Pékin. La position française dans l’espace indopacifique se fonde aujourd’hui sur un certain nombre de non-dits1. Officiellement, il s’agit pour la France de préserver l’intégrité des voies de communication maritimes. Contrairement au pivot asiatique états-unien, le pivot français ne verbalise donc pas l’inquiétude suscitée par la montée en puissance de la Chine2, et insiste plus fortement sur la nécessité de préserver la liberté de navigation dans un espace présentant de nombreux goulots d’étranglement, comme les détroits de Malacca, Luçon, Corée et Taïwan. La sauvegarde des principes énumérés par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer est donc au coeur de la présence navale français dans l’espace indopacifique.

Suite au passage de la frégate de surveillance Vendémiaire par le détroit de Taïwan – un espace que la France traverse, selon les sources, une à trois fois par an et jusqu’ici sans réaction -, les autorités chinoises ont déclarée la Marine Nationale persona non grata, la Vendémiaire n’étant plus invitée à participer à la revue navale du 23 avril célébrant le 70ème anniversaire de la Marine de l’Armée Populaire de Libération. Tandis que la France ne comptait visiblement pas médiatiser cet incident, les États-Unis et la Chine sont à ce jour les seules puissances à communiquer autour de cette escalade relative des prétentions chinoises.

Plus largement, l’Union est pourtant directement concernée par les appétits maritimes de Pékin : elle doit saisir cette occasion de réaffirmer son attachement à la sauvegarde du droit de la mer, vis-à-vis duquel la Chine adopte désormais une position ouvertement révisionniste3, ou renoncer pour toujours à sa prétention d’apparaître comme une puissance internationale normative.

Perspectives :

  • Alors que la France doit encore achever son pivot asiatique, cet incident pourrait la pousser à considérer de nouveaux rapprochements avec le Japon et l’Inde, deux puissances importantes de l’espace indopacifique.
  • Le ministre aux Affaires étrangères Jean-Yves le Drian effectuait un voyage en Chine du 25 au 27 avril, mais il n’est pas revenu sur cet incident. La qualité des relations entre Paris et Pékin semble avoir été préservée.
  • La France et l’Europe doivent s’interroger sur leur rapport au droit de la mer et à l’espace indopacifique. En dehors de la France et du Royaume-Uni, les moyens navals européens sont, à ce jour, dérisoires.