Conférence pour l’interaction et les mesures de confiance en Asie (CICA), l’Organisation de coopération économique (ECO), l’ASEAN, etc. Elle vise en parallèle la coordination de deux projets phares de l’intégration eurasiatique, à savoir la Nouvelle route de la soie et l’Union économique eurasiatique.

La connectivité de l’Eurasie reste sa mission principale. La réunion des directeurs de l’administration des chemins de fer des États membres (Tashkent, 19 septembre 2018), pour la formation et le fonctionnement d’un système de transport intégré, ainsi que l’accord des chefs de gouvernement sur la création des conditions favorables pour un transport routier international (Dushanbe, 12 septembre 2014), montre la volonté d’une coopération multilatérale sur l’infrastructure du transport.

Pour la réalisation de ses projets, l’Organisation mobilise plusieurs fonds et organismes financiers multilatéraux notamment l’Association interbancaire de l’OCS, la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures, le Fonds de la route de la soie, le Fonds de développement économique Chine-Eurasie, la Banque eurasiatique de développement, ainsi que deux nouveaux organismes financiers en cours de création, à savoir : la Banque de développement OCS et le Fonds de développement OCS.

La multiplication de projets et d’accords régionaux en Asie, caractérisée parfois de « bol de nouilles »1, lance à l’Organisation deux véritables défis : le premier est « l’efficience » de la gestion de la gouvernance régionale, au point que certains groupes de réflexions russes évoquent la question de la nécessité de l’intégration de l’intégration pour une stratégie de la « grande Eurasie »2. La fragmentation du régionalisme eurasiatique font perdre à l’Organisation l’optimalité en termes d’harmonie et de cohésion régionale. Le deuxième concerne la nature des relations bilatérales qu’entretiennent les trois puissances régionales, à savoir la Russie, l’Inde et la Chine (RIC). Étant donné que chacun de ces trois pays a un projet de puissance, et qu’il se considère comme un « centre autonome » de développement économique régional, la collaboration entre les pays du RIC conditionne la réussite de l’intégration de la « grande Eurasie » sous la houlette de l’OCS.    

Perspectives :

  • L’effet domino qu’engendre l’expansion de l’OCS, pourrait faire d’elle, dans les années à venir, une des plus importantes organisation internationales, après les Nations unies, contribuant à la gestion des affaires internationales.
  • La coopération de plus en plus importante et constructive entre les membres de l’OCS en référence à « l’esprit de Shanghai » mettra fin à « l’esprit du grand jeu » caractérisé par les rivalités entre les Etats en Eurasie. 
Sources
  1. BALDWIN R. E., Managing the noodle bowl : the fragility of East Asian regionalism, CEPR Discussion Paper Series, n° 556, 2006.
  2. LISSOVOLIK Yaroslav, Exploring the Prevalence of the “Integration of Integrations” Phenomenon, Valdai Intenational Discussion Club, 20 juin 2019.