Chișinău. La crise politique qui secouait la Moldavie depuis dimanche dernier s’est achevée vendredi 14 juin. Le gouvernement de Pavel Filip, issu du parti démocrate contrôlé en sous-main par l’oligarque Vladimir Plahotniuc, s’est résigné face aux pressions intérieures et internationales. Le pays comptait deux gouvernements après que la Cour constitutionnelle, acquise à l’oligarque, ait destitué le président socialiste Igor Dodon. Elle avait nommé à sa place l’ancien premier ministre, Pavel Filip, président par intérim. Ce dernier avait ensuite dissous l’assemblée le dimanche 9 juin. La veille, les deux partis d’opposition étaient parvenus à former une coalition entre socialistes « pro-russes » et réformateurs « pro-européens » écartant ainsi le parti démocrate1.

Les élections législatives du 24 février, remportées par le Parti socialiste (35 sièges sur 101) n’avait dégagé aucune majorité capable de former un gouvernement. Les négociations qui devaient suivre pour former une coalition paraissaient complexes, tant les antagonismes entre les trois partis arrivés en tête paraissaient rendre les tractations stériles. Au lendemain de la proclamation des résultats, la présidente du Bloc ACUM (26 sièges) Maia Sandu avait déclaré qu’elle ne s’allierait pas avec le parti socialiste lui reprochant d’avoir participé au gouvernement précédent du parti démocrate. Le mouvement ACUM, né du scandale « du milliard volé » de 2016 impliquant des personnalités du parti démocrate, a fait de la lutte contre la corruption sa priorité.

C’est dans l’objectif d’écarter le parti démocrate qu’ACUM s’est allié au parti socialiste. La dissolution du parlement et la destitution du président qui ont suivis étaient une ultime tentative de l’oligarque de saper les résultats des urnes pour se maintenir au pouvoir. L’année dernière, l’élection à la mairie de Chișinău d’Andrei Năstase, issu d’ACUM, avait, elle aussi, été invalidée. La décision de la Cour d’appel à cette époque avait poussé l’Union européenne à suspendre 100 millions d’euros d’aides à la Moldavie. En réponse, le parti démocrate avait tenté de se tourner vers la Russie où il avait envoyé une délégation, sans succès.

Fait inédit, la coalition était unanimement appuyée par les États-Unis, cinq États européens ainsi que la Russie. Dans un dernier soubresaut, Pavel Filip, isolé, a tenté de convaincre les États-Unis de reconnaître son gouvernement. Le 11 juin, il avait approuvé le transfert de l’ambassade moldave en Israël à Jérusalem pour s’aligner sur la position de Trump2. Le lendemain son vice-président Andrian Candu, aussi beau-frère de Plahotniuc, s’est envolé officieusement pour Washington pour négocier.

Dans un communiqué de presse le parti démocrate indique que Vladimir Plahotniuc a quitté la Moldavie. La gouvernance du pays par la coalition sera difficile en raison des importantes divergences qu’elle comporte et des problématiques auxquelles le pays est confronté. La sécession de la Transnistrie est régulièrement mise en avant par les politiciens pour éviter de parler des problèmes sociaux et économiques (voire carte). La Moldavie est l’État le plus pauvre d’Europe et vit une hémorragie démographique, le pays a perdu un tiers de sa population depuis 1990. Les premiers mots de la nouvelle première ministre Maia Sandu vont dans le sens d’une prise de conscience de ce problème et de son inclusion dans l’agenda politique « pendant des mois, nous travaillerons d’arrache-pied pour assainir le système et reconstruire les institutions afin que la vie de chaque citoyen s’améliore»3.

GEG | Cartographie pour Le Grand Continent

Perspectives :

  • La grande marche qui devait avoir lieu dans Chișinău dimanche 16 juin a été annulé après que le gouvernement de Pavel Filip ait renoncé à prétendre au pouvoir. La coalition a appelé leurs soutiens à rester chez eux.
  • La crise constitutionnelle n’est pas pour autant terminé. Le parti démocrate demande toujours de nouvelles élections législatives et présidentielles anticipées. Même s’il s’est envolé pour la Suisse, Vladimir Plahotniuc a montré qu’il a une très forte emprise sur les institutions du pays.